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Gérardine Irakoze : la patience et l’innovation au service de l’agriculture à Buramata

Grâce à un leadership fondé sur la patience et l’intelligence collective, Gérardine Irakoze de la commune Mpanda de Bujumbura a structuré la coopérative CAPECOBU autour d’un modèle d’économie circulaire inédit alliant riziculture et pisciculture. Portrait d’une visionnaire du leadership contemporain.

Après ses études en informatique en 2022, Gérardine Irakoze fait face au chômage, à une réalité partagée par de nombreux jeunes burundais. Juste une seule équation à résoudre : un poulailler qui nourrit des poissons qui, à leur tour, vont fertiliser et sarcler le riz dans un étang de 4 ares. Facile à dire qu’à faire. Mais Gérardine Irakoze, du haut de ses 26 ans, possède un atout : elle maîtrise les TIC. A l’ère où l’informatique et l’IA sont à la mode, elle a choisi en profité.  Elle a transforme son smartphone en outil d’apprentissage. En autodidacte, elle enchaîne les recherches et les tutoriels sur les réseaux sociaux pour maîtriser des techniques agricoles innovantes, avant de convaincre ses proches. « Le téléphone peut servir aussi d’école. J’encourage la jeunesse burundaise à délaisser le divertissement digital pour des projets productifs », souffle-t-elle comme un mantra. 

L’histoire de la coopérative CAPECOBU (Coopérative Agro-pastorale et Commerciale de Buramata) est une leçon de résilience. Convaincre quarante-quatre paires de mains de s’unir dans la boue des rizières quand on n’a que des octets en mémoire était un pari risqué. Ils avaient un seul étang sur une surface de 4 ares. C’était peu, mais l’audace attire la providence. Touché par cette foi naissante, le PAEEJ apposa sa signature au bas d’un prêt de huit millions de BIF. La machine était lancée.

Aujourd’hui, le prêt est entièrement remboursé et l’exploitation s’étend sur 25 ares, comptant 10 étangs. En haut, le caquetage de deux cent cinquante poules rythme les journées. Leurs déjections tombent, offrandes naturelles qui fertilisent l’eau tiède. Dans ce miroir liquide, 16 000 poissons (tilapias sombres et poissons-chats vigoureux) s’agitent et veillent sur le riz. 

Ici, la chimie n’a pas droit de cité. Pas de pesticides, pas de sarclage exténuant. Le poisson se fait l’ouvrier de l’ombre. Il dévore les insectes envahisseurs, broute les herbes folles et offre, en retour, son propre engrais.  « Le poisson s’occupe de tout », murmurent les travailleurs, fascinés par cette symbiose où la plante et l’animal partagent la même eau. Deux tonnes de riz peuvent ainsi sortir de la vase, pure et saine que s’arrachent les habitants. Mieux encore, la coopérative a investi dans sa propre machine à décortiquer le riz.

Au-delà de la réussite financière, un vrai impact social à Buramata

La problématique du chômage des jeunes étant ce qu’elle est, CAPECOBU emploie de manière permanente plus de 20 personnes et offre un travail temporaire à plus de 40 ouvriers locaux. La coopérative a également introduit un modèle d’économie circulaire unique qui se fonde sur les déjections des poules fertilisant la rizière et nourrissant les poissons. De l’autre côté, les poissons débarrassent le riz d’insectes et l’alimentent en engrais naturel avec leurs déjections, éliminant totalement le besoin d’utilisation des produits chimiques.

Le chef de colline de Buramata, Ntunzwenimana Jean Marie, salue l’impact de la coopérative CAPECOBU et souligne les avantages concrets qu’elle apporte aux citoyens. Il met en avant l’accessibilité de la rizerie locale qui, en fixant le tarif du décorticage du riz à 60 Fbu le kilo au lieu des 80 Fbu pratiqués ailleurs, privilégie le développement de la population.  « Voyez-vous, ils élèvent du poisson et cultivent du riz en même temps. Gérardine apprend aussi aux habitants à élever des poissons. C’est la première personne que je vois élever des poissons de cette façon. Étant passionné, je lui ai demandé de me montrer comment le faire, car je compte en élever moi-même », renchérit le chef de la colline de Buramata.

Patience et écoute, deux astuces d’un management efficace

Le plus grand génie de Gérardine ne réside pas seulement dans la mise en place de ces étangs. Il réside dans la confiance des hommes qu’elle guide. Dans un univers de coopératives souvent déchirées par les querelles d’égos et les divisions, CAPECOBU demeure un havre de paix. Pourtant, pour une jeune femme, imposer sa voix face à une quarantaine de membres, dont des hommes mûrs forgés par la tradition, demande un leadership d’exception.

Interrogée sur son secret, elle répond sans détours : « Le premier secret du leadership que j’ai découvert, c’est la patience. Diriger est difficile. Parfois, les idées ne convergent pas (…) On convainc par les actions et le travail », confie celle qui a choisi de vaincre les critiques par les fruits de son labeur.

Son modèle de gestion repose sur un équilibre parfait entre fermeté et démocratie participative. Ses collaborateurs saluent son management horizontal. Elle consulte systématiquement les membres avant de prendre des décisions importantes, résout les conflits par le dialogue et s’assure que les salaires soient versés à temps. « Elle agit très bien et je peux témoigner qu’elle surpasse les hommes en matière de leadership. Depuis que j’ai quitté l’école, c’est ici que je trouve de quoi nourrir ma famille », affirme sans équivoque Elie Niyongere, un des employés de la coopérative.

Pour Gérardine Irakoze, l’aventure ne fait que commencer. Déterminée à obtenir des résultats concrets, elle projette une extension de ses infrastructures d’ici 2040. Son ambition ultime ? Multiplier les étangs et vulgariser cette technique de riziculture-pisciculture à travers tout le pays afin de former la prochaine génération de leaders agricoles.

À Buramata, Gérardine Irakoze ne fait pas seulement pousser du riz et élever des poissons. Par sa patience, son sens de l’écoute et son esprit d’innovation, elle fait aussi germer des emplois, renforce la solidarité au sein de sa coopérative et ouvre de nouvelles perspectives à la jeunesse. Son ambition d’étendre ce modèle à l’échelle nationale porte une conviction. L’agriculture peut être bien plus qu’un moyen de subsistance, elle peut devenir un moteur de développement durable et un terrain d’affirmation du leadership féminin.

 

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