Alors que le ministère des Affaires étrangères fait de la protection des Burundais à l’étranger une priorité, de nombreux défis persistent, notamment pour les travailleurs migrants. Entre interventions diplomatiques, partenariats avec les agences de recrutement et multiplication de départs via des circuits informels, la capacité de l’État à protéger ses ressortissants reste mise à l’épreuve. Le bilan des 100 premiers jours du nouveau ministre met en lumière les progrès réalisés, mais aussi les zones d’ombre qui fragilisent encore la sécurité des Burundais hors du pays.
Le 28 de ce mois, le ministère burundais des Affaires étrangères a présenté, lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, le bilan des 100 jours du nouveau ministre, Édouard Bizimana. Au cœur des réalisations mises en avant figure la protection des Burundais vivant ou travaillant à l’étranger, un volet devenu prioritaire dans la stratégie de « diplomatie de présence et de rayonnement ». Cette orientation intervient dans un contexte où des cas d’abus, d’arrestations et de violences visant des ressortissants burundais continuent d’être signalés dans plusieurs pays.
Quid de l’activation de la diplomatie en cas de détresse ?
Selon le ministre Edouard Bizimana, dès qu’un Burundais rencontre une difficulté à l’étranger, la protection diplomatique est immédiatement activée. Le ministère informe les diplomates présents dans le pays concerné, qui se rapprochent alors des autorités locales pour obtenir des informations sur la situation du ressortissant. Le ministre a illustré cette volonté de protection par un cas impliquant trois Burundais repérés au Qatar : deux présentaient des troubles mentaux, tandis que le troisième avait terminé son contrat de travail en Arabie saoudite. Informé de leur situation, le ministère a dépêché un diplomate à leur arrivée à l’aéroport afin d’assurer leur accompagnement et de veiller à ce qu’ils reçoivent l’assistance nécessaire. Après leur départ du Qatar, l’ambassade du Burundi en Éthiopie a été alertée pour organiser leur accueil et faciliter les démarches relatives à leur retour. Selon le ministère, cette coordination entre missions diplomatiques illustre la mise en œuvre du nouveau mécanisme de protection des Burundais à l’étranger. Dans certains cas, les personnes concernées sollicitent une aide financière pour rentrer au pays. À ce sujet, le ministre a indiqué que le ministère peut collaborer avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin d’organiser leur rapatriement.
Qu’en est-il du départ légal des travailleurs ?
Le ministère affirme également vouloir ouvrir davantage d’opportunités de travail à l’extérieur pour les Burundais. Selon M. Bizimana, plusieurs accords ont été conclus avec des pays étrangers pour l’envoi de main-d’œuvre, en collaboration avec des agences de recrutement agréées. À ce jour, 61 agences sont officiellement partenaires du ministère. Elles ont permis l’envoi de plus de 17 000 travailleurs burundais en Arabie saoudite dans un cadre jugé légal. Le ministère reconnaît toutefois que ce chiffre pourrait être plus élevé, certains départs se faisant en dehors des circuits déclarés.
Des difficultés persistantes malgré le cadre légal
Malgré ces efforts, les Burundais à l’étranger continuent de rencontrer de nombreuses difficultés. En 2025, l’Aluchoto (Association de lutte contre le chômage et la torture) a rapporté en Zambie 13 assassinats, 168 arrestations et 13 cas de torture de ressortissants burundais. En Tanzanie, l’organisation cite 208 arrestations, tandis qu’au Malawi, 6 assassinats de Burundais ont été recensés.
En Afrique du Sud, des défenseurs des droits humains signalent régulièrement des cas d’attaques, de pillage de biens ou d’homicides visant des Burundais. Une coalition de médias étrangers a également documenté des cas de maltraitance en Arabie saoudite. D’autres témoignages rapportent que les travailleurs dans certains pays arabes font face à des conditions difficiles et parfois à des violences.
Et les agences de recrutement dans tout ça ?
Le ministère a rappelé que les agences de recrutement agréées ont l’obligation de suivre et d’accompagner les travailleurs qu’elles envoient à l’étranger. Elles doivent garantir des contrats conformes, des conditions de travail décentes et intervenir en cas de litige ou de violation des droits. Elles sont également tenues de maintenir un contact permanent avec leurs partenaires étrangers et d’informer rapidement les autorités burundaises en cas d’incident. En situation de maltraitance, de détention ou d’arriérés de salaire, ces agences doivent coordonner l’assistance avec les représentations diplomatiques. Toutefois, de nombreux Burundais migrent via des circuits informels ou des agences non reconnues. Ces agences illégales n’ont aucune obligation de protection et opèrent souvent sans contrôle. Conséquence : la prise en charge des travailleurs en détresse devient plus difficile et renforce leur vulnérabilité à l’étranger.
