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École internationale de Gitega dans l’œil du cyclone

L’histoire est toute simple : une école qui a formé des générations depuis plus de quatre décennies s’est retrouvée, en quelques jours, au cœur d’une tempête dont beaucoup peinent encore à comprendre. Mais, pour quelles raisons ? Selon quelles foi et lois ? Découvrez dans cet article comment un simple courrier administratif a menacé de faire tomber l’espoir de milliers de bénéficiaires de cet établissement emblématique de Gitega.

Le ciel est-il vraiment tombé sur la tête de l’École internationale de Gitega (EIG) ? C’est la question qui taraude l’esprit de plus d’un Burundais,  depuis la publication d’une correspondance du ministère de l’Éducation, annonçant une décision allant dans ce sens. Mais pas que ; de quoi s’agit-il exactement ?

Il y a 3 semaines, cette correspondance qui date d’avril 2026 faisait le tour des réseaux sociaux. Elle annonçait, ni plus ni moins, la fermeture de l’EIG. L’école était accusée de ne pas disposer d’un cadre légal régissant son fonctionnement. Elle était également jugée « instable », car elle fonctionnerait « dans des bâtiments appartenant à l’État sans documents de cession ni contrat de bail ». Ce n’est pas tout. Dans cette même correspondance, le ministre de l’Éducation indique que le cycle maternel, ainsi que les trois premiers cycles de l’enseignement fondamental fonctionnent illicitement. Il affirme également qu’aucun élève n’est inscrit dans la section des Lettres modernes. Sur cette base, le ministère de tutelle a annoncé la fermeture de l’EIG à compter de la rentrée scolaire 2026-2027, tout en précisant que les élèves pourront être réorientés vers d’autres établissements. Une fois les premiers instants de stupeur passés, les interrogations ont fusé de toutes parts.

Pour ceux qui l’ignorent, l’EIG est l’un des établissements les plus réputés de Gitega. Des familles burundaises, mais aussi étrangères, notamment congolaises et indiennes, y scolarisent leurs enfants. L’école jouit d’une solide réputation grâce à la qualité de son enseignement. Elle se distingue également par un programme hybride combinant les systèmes éducatifs burundais et belge. Plusieurs personnalités du pays y ont fait leurs études avant de fouler leur pieds l’enseignement supérieur. Pourtant, d’un trait de plume, le ministre semble avoir effacé quarante-trois années d’histoire. Si la décision a été prise le 16 avril 2026, elle n’a véritablement suscité l’émoi que lorsque son contenu a été révélé sur les réseaux sociaux.

Démêlons d’abord les fils !

Afin de comprendre ce qui arrive à l’EIG, nous sommes remontés à ses origines. Nous nous sommes entretenus avec Léonidas Muyuku, directeur de l’établissement.

Tout commence en 1983. À l’initiative des parents, fonctionnaires burundais et étrangers de l’Institut de Recherche Agronomique et Zootechnique (IRAZ), naît le projet de créer une école offrant un enseignement de qualité à leurs enfants. Très vite, d’autres parents de Gitega, sans lien avec l’IRAZ, rejoignent cette initiative. Il convient d’ailleurs de préciser que l’IRAZ, en tant qu’institution, n’est pas à l’origine de ce projet. À ses débuts, l’école fonctionne dans des locaux situés près du stade de Gitega. Elle déménagera ensuite près de l’agence de la BRB, dans les bâtiments de l’Office national du commerce (ONC). Par la suite, les parents décident d’acquérir un terrain afin d’installer définitivement l’établissement. Grâce au financement obtenu au près d’une Ong ils achètent une parcelle destinée à permettre à l’école de voler de ses propres ailes.

Des faits qui parlent

Nous avons également rencontré Déo Kavamahanga, représentant légal de l’école. Incompréhensif face à la situation actuelle, il déroule les faits. Avec la viabilisation du quartier Shatanya IV, les parents obtiennent une parcelle. Mais, reprenons les événements dans l’ordre. Le 15 juin 1987, l’association sans but lucratif dénommée « École internationale de Gitega » obtient la personnalité civile du ministère de la Justice. Le 8 mai 1995, le ministre de l’Éducation, Nicéphore Ndimurukundo, autorise les élèves de l’EIG à passer le concours national. Le 13 mars 2000, l’EIG verse 500 000 Fbu à la BRB pour les frais de viabilisation de la parcelle qui lui a été attribuée.

Le 24 novembre 2004, l’État du Burundi, représenté par Me Gahigiro Évariste, conservateur des titres fonciers, cède gratuitement à l’école la parcelle n° 834/GIT.C.2, d’une superficie de 1 ha, 12 ares et 11 centiares. L’article premier de l’acte de cession précise que cette parcelle est destinée exclusivement à la construction de l’École internationale de Gitega. Le 11 novembre 2004, l’EIG reçoit son certificat d’enregistrement de propriété foncière (Vol. VII, Folio 128), enregistré sous le numéro général 14 954 et le numéro spécial VB 732. Pour des raisons administratives, ce certificat deviendra par la suite le titre foncier Vol. E1 LIV, folio 167, sous le numéro général 2145/2024 et le numéro spécial D.3038.

Face aux accusations selon lesquelles l’école fonctionnerait sans cadre légal, le représentant légal produit d’autres documents. Le 9 juin 2008, le vice-ministre chargé de l’enseignement de base et secondaire, Ernest Mberamiheto, signe l’ordonnance ministérielle n°610/641 portant agrément des sections Lettres modernes et Scientifique B à l’EIG. Le 11 juillet 2022, l’actuel ministre de l’Éducation, François Havyarimana, le même qui vient aujourd’hui de décréter la fermeture de l’établissement, signait l’ordonnance ministérielle n°610/1032 autorisant l’ouverture de la section « Mathématiques-Statistiques » à l’EIG.

Le jour où tout a basculé

Le 16 mars 2026 marque un tournant. Une commission mandatée par le ministère de l’Éducation se rend à l’EIG, afin d’y effectuer une inspection. Après une heure et demie d’entretien avec les responsables de l’établissement, elle remballe. Ses conclusions sont sans appel : absence de cadre légal, association des parents non agréée.

Toutefois, le rapport de cette commission apporte une nuance de taille : « Auparavant, l’association était École internationale de Gitega et elle était agréée. » Que s’est-il donc passé entre-temps ? C’est toute la question. Si l’on disait que les raisons de l’administration demeurent parfois impénétrables, on ne tomberait ni dans le sensationnalisme ni dans l’extrapolation. Pourquoi ? Parce qu’avant cette mission de mars, une autre commission avait inspecté le même établissement. Son rapport n’avait relevé aucun manquement. Au contraire, il soulignait que le personnel administratif et enseignant était suffisant et qualifié, tout en concluant que l’école fonctionnait dans la légalité. Le représentant légal résume son incompréhension d’une voix mêlant amertume et résignation : « La commission était carrément de mauvaise foi. »

Des conséquences et des regrets

Dans cette affaire qui a défrayé la chronique, les dommages collatéraux sont nombreux. Les premiers touchés sont évidemment les élèves. Ils n’ont rien demandé dans tout ça. Et pourtant, ils se retrouvent plongés dans une incertitude déconcertante, ne sachant plus à quel saint se vouer tant la nouvelle est tombée brutalement. Mais ils ne sont pas les seuls. Au cours de notre enquête, nous avons appris que le compte bancaire de l’école, ainsi que ceux de l’ensemble de son personnel, avaient été bloqués. À la rigueur, on pourrait comprendre le gel du compte de l’établissement, au titre de mesures conservatoires. Mais sur quelle base juridique les comptes personnels des employés ont-ils, eux aussi, été bloqués ?

Les parents d’élèves sont également profondément désemparés. Nous avons rencontré Valérie Niyonkuru. Presque tous ses enfants ont été scolarisés à l’EIG. Pour elle, la fermeture de l’établissement serait un coup dur. « L’EIG n’est pas seulement une école ; elle fait partie de l’identité même de Gitega en matière d’éducation. Ce ne sont pas uniquement les Burundais qui vont perdre. Des Indiens, des Congolais et d’autres nationalités choisissaient Gitega grâce à la qualité de l’enseignement offert par cette école. Plusieurs anciens élèves ont intégré de prestigieuses universités européennes et américaines. Nous en appelons au gouverneur de Gitega et au président de la République afin qu’ils interviennent. C’est une école portée par les parents, et ses performances parlent pour elle. Nous ne comprenons pas ce qui lui arrive. »

Monia Marie Bamina, ancienne élève de la promotion 2022-2023, poursuit actuellement des études de psychologie au Smith College, à Northampton, dans l’État du Massachusetts, aux États-Unis. Pour elle aussi, la fermeture de l’EIG est un véritable choc. « C’est la seule école que j’ai connue avant d’intégrer une université américaine. J’y ai étudié depuis la maternelle. L’EIG m’a donné les bases sur lesquelles je construis aujourd’hui mon parcours universitaire. Je ne vois aucune raison valable qui puisse justifier la fermeture de ce qui a été une véritable famille pour nous. Cette école m’a tout donné. Quelle que soit la personne en mesure d’agir, je n’ai qu’une seule demande : reconsidérez cette décision. Faites tout pour que l’EIG ne disparaisse pas. »

Quarante-trois ans d’histoire peuvent-ils s’effacer d’un simple courrier administratif ? Entre documents et procédures d’une part et, d’autre part, l’avenir de centaines d’élèves, de dizaines d’enseignants et le destin d’une institution emblématique de Gitega, qu’est-ce qui doit primer dans la prise des décisions ?

Heureusement, alors que nous publions cet article, le ministre a fait savoir, lors d’une conférence de presse animée le 17 juillet, qu’une commission de réexamen du cas est à l’œuvre.

 

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