Si le week-end de ces 5 au 7 septembre 2025 a été riche en évènements, un d’entre eux ; le festival de la musique et de l’art « IzubaFest » a d’abord coupé le souffle à certains membres du staff de Yaga à quelques centaines de pas du centre Izuba, avant que les échos ne poursuivent un d’eux jusque dans son dernier retranchement, jusqu’ à 8km où il habite. Témoignage.
Les week-ends se suivent, mais ne se ressemblent pas du tout. Celui qui vient de passer avait tout pour être un sacré régal. Le vendredi, le concert de la star de tous les temps, Kidum, avait enflammé le bar-resto Quai Passa, en plein cœur du quartier Rohero, juste à côté de l’entrée sud de la parcelle hébergeant les bureaux du programme des nations unies pour le développement (PNUD). Désormais, Rohero ne garde plus son historique réputation de quartier des plus tranquilles. Gare aux retraités qui croyaient y avoir trouvé un refuge pour vivre calmement leur troisième âge.
Comme si les choses ne pouvaient s’en arrêter là, le samedi soir, IzubaFest, le festival de la musique et de l’art, à juste une vingtaine de mètres du Quai Passa, prend le relai. Depuis tôt le matin à ce soir-là, moi et une petite bande de mes collègues à Yaga, à environ 300 mètres du centre culturel Izuba, nous étions donnés rendez-vous pour le travail. Nous nous concentrons sur quelques vidéos qui devraient être publiées en début de semaine suivante.
Regardez tout de suite ce qui va se passer …
A peine le tournage d’une de ces vidéos se termine, un son fissure les murs de nos bureaux transformés en studio de production. C’est IzubaFest qui lâche les premiers morceaux de sa playlist. Voilà que la deuxième journée du festival est ainsi lancée. C’est à peine que je cligne mes deux yeux que les deux filles de ma petite bande de bosseurs ont disparu. Aux nouvelles, un de mes collègues me fait savoir qu’elles avaient sur leur agenda aller faire la fête à Izuba. OK ! Les choses s’annoncent difficiles à maîtriser.
Deuxième clin d’œil, le technicien principal, fan connu de la musique, n’aura même pas le temps de ranger tout le matériel de tournage. Il sort du vestiaire, en tenue de fête. Folle la manière dont il s’est changé en un laps de temps ! C’est comme ça qu’il m’apprend, à mes dépens, que l’heure de boucler le travail de ce samedi a sonné. Il sort comme pour répondre à un coup de téléphone inopiné et on ne le reverra plus rentrer au studio, ce soir. Entre temps, IzubaFest enchaîne morceau après morceau.
No peace !
Et moi alors, le plus résistant de la petite bande, quelque bonne qu’elle serait, une simple musique ne suffira pas pour m’ôter de mon siège. Je reste concentré, je pense à la semaine qui suit et son lot de boulot. Mais encore une fois, IzubaFest semble déterminé à ne pas me laisser cette partie tranquille. Soudain, je sens une odeur saisissante fendre brutalement les murs de mon bureau. Elle est tellement intense qu’elle prend en otages tous mes cinq sens. Même le sixième me lâche.
Pendant ce temps, je travaillais sur un script d’une vidéo qui devrait être tournée le lundi dans l’avant-midi. Hélas ! Aucun de mes 10 doigts ne sait plus sur quelle touche de mon ordi taper pour écrire quel mot de plus. Je crois que le cuisinier de l’IzubaFest vient de me jeter un sort plus puissant que moi. Irrésistible, ça l’est.
Je ne saurais guerre quelles incantations aurait-il fait sur ces brochettes, ou plutôt de quelle marinade il les aurait assaisonnées, mais, l’intensité de cette odeur ne cesse de me harceler, jusqu’à me contraindre d’ouvrir le coffre de ma voiture, ensuite de compter le nombre de billets de Fbu qui y restent. Heureusement, il y en a assez pour de quoi annuler ce sort. Un petit coup de fil à un collègue matinal au festival, je lui demande de décrocher pour moi quelques brochettes et de me les emmener au portail du centre Izuba. Voilà qui est vite fait.
Jusqu’à 8km
Aussitôt les brochettes collectées, je roule ma caisse à toute vitesse pour les partager avec ma petite famille, dans notre quartier situé à 8km du centre Izuba. Je ne pouvais pas laisser la magie de cette puissante cuisine agir sur mon être, seul. Ma fille qui, d’habitude mache la viande sans jamais l’avaler, inhale sous mes deux yeux trois morceaux comme de petites croquettes. J’ai vite compris que j’avais finalement raison de ne pas pouvoir résister à l’odeur-là.
Voilà comment la magie d’IzubaFest s’est littéralement emparé des esprits à 8 km de sa localité ; Rohero. En passant, que quelqu’un étende mon coup de chapeau au cuisinier du festival. Comme dirait les Burundais, « afise urutoke rwiza ! » (Je ne traduirai pas ça en Français ; ça risque de sonner grossier, alors que c’est un compliment en Kirundi).
