Hier, l’égo des hommes de la ville de Bujumbura a pris un sacré coup. Devant le comportement plus qu’indécent de certains males, apparemment en surplus de testostérone, les agents de sécurité du parking ont décidé de sévir. Pour certains quartiers, les hommes ne sont pas montés dans les mêmes bus que les femmes. Au-delà de ce fait qu’on pourrait classer dans la rubrique des faits divers, cela remet sur le tapis la question de l’éducation sexuelle au pays de Ntare Rushatsi. Comment est-on tombé si bas ? Coup de gueule.
Une bonne baffe bien méritée, de la honte pour toute la gent masculine, des déviants qui ne pensent qu’avec leur sexe… Ce sont là les propos qui sont revenus dans la conversation que j’ai eue avec un groupe de copains et de copines. Mais plantons d’abord le décor.
Hier, très peinard après une journée harassante de travail, un message tombe dans un groupe WhatsApp de travail : « Ibintu biri ku yindi mpwemu. Muri ville, ubu Mutakura, Kamenge, abagabo n’abagore babavanguye ntibatonda hamwe pour dire ko bus igendamwo abagore gusa, iyindi abagabo gusa. » (Ça ne va plus du tout, maintenant, pour les bus desservant Mutakura et Kamenge, les hommes et les femmes ne sont pas sur les mêmes files. Ils montent dans des bus différents). Je crois d’abord à un canular, avant de voir des photos des hommes et des femmes « faisant queue à part » (allusion à l’expression faire chambre à part).
Des précédents
Pour rappel, les femmes s’étaient souvent plaintes des hommes ayant des comportements indécents dans les files, en attente des bus. En août 2022 déjà, Yaga rapportait déjà les plaintes des femmes et filles qui dénonçaient : « Abagabo n’imisore batwikubako ku mirongo y’ama bisi, bihagarare » (Les hommes et les garçons se frottent à nous dans les files en attente des bus. Il faut que cela cesse). Une certaine Claudine de Ngagara avait rapporté que, lorsqu’elle faisait la queue, un garçon derrière elle avait frotté son sexe contre ses fesses. Il avait poussé l’outrecuidance très loin et avait même touché sa poitrine, sans son consentement, bien entendu.
Je ne vais pas raconter tous les détails salaces qui ont circulé sur la toile à ce sujet, mais je vais juste répéter Shakespeare : « Something is rotten in the city of Bujumbura. » (Quelque chose ne tourne pas rond dans la ville de Bujumbura). Des gars qui se blottissent contre les poitrines opulentes des dames en plein centre-ville, sans leur consentement, c’est plus qu’anormal, c’est scandaleux, c’est indécent !
Aucune excuse
Trop de testostérone que ces mâles dominants ne parviennent pas à contrôler ? Non ! Ce n’est ni une justification, ni une excuse, ni un dédouanement. C’est comme ces explications bidons que les violeurs fournissent quand ils sont pris dans les filets de la justice : elle portait une jupe trop courte, etc. C’est du grand n’importe quoi ! Sinon, les hommes à la piscine violeraient collectivement les femmes et les filles en maillot de bain ou en bikini sur la plage. Séparera-t-on prochainement les piscines pour hommes et pour femmes ? On est dans quelle jungle ?
Le remède ?
Il se résume en deux petits mots : éducation sexuelle ! Et oui, tant qu’on continuera de penser que c’est un truc venu d’ailleurs pour pervertir nos enfants, on ne sortira pas de l’auberge de sitôt. Tant qu’on n’apprendra pas aux jeunes à connaître leur corps, à se respecter mutuellement, à comprendre les droits et les devoirs qu’ils ont les uns envers les autres, on aura toujours un énergumène qui pensera que c’est normal de sauter sur nos sœurs et de se soulager sans état d’âme.
Heureusement que les autorités ont compris le danger de ces errements. Nous avons appris que cette initiative de séparer les hommes et les femmes est venue de Fabrice Mbazabugabo, responsable du transport dans la mairie de Bujumbura, qui a précisé que cette mesure a été prise suite aux plaintes des femmes victimes de harcèlement sexuel dans les files.
La question est : est-ce que cette ségrégation sexuelle dans les files d’attente des bus peut être la solution ? Non, de l’avis même de Fabrice cité plus haut. Un début de questionnement de certains de nos comportements très discutables ? Ce 4 septembre, où le monde célèbre la Journée internationale de la santé sexuelle et reproductive (SSR), cette question devrait susciter une réflexion approfondie, pour le bien de notre société.
