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1965 : le début des conflits ethniques au Burundi ?

Vous avez peut-être déjà entendu parler des massacres de Busangana en 1965 à Muramvya. Plus de cinquante ans après, que savons-nous de ces  événements  sanglants qui signeront en quelque sorte le début des conflits politiques à l’intérieur du pays. À Bukeye, l’épicentre de ces massacres, un débat a eu lieu sur la question. 

Qu’il est intéressant de voir l’histoire d’un événement racontée aux jeunes par les contemporains ! C’est ce qui vient de se passer à Bukeye lors d’un débat autour des jeunes et moins jeunes, sur les massacres de 1965 sur les collines de Busangana et Busimba, respectivement dans les communes de Bukeye et Muramvya. 

Emmanuel Hatungimana, qui avait sept ans au moment des faits, dit se rappeler de tout : « Tout commence  avec la recherche de l’indépendance par Rwagasore en compagnie de Mirerekano. Ce dernier, pressenti comme successeur, ne le devient pas. Il ne le digère pas et part en exil. De retour, il revient avec des idées contre les tutsi. Et ce ne sera pas sans suites. Des massacres contre ces derniers qui se déroulent à Busangana sont commis par les jeunes dit jeunesse Mirerekano ».

Et Émile, l’autre contemporain de ces événements douloureux, de le compléter. Selon ce sexagénaire, un certain mercredi, il est dans une église quand quelqu’un siffle : « Quand nous sortons, on voit des  maisons des tutsi brûler. En même temps, des tutsi sont tués par la jeunesse Mirerekano. La population fuit des suites des affrontements. Et pour se venger, les membres des victimes reviendront et prendront les vaches des  auteurs de l’attaque ».  Il  nuance  tout de même : « À l’époque  toutes les ethnies se sont coalisées pour chasser les rebelles ».  

Mais pour Jonas, un jeune homme Bukeye, si dans un premier temps, ce sont les tutsi qui paieront le prix cher, les hutu ne seront pas non plus épargnés. Par la répression. Des intellectuels surtout. 

Comment expliquer ces « événements ? »

C’est l’analyse du politologue Elias Sentamba. Pour lui, si l’on parle de Busimba et Busangana, les événements qui s’y déroulent prennent sources ailleurs. Ils s’inscrivent en effet dans le contexte des luttes internes au sein des acteurs politiques burundais, des luttes idéologiques, Est-Ouest, c’est-à-dire le communisme et le capitalisme et de ce qui se passait au Rwanda. 

Le Rwanda, parce que quand Mirerekano s’y réfugie, il est en contact avec les leaders politiques  rwandais qui viennent de massacrer et faire fuir plusieurs tutsi  dans ce qui est appelé révolution sociale de 1959.  

C’est donc un  Mirerekano qui, malgré le mérite d’être à  l’origine de plusieurs réalisations au Burundi, ne succède pas à Rwagasore. Il est par la suite contaminé par les idées en vogue à l’époque dans le Rwanda de Kayibanda. Ce dernier, inquiet des récurrentes attaques des tutsi rwandais réfugiés au Burundi,  tentera d’aider les hutu burundais pour conquérir le pouvoir et neutraliser par-là ses ennemis. C’est cela qui explique les agissements de Mirerekano à l’époque, selon toujours le professeur Sentamba, qui ajoute que s’il faut déplorer ces  massacres, ce ne sera pas comme au Rwanda. Et ce ne sera pas comme l’avait espéré Kayibanda. 

Quelles conséquences ?

Avec 1965, c’est la première fois qu’il y a des massacres à caractère ethnique sur les collines du Burundi. Et c’est là que la haine ethnique s’enracine dans le pays, avec la succession des massacres-vengeances, explique Sentamba. 

Pour Uwizeyimana, à la suite de ces massacres, les hutu payeront le prix cher. Plusieurs seront massacrés, d’autres discriminés dans les écoles et dans les administrations. 

Et à en croire Nkunzimana, depuis la mort de Rwagasore, des conflits sur bases ethniques s’intensifient. En 1965, c’est l’explosion.  Et  ce  sera  sans retour, car ces conflits ethniques sont toujours d’actualité. 

Un constat partagé par Pontien Niyondiko, pour qui, « les conséquences sont toujours là.  L’ethnisme reste de mise. Même pour un simple délégué de classe. S’il (elle) n’est pas de son ethnie, on ne se sent pas très bien ».

De quoi pousser Consolate à souhaiter un dépassement de la part des Burundais pour en finir avec l’ethnisme et par là, les massacres qui ont tant endeuillé le pays. 

 

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Les commentaires récents (4)

  1. Avant les massacres de Busangana , Bukeye et Teza qui ont commencé le mercredi 20 octobre 1965 , il y avait déja eu des incidents a Kamenge et Kabarore quelques mois avant. Il y a eu aussi un massacre de militaires tutsi au camp Base dans la nuit du 18 au 19 octobre 1965 organisé par le capitaine Ndabahagamye chef du service transport de l’état-major de l’époque.
    Rwagasore ne savait pas qu’il allait être tué et il serait étonnant qu’il ait désigné un successeur. S’il avait une haute idée de Mirerekano pourquoi est-ce qu’il ne lui a pas donné de grandes responsabilités dans son équipe? Mirerekano n’a pas appris ses idées lors de son séjour au Rwanda, il les avait dèja avant et il les enseignait en clandestinité dans la région de Nyambuye quand il a été arrêté par des paysans un matin et conduit en prison a Bujumbura en 1963. Il était entré en clandestinité après sa défaite face a Bamina lors de l’élection du Président de l’Uprona a Muramvya. Libéré par des gendarmes en rébellion, il s’est alors réfugié au Rwanda jusqu’a son élection comme député en 1965 alors qu’il était encore en exil.
    P.S. Qu’est ce qui permet d’affirmer que la JNR était tutsi?
    Les dépêches de l’AFP répètent que l’Uprona est un parti Tutsi!!!

  2. S’il est vrai que les débuts des divisions et conflits ethniques ont été importés de l’extérieur, il n’en demeure pas moins vrai que ce sont nous-mêmes les burundais qui aujourd’hui les entretenons, principalement pour des calculs politiques. C’est trop facile de tirer sur la corde ethnique pour rallier les gens à sa cause. La tentation est encore forte, le poison est dans la maison et non à l’extérieur.

  3. Merci pour cet aperçu historique, mais on le trouve un peu incomplet du moment où vous ne faites aucune mention sur l’attaque du Roi du Burundi et de l’attentat d’assassinat de son Premier Ministre.