Ce n’est pas une journée qui leur est dédiée, mais le ras-le-bol d’un blogueur impuissant face à une scène choquante à laquelle il a assisté : trois enfants dormant à la belle étoile, devant un magasin fermé, dans un froid glacial, sans même une couverture.
Le samedi 16 août 2025, je me lève tôt, à 5h30, pour me rendre à Ijenda, précisément au Mont Heha, dans le cadre d’une randonnée organisée par mon club de jogging. Je choisis de rejoindre les autres au Palais des Arts, lieu de départ, à pied, histoire de m’échauffer un peu et de chasser la paresse matinale. Le climat est rude. Difficile pour ceux qui sont déjà dehors, mais parfait pour ceux qui savourent une grasse matinée, bien au chaud. Il fait un froid glacial. Dans les rues, quelques silhouettes errent, sans doute des personnes qui ne peuvent pas se permettre le luxe d’un réveil tardif. Je marche tranquillement vers le centre-ville, jetant des regards ici et là. J’observe à quel point la ville est devenue sale, une saleté encore plus frappante lorsque les voitures et les passants ne brouillent pas le paysage.
Arrivé près de chez Dimitri, mes yeux tombent sur une scène qui me glace le sang : trois corps étendus sur le sol, posé sur des carreaux usés par les années. Je m’approche. Il s’agit de trois enfants en situation de rue : deux petites filles et un petit garçon. Ils dorment profondément. Peut-être ont-ils passé la nuit à errer, à quémander devant les bars et les boîtes de nuit, dans l’espoir d’obtenir quelque chose à manger. Peut-être n’ont-ils récolté que des gifles, des insultes, ou pire encore… des abus. Face à ce qu’ils ont pu endurer durant la nuit, le froid du petit matin n’est qu’un détail. L’absence de couverture est une broutille comparée à la violence et à la malveillance quotidiennes des adultes. La rue, la galère, les a formés à la résilience. Ils ont appris la ténacité. Ils ont développé cette capacité à ‘’dormir’’, ou plutôt à recharger leurs batteries, pour pouvoir affronter, une fois de plus, les maux d’un monde devenu fou, insouciant, inhumain. Pour eux, chaque jour est une aventure nouvelle, différente de celle d’hier, différente de celle de demain.
Nous avons tous échoué
Tout au long du chemin, mon esprit est resté hanté par l’image de ces enfants, sacrifiés sur l’autel de l’horreur par les adultes. Oui, nous, les adultes, il faut l’admettre : nous avons échoué. Échoué, parce que chaque enfant devrait être sous la responsabilité de quelqu’un : d’une famille restreinte ou élargie, d’un gouvernement, d’un pays tout entier… de l’humanité, tout simplement. Admettons-le : nous avons lamentablement échoué.
Le Burundi, pour ne parler que de notre pays, possède un ministère, au moins un département, dont la mission première est de prendre en charge ces enfants. D’élaborer des stratégies, des plans, pour contenir et éradiquer ce phénomène des enfants en situation de rue.
Un sursaut national s’impose
Il existe des organisations, nationales et internationales, disposant de budgets conséquents pour soutenir cette cause. Mais quelle est la réalité ? Des programmes qui accouchent de souris. Où se situe donc le nœud du problème ? Non, il ne se situe pas uniquement au niveau des ministères ou des ONG. Le premier échec, je le situe chez moi, chez toi qui lis ce texte, chez chaque adulte, dans notre passivité quotidienne, dans ces petits gestes méchants ou autres manquements, qui poussent un enfant à quitter son foyer pour choisir la rue. L’échec réside chez ces parents qui traumatisent leurs enfants, physiquement ou psychologiquement. Chez ces adultes qui refusent d’assumer leurs responsabilités envers leur progéniture. Chez ces hommes sans cœur, ni âme, capables de sauter sur une mineure pour la violer, juste pour assouvir un désir criminel — et ainsi générer des grossesses non désirées. L’échec est aussi chez vous, voisins, témoins silencieux des disputes et violences domestiques, incapables de comprendre que les premières victimes, ce sont les enfants. Plutôt que d’ouvrir vos portes, de protéger, vous détournez le regard. Sachez-le : vous avez échoué.
Avouons-le : cet échec, nous le partageons tous. Sans aucune exception. Et les solutions, nous devons les construire ensemble, même si elles diffèrent dans leur forme. Car tant que nous continuerons de croire que seuls le gouvernement ou les ONG doivent agir, nous risquons de nous réveiller un jour dans une jungle, où l’égoïsme sera la norme, et la cruauté, le dénominateur commun.

Merci cher blogueur de peindre ce monde, cruel et horrifiant. Merci de mettre des mots sur ces situations qui nous dépassent et que souvent nous préférons ignorer, négliger ou minimiser. L’humain est vraiment désespérant. Cependant, comme vous le dites, c’est à travers chaque petite bonne action à faire en solo et surtout en équipe que nous pourrons contribuer à changer le monde.