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Alerte El Niño 2026-2027 : comment le Burundi s’y prépare ?

Comme à Gatunguru en 2014 et à Gatumba en 2024, il y a des catastrophes que le Burundi a découvert lorsqu’elles arrivaient. Le super El Niño 2026-2027 est différent de celles-là, car les scientifiques l’ont annoncé suffisamment tôt pour permettre de sauver des vies, protéger des récoltes et éviter des pertes économiques. Comment le Burundi peut relier la science à la décision, la décision à l’alerte et l’alerte à l’action ? Au tour de la question.

L’épisode El Niño est désormais bien confirmé. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), El Niño va se renforcer pour atteindre une très forte intensité jusqu’en février 2027, avec son pic vers la fin de l’année 2026.

Pour le Burundi, l’alerte n’est pas abstraite. Ce qui vient de se produire au Népal, comme l’alerte le Dr Ekongo Lofalanga, expert en changement climatique, peut arriver à Bujumbura en cas de glissement de ses montagnes des Mirwa qui surplombent les rivières affluentes du lac Tanganyika. Le 27 août 2026, l’Institut géographique du Burundi (IGEBU) a annoncé que la saison des pluies septembre-décembre 2026, connue sous le nom d’Agatasi, va connaître des précipitations supérieures à la normale, avec des cumuls compris entre 400 et 450 millimètres. Le Programme alimentaire mondial a lui aussi déjà alerté sur les risques associés pour le Burundi, comme des pluies torrentielles, des inondations et des glissements de terrain.

Qu’est-ce qu’un « super El Niño » ?

El Niño n’est pas une tempête qui naît au-dessus du Burundi. C’est un phénomène climatique naturel lié au réchauffement inhabituel des eaux de surface de l’océan Pacifique équatorial central et oriental. Ce réchauffement modifie les circulations atmosphériques et peut, à des milliers de kilomètres de là, perturber les régimes de température et de précipitations.

Les conséquences ne sont cependant pas identiques partout. Les effets dépendent de la région, de la saison et de l’interaction avec d’autres phénomènes climatiques. Pour l’Afrique de l’Est, l’OMM (Organisation météorologique mondiale) indique que le dernier trimestre de l’année 2026 sera plus humide et plus chaud que la normale, avec une forte probabilité de précipitations supérieures à la normale et des cumuls pouvant dépasser 400 milimètres cube dans certaines zones.

Ce qu’El Niño signifie pour le Burundi

Entendre que la saison Agatasi va recevoir entre 400 et 450 mm de précipitations peut sembler technique. Pour un agriculteur, les fortes précipitations dans les champs signifient que les sols et les cultures ne peuvent pas les absorber, provoquant l’érosion des sols, l’engorgement des parcelles, la destruction des cultures et des récoltes. « Par exemple, les cultures comme les pommes de terre, qui ne supportent pas beaucoup la pluie ; ne peuvent pas être cultivées lors de cet Agatasi », explique Lionel Mugisha, agronome, avant de renchérir que pour un petit producteur qui vit essentiellement de sa récolte, perdre une saison agricole ne signifie pas seulement perdre des tonnes de maïs ou de riz, mais perdre les revenus qui permettent de payer les frais scolaires, acheter des médicaments ou rembourser un crédit agricole.

Même sur le territoire du Burundi, les conséquences ne seront pas les mêmes. « Dans les zones montagneuses et sur les versants fortement inclinés, le principal danger est celui de l’érosion et des glissements de terrain. Dans les vallées et les zones basses, le problème est l’accumulation rapide des eaux et les inondations. À Bujumbura et dans les zones proches du lac Tanganyika où l’urbanisation progresse plus vite que les infrastructures de drainage, les pluies intenses vont entraîner un grand ruissellement urbain, le débordement des rivières et une montée du niveau du lac », explique le climatologue Athanase Nkunzimana.

Et après l’eau, il faut penser au risque sanitaire causé par les inondations qui contaminent les sources d’eau potable, endommagent les latrines, déplacent les déchets et créent des conditions favorables à certaines maladies.

Que doit faire exactement le Burundi ?

En jetant un coup d’œil aux plans de riposte des autres pays, cinq leçons peuvent être tirées. Tout d’abord, le Burundi doit transformer la prévision en décisions locales. En faisant de ces données météorologiques une infrastructure de sécurité, il faut identifier et anticiper les risques dans les communes, quartiers, collines, routes, ponts, écoles, centres de santé et exploitations agricoles les plus exposés, dans une approche cartographique. Ainsi, il faut libérer les lits des rivières, élargir les collecteurs d’eaux pluviales et curer les caniveaux obstrués par les déchets avant les fortes pluies.

Comme deuxième action, le Burundi doit renforcer les systèmes d’alerte précoce. Radio, SMS, téléphonie mobile, réseaux communautaires, chefs de collines et agents de santé peuvent être mobilisés avec un objectif simple de prévoir, alerter, évacuer, protéger. De trois, il faut protéger les zones à haut risque en accélérant l’entretien des caniveaux, des drains et des ouvrages hydrauliques avant les épisodes de pluies intenses. Dans les bassins-versants, les travaux antiérosifs doivent être renforcés en multipliant des fossés, haies et végétation permettant de ralentir le ruissellement. Les constructions nouvelles dans les zones manifestement exposées devraient être strictement contrôlées.

Comme quatrième action, le système de santé doit être préparé. Les hôpitaux et centres de santé des zones exposées doivent disposer de plans opérationnels pour les catastrophes hydrométéorologiques en anticipant les stocks de médicaments et de produits essentiels, l’accès à l’eau potable, les moyens de communication, et le carburant pour les ambulances. La prochaine récolte doit être protégée comme cinquième action. Au lieu de cantonner les informations de l’IGEBU dans le seul bulletin technique, les agriculteurs doivent recevoir des informations pratiques du genre, « dans cette zone, cette culture est préférable, à cette période, voici ce qu’il faut éviter, voici les mesures à prendre si les pluies deviennent excessives. ».

El Niño ne doit pas être une surprise pour le Burundi. Puisque l’alerte a été lancée, il est grand temps de le prendre au sérieux et nous préparer en avance pour réduire notre vulnérabilité avant que les pluies ne nous obligent à compter les dégâts.

 

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