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Paix durable au Burundi : quelles promesses tenues pour les jeunes depuis Arusha ?

Ils ont grandi pendant la guerre civile. Aujourd’hui adultes, parfois parents, les « enfants de la crise » ont une autre responsabilité : éviter que leurs enfants grandissent dans les mêmes peurs traumatismes. Depuis Arusha, les engagements se sont accumulés. Mais pour tenir ces promesses entre générations, la société burundaise doit encore répondre aux attentes de justice et donner aux nouvelles générations les moyens de se construire un avenir.

Au Burundi, ceux qui sont nés entre la seconde moitié des années 1980 et les années 90 ont vu le monde dans un pays bientôt déchiré par la guerre civile. Leurs parents tentaient de protéger la famille ; certains portaient toujours les blessures de 1972. Pour une partie de cette génération, le passé s’est donc transmis autant par les événements fraîchement vécus que par les récits et les silences des adultes.

Quoi qu’il en soit … 

Cette histoire ne condamne pas cette génération à reproduire la violence. Une étude qualitative publiée en 2017, menée auprès de 74 enfants de ménages vivant dans la précarité à Cibitoke, Muyinga et Rumonge, relève chez une partie d’entre eux des comportements de résilience et de solidarité. Elle souligne notamment l’importance d’une bonne affection familiale   L’échantillon restreint de cette étude ne représente pas tout le pays, mais ses résultats invitent à regarder aussi ce qui aide les enfants à se reconstruire.

En âge de prendre la relève des commandes de la société des questions peuvent être adressées aux désormais anciens « enfants de la crise » : que faisons-nous, dans les familles et dans la société, pour que les blessures du passé ne déterminent pas tout l’avenir ? D’autant plus qu’avoir survécu à la guerre ne suffit pas à protéger ceux qui viennent après nous : nos enfants : le futur du pays.

Arusha : une promesse de paix encore à accomplir 

Signé le 28 août 2000, l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation devait ouvrir une autre perspective. Au-delà de la fin des affrontements, il posait les bases d’un pays où les violences seraient examinées, les victimes reconnues et les responsabilités établies. Pour les générations qui avaient grandi dans la crise, cela devait permettre de se projeter autrement, en jurant que la dernière guerre fraternelle doit être la bonne dernière 

La mise en œuvre a tardé. La Commission vérité et réconciliation n’a été créée qu’en 2014, quatorze ans après l’accord, tandis que le projet de tribunal spécial n’a pas abouti. Le travail de vérité s’est ainsi engagé sans la réponse judiciaire attendue à ses côtés.

Les controverses autour de la CVR montrent aussi combien la reconnaissance du passé reste sensible. Dans son rapport d’étape de décembre 2021, elle a qualifié les événements de 1972 de « génocide contre les Hutus du Burundi ». Cette lecture reste contestée ou jugée insuffisante, notamment par ceux qui dénoncent une reconnaissance insuffisante des violences subies par les Tutsis.

La décision parlementaire du 9 octobre 2026 de prolonger de quatre ans son mandat ne clôt donc pas le débat. Pour les générations suivantes, l’enjeu est de pouvoir comprendre les violences sans recevoir en héritage une culpabilité collective ou l’obligation de venger les leurs. Cela exige un travail rigoureux, qui reconnaît les souffrances sans les mettre en concurrence.

Quel avenir transmettre aux nouvelles générations ? 

 Dans Breaking the Conflict Trap, publié par la Banque mondiale en 2003, Paul Collier et ses coauteurs analysent les liens entre fragilité économique et guerre civile. Leurs travaux suggèrent que de faibles revenus et des perspectives limitées peuvent faciliter le recrutement armé. Ce modèle est discuté : il ne signifie pas qu’un jeune sans emploi devient violent. Il rappelle que construire la paix exige aussi de s’intéresser à ses conditions de vie.  

Après le succès du scrutin démocratique de 2005, il fallait donc créer un environnement, au nom de la justice pour tous, ou les opportunités économiques permettant à chacun de se faire une santé économique dans une quête d’aider les âmes des burundais meurtris, de croire à un avenir dans leur pays.

Tout n’est pas servi sur un plateau d’argent

Sans passer forcément par des initiatives politiques, en s’appropriant les acquis de la paix et le sentier ouvert par le dialogue communautaire, cette génération a le devoir d’accompagner les nouvelles générations de jeunes, notamment celles nées dans les années 2000, afin qu’elles contribuent à bâtir un avenir meilleur, au sein d’une société pleinement réconciliée, prospère et résiliente face à la guerre et aux divisions. Cela suppose de leur faciliter une place dans la prévention des violences, au lieu de les considérer seulement comme une population à encadrer. C’est ce qu’ont fait des organisations comme le REJA (Réseau des Organisations des Jeunes en Action pour la Paix, la Réconciliation et le Développement), qui ont porté des activités de paix et de citoyenneté ; Peace Insight documentait cet engagement associatif au tournant des années 2010. 

Cette participation doit inclure les jeunes femmes. Les analyses du Netherlands Institute for Multiparty Democracy rappellent que les progrès de leur représentation politique ne garantissent pas, à eux seuls, l’accès aux fonctions de décision. Pour transmettre une autre manière de gouverner, il faut aussi permettre à celles qui sont concernées par les choix collectifs de peser sur eux. À titre illustratif, malgré 46 % de femmes au Sénat élu en 2025 et 30 % au gouvernement, une seule gouverneure sur les cinq est une femme, ce qui traduit une représentation dépourvue d’un réel pouvoir de décision

Ne pas traumatiser une génération de plus

La plupart des détenteurs de pouvoir actuels a tout quitté et pris le chemin des armes pour arriver aux commandes. Après 2 décennies de règne, Ils sont mieux placés que quiconque pour savoir que le post-crise n’est jamais un point final. C’est un travail permanent de mémoire, de justice, de transition de pouvoir menée jusqu’au bout, d’urgence économique que chaque génération doit reprendre, sous peine de laisser les mêmes lignes de fracture se rouvrir, une fois de plus, aux mêmes endroits. Il faut faire en sorte que la récente guerre civile soit enfin la Der des Ders.

 

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