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[Opinion] Burundi-élections : le piège du décalage entre la présidentielle et les législatives

Le décalage de deux ans entre les élections présidentielle et législatives au Burundi, hérité de la Constitution de 2018, pourrait poser un risque politique dans le futur. En cas de victoire présidentielle sans majorité parlementaire, le pays pourrait se retrouver face à une cohabitation conflictuelle, source de blocages institutionnels et de paralysie de l’action publique. Une hypothèse encore théorique, mais dont les conséquences pèseraient lourdement sur la population.

Le Burundi vit avec un calendrier électoral particulier. Le président de la République est élu pour un mandat de sept ans, tandis que les députés, eux, sont élus pour un mandat de cinq ans. Un écart qui peut paraître anodin, mais qui, en cas de cohabitation politique, pourrait devenir une véritable source de blocage institutionnel. Que se passerait-il si un nouveau parti remportait la présidentielle alors que l’Assemblée nationale restait dominée par une autre formation politique pendant deux ans ? Le pays est-il préparé à une telle éventualité ? La Constitution de 2018 a porté le mandat présidentiel de cinq à sept ans. L’argument principal avancé était que cinq ans ne suffisaient pas pour mettre en œuvre un programme politique ambitieux. En allongeant cette durée, l’objectif était d’offrir au président la stabilité nécessaire pour planifier et agir sur le long terme. Mais ce changement n’est pas venu seul. Il a entraîné un décalage important entre les élections présidentielles et législatives. Ainsi, un président peut entrer en fonction alors que l’Assemblée nationale, elle, a été élue deux ans plus tôt et peut être dominée par un parti rival. Ce décalage, en apparence technique, peut conduire à un blocage institutionnel.

Un scénario imaginaire mais plausible : une cohabitation explosive

Imaginons un instant qu’un parti d’opposition remporte l’élection présidentielle. Le nouveau président souhaite appliquer son programme, mais se retrouve face à une Assemblée nationale dominée par le parti auparavant au pouvoir. Pendant deux longues années, il devra composer avec des députés qui ne partagent ni sa vision politique ni ses priorités.

Dans ce contexte, chaque projet de loi, chaque réforme, chaque budget devient un terrain de confrontation. L’Assemblée nationale détient un pouvoir réel : elle peut bloquer, ralentir ou modifier en profondeur les initiatives présidentielles. Pour un président sans majorité parlementaire, la gouvernance devient un parcours semé d’embûches.

L’exemple américain : quand le pouvoir se neutralise

Les États-Unis offrent un exemple récent de ce type de situation. La Chambre des représentants, dominée par l’opposition, a bloqué plusieurs votes budgétaires, provoquant des shutdowns : des fonctionnaires mis en congé forcé, des services publics paralysés et un pays plongé dans l’incertitude.

La séparation des pouvoirs est un pilier démocratique, mais elle peut aussi se transformer en champ de bataille où chaque institution tente d’imposer sa volonté. Le Burundi, avec son décalage électoral, n’est pas à l’abri d’un scénario similaire.

Quand deux taureaux se battent, c’est l’herbe qui souffre

Chez nous, un adage le dit mieux : « Aho impfizi zibiri zirwaniye, ubwatsi ni bwo buharurwa. » Quand deux taureaux se battent, c’est l’herbe qui est écrasée. Dans un conflit entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ce ne sont ni les députés ni le président qui en paient le prix, mais bien la population.

En cas de blocage institutionnel, les services publics ralentissent, les budgets tardent à être adoptés, les programmes sociaux stagnent et la vie nationale se retrouve mise sur pause.

Un calendrier à repenser pour éviter les crises

Le Burundi gagnerait à réfléchir sereinement aux conséquences de son calendrier électoral. L’écart de deux ans entre la présidentielle et les législatives n’est pas mauvais en soi, mais il peut devenir un facteur majeur de tension si une cohabitation inattendue venait à survenir. Pour renforcer ses institutions, le pays doit anticiper ces scénarios, clarifier les mécanismes de gestion des conflits et protéger la population des batailles politiques au sommet de l’État. Car, au final, c’est elle qui risque d’en payer le prix fort.

 

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