À l’école, les adolescents peuvent accéder, sous une forme ou une autre, à des informations sur la santé sexuelle et reproductive. Mais qu’en est-il de ceux qui n’y sont plus ? Une récente étude menée auprès de 767 adolescents non scolarisés dans le district sanitaire de Ngozi apporte un éclairage sur cette question. Ses résultats montrent que l’accès à l’information reste un véritable défi pour cette catégorie de jeunes.
Au Burundi, où les données sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR) restent encore limitées, l’analyse des enquêtes démographiques et de santé donnent quelques indications préoccupantes. Entre 1987 et 2017, la proportion d’adolescents et d’adolescentes de moins de 14 ans ayant déjà eu des rapports sexuels est passée de 0,7 % à 2,6 %, tandis que la proportion d’adolescentes ayant au moins un enfant à 19 ans est passée de 5,9 % à 8,3 %.
Ces évolutions rendent la question de l’accès à l’information particulièrement importante. Connaître les risques, comprendre les changements du corps, savoir comment prévenir une grossesse ou une infection sexuellement transmissible et savoir où chercher de l’aide supposent d’abord d’avoir accès à une information fiable.
Pour les adolescents qui fréquentent l’école, cette information peut être rencontrée dans le cadre du parcours scolaire. Certaines notions liées au corps, à la puberté, à la santé reproductive ou à la prévention sont abordées, sous une forme ou une autre, au cours du curriculum. L’école constitue ainsi un espace d’exposition à ces sujets, même si elle ne répond pas à elle seule à tous les besoins.
Pour les jeunes qui ne sont plus scolarisés, cette porte d’entrée disparaît.
Une étude menée auprès de 767 adolescents non scolarisés âgés de 10 à 19 ans dans le district sanitaire de Ngozi montre l’ampleur du problème : 66,45 % des personnes interrogées n’avaient jamais entendu parler de la SDSR avant l’étude.
Les lacunes ne concernent pas uniquement des notions complexes. Elles portent sur des questions très concrètes : le préservatif, le cycle féminin, les menstruations et leur lien avec la grossesse, la contraception ou encore les infections sexuellement transmissibles autres que le VIH, syphilis et hépatite B.
Un chiffre en particulièrement glaçant : sur la question de savoir si un préservatif peut être réutilisé, seuls 9,1 % des adolescents interrogés ont donné la bonne réponse.
L’étude met également en évidence une différence intéressante selon l’âge et le sexe. Avant 16 ans, les filles présentent un niveau de connaissance supérieur à celui des garçons. Après cet âge, la tendance s’inverse. Les auteurs associent notamment cette évolution aux possibilités différentes de socialisation : les garçons de plus de 15 ans ont davantage d’occasions de se retrouver entre pairs, notamment autour du football, où les discussions sur la sexualité peuvent avoir lieu plus librement. Pour les filles, les possibilités d’échange semblent davantage limitées par les restrictions de mobilité imposées par les parents et par la stigmatisation culturelle qui entoure encore les discussions sur la sexualité.
Cette différence rappelle que l’accès à l’information ne dépend pas seulement de l’existence d’un contenu. Il dépend aussi de la possibilité pour un jeune de rencontrer les personnes, les espaces et les services qui permettent d’obtenir cette information.
La distance constitue d’ailleurs une autre barrière. Lorsque le centre de santé pour les jeunes se trouve à plus de 45 minutes de marche, le niveau de connaissance en SDSR diminue, avec un effet particulièrement marqué chez les filles.
Aller au-delà de l’école, rejoindre les jeunes là où ils sont
Ces constats invitent à élargir les stratégies de communication. Si l’école constitue une porte d’entrée importante, elle ne peut pas être la seule. En 2025, selon les données de la Banque Mondiale sur le Burundi, 37% des adolescents sont en dehors du système scolaire. Dès lors, les interventions se doivent d’intégrer des démarches pouvant les atteindre dans d’autres espaces.
La radio peut jouer ce rôle, particulièrement dans les zones rurales. Les médias numériques, les groupes de jeunes, les espaces communautaires et les mécanismes d’écoute peuvent également offrir des possibilités d’information, de dialogue et d’orientation. L’étude recommande d’ailleurs de renforcer l’éducation en SDSR destinée aux adolescents non scolarisés en mobilisant davantage la radio et d’autres médias.
Mais encore faut-il partir des questions que les jeunes se posent réellement. Les préoccupations exprimées autour des menstruations, de la contraception, des changements du corps ou des infections sexuellement transmissibles peuvent servir de point de départ pour produire des contenus plus proches de leurs réalités.
L’étude montre par ailleurs qu’un niveau plus élevé de connaissances en SDSR est associé à des intentions plus favorables à des pratiques sexuelles plus sûres. Il faut toutefois rester prudent : il s’agit d’une association avec les intentions, et non d’une preuve que l’information entraîne automatiquement un changement de comportement.
L’enjeu est donc moins de multiplier les messages que de construire des espaces où les jeunes peuvent entendre, comprendre, questionner et, lorsque cela est nécessaire, être orientés vers les services appropriés.
Quitter l’école ne devrait pas signifier quitter le circuit de l’information. Les jeunes non scolarisés ont eux aussi besoin de réponses fiables sur leur santé et leurs droits. Reste alors à construire des passerelles suffisamment proches, accessibles et adaptées pour qu’ils ne deviennent pas des laissés-pour-compte de l’information sur la SDSR.
