Lorsqu’on visite le Bénin pour la première fois, on s’attend à découvrir ses plages, ses marchés animés ou encore ses traditions culturelles profondément enracinées. Mais pour beaucoup de visiteurs, une autre histoire s’impose rapidement : celle de la célèbre statue symbolisant les Amazones du Dahomey, ces femmes guerrières qui ont marqué l’histoire du royaume. Mais où sont les monuments qui racontent les femmes importantes de l’histoire de notre propre pays, le Burundi ?
Quoi de plus agréable que de faire une telle découverte en plein mois de mars ! Je n’ai pas parcouru tout le Bénin. Je n’ai pas visité tous ses musées ni exploré toutes ses villes historiques. Mais parfois, un seul endroit suffit pour marquer un voyage. Pour moi, ce moment s’est produit devant la gigantesque statue de l’Amazone de Cotonou, érigée dans la capitale du Bénin. Sous un soleil de plomb, un ami nous servant de guide nous raconte l’histoire de ces femmes soldats que symbolise cette statue, ces Agoojié, comme on les appelait. On ne peut pas la manquer. Elle domine l’espace, fixe son regard vers l’horizon et semble prête à défendre tout le pays. Haute, fière, armée, elle rend hommage aux célèbres Amazones du Dahomey, ces femmes guerrières qui ont combattu pour le royaume. Ce monument célèbre un ancien corps militaire entièrement féminin qui a existé jusqu’au XIXe siècle, notamment sous le règne de Tassi Hangbé.
Une rencontre inattendue avec l’histoire
Devant cette statue, j’ai levé la tête et j’ai eu une pensée pour ma mère. Si elle me voyait regarder une femme armée plus grande qu’un immeuble, elle dirait sûrement que c’est quelqu’une qui peut mettre de l’ordre dans le monde. La statue est impressionnante. Des visiteurs prennent des photos, des familles se promènent, des guides racontent l’histoire des Amazones. On sent que ce monument n’est pas seulement décoratif. Il raconte quelque chose de profond, en l’occurrence la fierté d’un peuple pour une partie de son histoire. Et c’est là que mon esprit a voyagé… vers le Burundi.
En observant cette statue, avec une collègue et un ami qui nous racontait son histoire, une question m’est venue presque automatiquement. Où sont les monuments qui racontent les femmes importantes de notre propre histoire ? Ces Inamujandi, Ririkumutima, et bien d’autres ? Le Burundi possède une histoire riche, un ancien royaume puissant, des traditions fortes et des figures féminines qui ont joué un rôle essentiel dans la société. Certaines ont influencé les décisions politiques, d’autres ont contribué à la stabilité des communautés ou à la transmission des traditions. Pourtant, leurs histoires restent méconnues.
Une statue, bien plus qu’un monument
Certes, l’histoire burundaise a connu des femmes fortes. Des femmes courageuses. Des femmes qui ont participé aux luttes, aux stratégies du royaume, à la défense des communautés. Pourtant, leur mémoire reste souvent cachée quelque part entre les pages poussiéreuses de l’histoire. Au Bénin, une statue géante raconte l’histoire des guerrières.
Au Burundi, nos héroïnes vivent surtout dans les récits anciens, dans les livres d’histoire ou dans la mémoire collective, mais très peu dans l’espace touristique.
La différence n’est pas dans la pertinence de l’histoire. Elle réside dans la manière de la montrer, de la valoriser et de l’utiliser comme attrait touristique. Le Bénin a transformé ses Amazones en symbole national. La statue attire les visiteurs, crée la curiosité et devient un point de départ pour découvrir l’histoire du pays.
En observant les touristes se photographier devant l’Amazone de Cotonou, je me suis dit que le tourisme fonctionne souvent ainsi. Les voyageurs viennent pour voir quelque chose et repartent avec une histoire à raconter. Mais au-delà de l’aventure, ce voyage m’a fait réfléchir à quelque chose de plus profond, à savoir la manière dont un pays raconte son histoire. Le Bénin a compris une chose essentielle. L’histoire d’un pays peut devenir une force d’attraction touristique. Les Amazones ne sont pas seulement un souvenir du passé. Elles sont devenues une identité.
Deux pays, deux manières de raconter l’histoire
Imaginez un visiteur arrivant à Bujumbura ou à Gitega, découvrant un monument dédié aux femmes marquantes de l’histoire du pays. Imaginez des récits, des festivals ou des circuits culturels mettant en valeur ces figures. Les touristes aiment la nature, et le Burundi n’en manque pas. Mais ce qu’ils retiennent le plus souvent, ce sont les histoires des peuples. Au fond, la vraie question n’est pas de savoir si nous avons des héroïnes, mais plutôt pourquoi le monde ne les connaît pas encore.
Devant la statue de l’Amazone, j’ai compris quelque chose de simple. Un monument peut être plus qu’une sculpture. Il peut être un message, un élément de mémoire, de fierté et d’identité. En quittant les lieux, je me suis surpris à imaginer une scène amusante : un jour peut-être, un touriste au Burundi lèvera la tête devant une grande statue et demandera à son guide : « Qui est cette femme ? » Et le guide répondra avec fierté : « C’est l’une des héroïnes de notre histoire ».
