Pendant plus d’une décennie, Kamenge était synonyme de guerre et de division au Burundi. Aujourd’hui, ce quartier du nord de Bujumbura réinvente son image grâce à la jeunesse et à la culture. À l’occasion de la demi-finale de YaNgabire Dance Edition, le Centre Jeunes Kamenge est devenu le symbole d’une génération post-conflit qui dépasse les clivages ethniques, célèbre la créativité et construit un Burundi rassemblé, où le rythme de la danse fait battre les cœurs à l’unisson de l’espoir.
Pendant plus d’une décennie, le simple nom de Kamenge évoquait, dans l’inconscient collectif burundais, l’image d’une forteresse meurtrie. Entre 1993 et 2005, ce quartier du Nord de Bujumbura a été le théâtre des affrontements les plus sombres de la guerre civile : une enclave isolée par les blocus, marquée par les opérations de ratissage et le deuil. Pourtant, en ce mois de décembre 2025, c’est un tout autre écho qui résonne dans les rues du quartier. À l’occasion de la demi-finale de YaNgabire, Dance Edition, Kamenge a démontré qu’il n’est plus le « bastion » de la division, mais le cœur battant d’une nation en pleine renaissance.
Le CJK, le havre de paix
Organiser cet événement au Centre Jeunes Kamenge (CJK) n’est pas un hasard géographique, mais un acte culturel fort. Ce centre, l’un des rares « îlots de paix » à maintenir le dialogue au plus fort de la crise, a vu sa mission originelle atteindre son apogée. Pour Hervé Rugamba, organisateur de l’événement, ce choix était une évidence : « Le choix de Kamenge était un geste symbolique. Le CJK a toujours été un creuset de talents, un lieu où la jeunesse burundaise s’exprime librement, loin des préjugés. » Il explique que l’objectif était de révéler la véritable identité du quartier : « Nous voulions mettre en lumière cette richesse cachée de Kamenge : un quartier qu’on a trop longtemps enfermé dans des clichés ethniques, alors qu’en réalité, il déborde de créativité, d’énergie et de fraternité. »
De la « géographie de la peur » à la communion de la danse
Là où les générations précédentes devaient se terrer pour échapper aux balles, les jeunes d’aujourd’hui investissent la scène. Sous les projecteurs de YaNgabire, la poussière soulevée par les pas de danse a remplacé la fumée des incendies de 1994. Le message est clair : la géographie de la peur appartient désormais au passé. Cette transformation s’est vécue intensément dans le public.
Le véritable tour de force de cette édition de YaNgabire réside dans l’indifférence totale des participants face aux anciens clivages. Pour cette génération post-conflit, l’identité ne se définit plus par l’appartenance ethnique, mais par le talent, le « flow » et l’engagement artistique.
Dans une salle comble où l’adrénaline remplaçait la méfiance, on a vu fusionner les talents, avec des danseurs venus de tous les horizons de la capitale et des provinces. La méritocratie artistique a pris le dessus : le public a acclamé la performance brute sans se soucier de l’origine des artistes. Hervé Rugamba confirme cette rupture avec le passé : « YaNgabire n’est pas qu’un concours, c’est une plateforme culturelle qui abat les murs, déconstruit les clivages et remet l’humain au centre. Dans cette édition, l’ethnie, l’origine ou le passé ne comptaient plus. »
Plus qu’un spectacle…
Glory Holy, l’une des figures montantes du groupe finaliste Umuco, a livré un témoignage vibrant, empreint d’émotion et de vérité. Pour elle, cette demi-finale de YaNgabire 2025 à Kamenge a été bien plus qu’une simple compétition artistique. C’était une expérience humaine rare, une claque d’unité dans un pays trop souvent fragmenté par des divisions héritées du passé.
« J’étais vraiment contente de participer, surtout quand j’étais sur scène », a-t-elle confié avec un sourire encore chargé d’émotions. Ce qui l’a le plus marquée, c’est l’absence totale de barrière identitaire. « Je ne me suis même pas rendu compte qu’on était différents par nos origines. Les gens acclamaient chaque mouvement, chaque pas, sans se soucier de l’ethnie ou du groupe d’où l’on venait », a-t-elle ajouté.
Kamenge jadis stigmatisé, a fait la démonstration éclatante d’un renouveau réconciliateur. Glory Holy est convaincue que « Ce moment restera gravé dans mon cœur. On a été applaudis, félicités, accueillis comme des frères et sœurs par des gens qu’on ne connaissait même pas. Ce genre d’ambiance te rappelle que l’art peut vraiment unir ce que l’histoire a séparé ». Rendez-vous demain à la grande finale pour vivre d’autres moments inoubliables.
