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Climat : le Burundi entre réalisations et défis

Les projets sur le changement climatique débordent de bonnes intentions. Mais comme dans la parabole du semeur, toutes ne connaissent pas le même sort : certaines tombent sur de la pierre et sèchent vite, d’autres s’étouffent parmi les ronces, quelques-unes sont emportées par le vent du chemin… et seules celles qui trouvent la bonne terre portent vraiment du fruit. Des efforts indéniables sont faits, certes, mais les résultats visibles peinent parfois à suivre le rythme des annonces.

 À Dubaï, lors de la COP28, le président a sorti une image forte : un Burundi verdoyant, traversé de lacs et de rivières, mais déjà blessé par le climat qui change. Il a promis que le pays ne resterait pas les bras croisés. La protection de l’environnement, la résilience, la sécurité alimentaire… tout cela est écrit noir sur blanc dans la vision 2040–2060. Un petit pays qui veut tenir sa place dans le concert mondial.

L’agroforesterie au cœur du combat climatique

La Professeure Bernadette Habonimana, spécialiste en agroforesterie, rappelle que la principale cause de déforestation reste la pression démographique et la dépendance au bois. Pour elle, l’agroforesterie est une alternative obligée, car elle permet d’associer arbres et cultures sans sacrifier les rares terres encore disponibles.

Le gouvernement, de son côté, a inscrit l’agroforesterie dans sa Politique Forestière Nationale 2012-2025. Cette stratégie arrive d’ailleurs à échéance, ce qui pose la question de la relève : quel cap sera fixé après 2025 pour assurer la continuité des efforts ? En août dernier, un atelier de concertation avec l’OBPE, l’IFDC et l’Ambassade des Pays-Bas a d’ailleurs adopté une feuille de route pour en faire une priorité nationale.

Quelques réalisations

On dit souvent que « rien ne bouge chez nous ». Pourtant, quelques signaux montrent que le climat n’est plus un sujet lointain. Les poubelles publiques existent, même si elles semblent parfois être livrées à elles-mêmes. Les maisons de collecte de déchets passent, bien que pas régulièrement.

Les sachets plastiques ? Disparus du marché, bravo ! Mais les petits sachets transparents, eux, jouent encore les clandestins.  En 2024, la Première dame a lancé le mouvement zéro déchet. On voit aussi quelques foyers améliorés, des panneaux solaires par-ci, du biogaz par-là… mais pour beaucoup, ça reste un luxe. Tant que le bois coûtera moins cher, nos collines continueront de se dénuder. Et au fond, tout ramène à la gouvernance. Des plans, on en a plein. Des financements, aussi. Mais sans suivi ni transparence, les projets risquent de rester des promesses en l’air.

« Ewe Burundi urambaye », un projet à l’épreuve du terrain

En 2018, le gouvernement lançait en grande pompe le programme « Ewe Burundi Urambaye ». L’idée ? Redonner des couleurs vertes au pays grâce à une vaste campagne de reboisement. Rien qu’au cours de la première année, près de 45 millions de plants ont été mis en terre aux quatre coins du Burundi. Chaque saison, d’autres millions d’arbres venaient s’ajouter, avec la contribution de tout le monde : citoyens, administration, et même les forces de défense et de sécurité.

Mais six ans plus tard, les retours étaient mitigés. Le président de la République en personne a reconnu que « les résultats du projet national de reboisement sont mitigés ». Selon lui, les campagnes se limitent trop souvent à la plantation, sans entretien ni suivi : « L’année suivante, on reboise le même endroit », a-t-il déploré.

Odette Kayitesi, ancienne ministre de l’Agriculture, insiste sur la nécessité d’un suivi-évaluation rigoureux« Certains rapports viennent même avec des photos d’ailleurs qui ne sont pas du lieu d’exécution du projet. »s’indigne-t-elle.

Projets fantômes ou course aux financements ?

Dans ce domaine, financements et opportunités affluent : climat, biodiversité, agro écologie… Les ONG et coopératives rivalisent de projets. Mais sur le terrain, plusieurs initiatives se sont révélées sans impact réel, alimentant le soupçon d’une course aux financements plus qu’à la durabilité.

Il serait injuste de dire que rien n’a été fait. Les collines portent des traces de reboisement, des initiatives privées poussent, des coopératives innovent, et l’État multiplie les projets. Mais il faut se poser la question : est-ce que ces efforts suffisent, dans un pays où la population double en quelques décennies, où le bois reste la première source d’énergie, et où la tentation des projets fantômes plane toujours ?

Le Burundi se bat pour son climat, oui. Mais ce combat doit s’accompagner de transparence, de suivi et surtout de résultats visibles. Sinon, le risque est grand que nos collines verdissent seulement dans les rapports… et pas dans la réalité.

 

Cet article a été réalisé grâce au programme “Féministes pour des alternatives climat et environnement (FACE)”, soutenu par l’Agence française de développementCCFD-Terre Solidaire et ACORD Burundi.

 

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