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Femme burundaise : l’angle mort de la lutte climatique ?

Au Burundi, la lutte contre le changement climatique se résume souvent à une accumulation de lois, de projets et de discours officiels, dont l’impact réel sur le terrain reste limité. Pendant ce temps, la femme burundaise, pourtant en première ligne face aux effets du dérèglement climatique et actrice centrale des initiatives locales de resilience, demeure marginalisée dans les politiques publiques. Entre promesses non tenues et invisibilisation des efforts féminins, cette exclusion fragilise sérieusement l’efficacité de la lutte climatique nationale. Analyse.

 Où en est le plan d’action climat du Burundi ? Le Burundi a déjà ratifié plusieurs lois et cadres réglementaires visant à protéger l’environnement et à répondre aux défis du changement climatique. Il s’agit notamment du Code de l’environnement, des lois sur la gestion des forêts, de la biodiversité et des aires protégées, ainsi que d’engagements internationaux tels que l’Accord de Paris. Cependant, malgré ces textes et initiatives, les résultats concrets se font encore attendre sur le terrain. Pour preuve, et ce n’est qu’un exemple, en 2018, le gouvernement avait lancé, à l’échelle nationale, le projet Ewe Burundi urambaye, destiné à restaurer les collines dénudées par le reboisement afin d’atténuer les effets du changement climatique. Nous connaissons tous les résultats de ce programme : malgré d’énormes sommes investies, l’éléphant a accouché d’une souris. En parallèle, les femmes, en première ligne face aux conséquences du changement climatique, continuent de souffrir de manière disproportionnée, supportant le poids d’une adaptation qui demeure largement insuffisante.

Des initiatives féminines oubliées ?

Sous les projecteurs, on voit des projets fortement médiatisés. Mais dans les coins reculés du pays, des femmes portent la flamme de la lutte contre le changement climatique sans jamais être visibles, souvent sans budgets conséquents. À titre d’illustration, la coopérative Dukingirikibira, composée principalement de femmes, a déjà planté plus de 160 000 arbres, contribuant ainsi de manière significative à la reforestation. D’autres initiatives, telles que l’adoption de foyers améliorés réduisant la consommation de bois de chauffe, démontrent que la résilience existe déjà sur le terrain.

Le gouvernement doit fournir davantage d’efforts pour soutenir ces initiatives, et surtout reconnaître leur importance dans la lutte contre le changement climatique. Une telle démarche ne serait pas seulement bénéfique pour les femmes burundaises, mais contribuerait également au développement du pays dans son ensemble. À mon sens, la lutte contre le changement climatique doit avant tout être une véritable « lutte nationale », mobilisant l’ensemble de la population. L’implication des femmes en constitue un pilier essentiel pour bâtir un avenir durable. Tant que leur rôle continuera d’être négligé dans cette équation, la lutte contre le changement climatique restera une illusion, aux conséquences particulièrement désastreuses pour les femmes.

Sans les femmes, pas de lutte climatique durable

À force de multiplier les lois sans intégrer celles qui vivent et combattent le changement climatique au quotidien, le Burundi risque de bâtir une politique environnementale hors sol. Tant que la femme burundaise restera cantonnée au rôle de victime silencieuse plutôt que reconnue comme actrice stratégique, la lutte contre le changement climatique demeurera un discours de plus, inefficace, inégal et profondément fragile.

Cet article a été réalisé grâce au programme “Féministes pour des alternatives climat et environnement (FACE)”, soutenu par l’Agence française de développementCCFD-Terre Solidaire et ACORD Burundi.

 

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