Après plus de quinze ans passés à s’appuyer principalement sur les données du recensement de 2008, le Burundi dispose désormais d’une photographie actualisée de sa population et de ses conditions de vie. Mais la véritable valeur de ce nouveau recensement ne se mesurera pas aux chiffres publiés. Elle s’évaluera à la manière dont ces données seront exploitées pour orienter les politiques publiques et le développement du pays.
Le 20 octobre 2026, le gouvernement burundais a officiellement publié les résultats définitifs du Recensement général de la population, de l’habitat, de l’agriculture et de l’élevage de 2024 (RGPHAE 2024). Le Burundi compte désormais 12 332 977 habitants, dont 6 431 779 femmes et 5 901 198 hommes. Près de la moitié de la population, soit 45,5 %, a moins de 15 ans. La population reste majoritairement rurale et l’agriculture occupe une place centrale dans la vie des ménages. Selon l’INSBU, 95,7 % des ménages sont agricoles. Ces chiffres donnent une première photographie de composition de la population du pays. Mais leur intérêt dépasse largement la connaissance du nombre de Burundais. La question essentielle est désormais de savoir ce que l’on va faire de ces données ?
Une nouvelle base pour planifier le développement
Pendant des années, les pouvoirs publics ont principalement travaillé avec les données issues du recensement de 2008. Depuis, la population a fortement augmenté et les besoins du pays ont évolué. Construire des écoles, des centres de santé, des routes ou des réseaux d’eau et d’électricité nécessite de savoir où se trouvent les populations et quels sont leurs besoins. Le RGPHAE 2024 offre donc une nouvelle base pour la planification. Une commune qui connaît une forte croissance démographique doit pouvoir bénéficier d’investissements correspondant à cette évolution. Une région où les ménages dépendent fortement de l’agriculture peut nécessiter davantage d’infrastructures rurales, d’irrigation, de stockage ou de transformation agroalimentaire. L’utilisation des données devrait ainsi permettre de passer d’une planification fondée sur des estimations anciennes à une planification davantage basée sur les réalités actuelles.
Transformer une population jeune en opportunité
La jeunesse de la population constitue un autre enjeu majeur. Avec 45,5 % des habitants âgés de moins de 15 ans, le Burundi devra continuer à investir dans l’éducation et la formation. Mais l’enjeu ne s’arrête pas à la construction d’écoles. Ces enfants deviendront demain des jeunes en âge de travailler. Le pays devra donc miser suffisamment sur les activités économiques et employabilité des jeunes pour les intégrer. Les données du recensement devraient ainsi être mises en relation avec les politiques économiques. Quels secteurs peuvent créer plus d’emplois ? Quelles compétences faudra-t-il développer ? Quels investissements permettront de transformer cette population jeune en véritable dividende démographique ? Le recensement peut aider à répondre à ces questions.
Mieux orienter les investissements agricoles
L’importance de l’agriculture dans les résultats du recensement constitue également un signal fort. Si 95,7 % des ménages sont agricoles, le développement du Burundi passe nécessairement par la transformation de ce secteur. Mais cette transformation doit partir de données précises : qui produit, où, dans quelles conditions et avec quels besoins ? Les informations du RGPHAE peuvent aider à identifier les territoires agricoles prioritaires et à mieux orienter les investissements dans la productivité, les infrastructures, la transformation et la commercialisation des produits. L’objectif ne devrait donc pas être uniquement d’augmenter la production agricole, mais aussi de permettre aux ménages agricoles d’améliorer leurs revenus et de participer davantage à la transformation économique du pays.
Une boussole pour la Vision 2040-2060
Le recensement arrive à un moment particulièrement important pour le Burundi. La Vision Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060, fixe des objectifs ambitieux en matière de développement économique, de capital humain, d’infrastructures, d’urbanisation et d’amélioration du bien-être. Pour atteindre ces objectifs, le pays doit connaître précisément sa situation de départ. Les données du RGPHAE peuvent donc servir de référence pour mesurer les progrès réalisés au cours des prochaines années. La Vision prévoit notamment que la part de la population vivant en milieu urbain atteigne 40 % en 2040 et 60 % en 2060. Une telle évolution nécessitera d’anticiper les besoins en logements, transports, eau, assainissement, électricité, écoles, soins de santé et emplois. Le recensement peut permettre de mieux préparer cette transformation.
Surtout pas que ces données dorment dans les tiroirs
Le véritable défi commence maintenant. Un recensement représente un investissement important pour un pays. Sa valeur ne devrait donc pas s’arrêter à la publication des résultats. Les données doivent pouvoir influencer les budgets, les programmes de développement et les choix d’investissement. Si les chiffres montrent qu’un territoire manque d’écoles, cela devrait pouvoir orienter l’investissement dans le secteur de l’éducation. S’ils révèlent une forte concentration de ménages agricoles dans telle zone, cela devrait être pris en compte dans les politiques agricoles. S’ils mettent en évidence des inégalités d’accès à l’électricité ou à l’eau, ces informations devraient contribuer à déterminer les priorités. Autrement, le Burundi risque de disposer d’une photographie très précise de sa population sans utiliser pleinement ce qu’elle révèle.
Dans le Viseur d’un démographe
Dans une interview accordée au journal Iwacu, le démographe Évariste Ngayimpenda estime que la croissance démographique peut devenir une opportunité pour le Burundi à condition d’être accompagnée par des investissements conséquents dans l’éducation, la santé, l’emploi et les infrastructures. Selon lui, une population nombreuse ne produit pas automatiquement des dividendes démographiques. Le développement économique et social doit pouvoir suivre son rythme. Cette analyse prend tout son sens avec les résultats du RGPHAE 2024, qui montrent notamment qu’une forte proportion de la population est jeune. Pour le Burundi, le défi consiste désormais à utiliser ces nouvelles données démographiques pour anticiper les besoins des prochaines générations et orienter les politiques publiques et les investissements de manière à transformer cette dynamique démographique en véritable levier de développement.
Le Burundi connaît désormais la taille et la composition de sa population. Le véritable enjeu est de savoir si nous saurons utiliser cette connaissance pour mieux préparer le pays que nous voulons devenir. Le recensement ne doit donc pas être seulement un outil pour compter les Burundais. Il doit devenir un outil pour mieux les servir sa population.
