Longtemps resté dans l’ombre, Aguila est devenu en 2025 l’architecte sonore incontournable de la musique burundaise. Rappeur dans la catégorie gospel, il s’est imposé en moins de deux ans comme le producteur derrière la majorité des méga-hits du pays, grâce à une signature singulière, “Mpore Mpore”. Portrait d’un visionnaire qui rêve de propulser la musique burundaise sur la scène mondiale.
Dans les coulisses étroites mais bouillonnantes de la musique burundaise, une étoile inattendue a explosé avec une force tranquille. Son nom : Aguilaaa, également connu sous la signature « Mpore Mpore ». Pour certains, il n’était qu’un jeune chanteur talentueux du groupe gospel Milli Souls, un collectif déjà reconnu au-delà des frontières. Mais en 2025, Aguilaaa s’est imposé comme le producteur le plus influent du Burundi, l’alchimiste invisible derrière plus de la moitié des méga-hits qui ont secoué le pays.
Il n’était pas destiné à devenir producteur
Avant de devenir la figure incontournable qu’il est aujourd’hui, Aguilaaa ne se voyait que comme un chanteur-rappeur passionné. Son univers musical, il le concevait en visionnaire : des sonorités précises, des mélodies singulières, des intentions claires. Mais aucun producteur ne semblait capable de matérialiser exactement ce qu’il avait en tête. Il l’explique avec franchise : « Vu ma manière de fonctionner, je ne voyais aucun beatmaker capable de produire mes morceaux. C’est là que j’ai pris l’initiative d’apprendre moi-même. » Un nom revient souvent lorsqu’il évoque ses débuts : K-dagreat, l’un de ses modèles et un véritable mentor artistique.
Ses premiers beats ? De simples essais, bricolés avec passion. Il les testait sur son ami Dan Rapper, figure respectée de l’industrie gospel burundaise, qui l’encourageait déjà : « Tu as un potentiel énorme, continue. »
Aguilaaa ne le savait pas encore, mais ces essais allaient poser les bases d’un véritable phénomène musical. Une ascension accélérée : l’avènement de « Mpore Mpore » Le premier tournant survient lorsqu’il produit, pour son petit frère Ntuzeeh, le titre Bizuuh. Le morceau devient l’un des hits gospel de l’année, avant d’être repris en remix par Kirikou et Prince Mshindi. C’est à ce moment-là que le public commence à identifier une signature sonore singulière : « Mpore Mpore ».
Une signature douce, presque murmurée, mais qui annonce toujours une tempête musicale.
2025, l’année de la consécration
Impossible de parler de musique burundaise en 2025 sans citer Aguilaaa. Impossible de parler de hits sans reconnaître sa patte. Impossible de parler d’innovation sans évoquer sa vision. Cette année, la majorité des méga-hits burundais portent sa signature. Parmi eux :
Dekesha – Milli Souls
Umwe – Gladys
KOMSA – Siji (3,5 millions de vues)
Amejibu – Victorious Team
Et surtout Aha ni he ? de Kirikou, devenu un méga hit avec 6,6 millions de vues. Une explosion fulgurante pour un artiste qui n’a commencé à apprendre la production qu’en… 2023. Il en parle avec une humilité désarmante : « En moins de deux ans, ce que je vis est extraordinaire. C’est juste la grâce de Dieu. »
House of Influencers : une ouverture sur l’Afrique
La reconnaissance dépasse désormais le monde du gospel. Grâce à ses performances, Aguilaaa a été sélectionné par Yaga pour participer au séjour des influenceurs « House of Influencers » en Ouganda, aux côtés d’artistes comme Drama T, Mow Kanzie, Fernando Aye, et bien d’autres. Cette immersion a profondément marqué sa vision artistique : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’amour entre les artistes. On connaissait tous nos chansons respectives, on était fans les uns des autres. Les six jours sont passés comme une seconde. C’était un vibe pure, de la cohésion. » Un espace d’observation et d’apprentissage, où il a pu analyser comment d’autres artistes pensent, créent et évoluent.
Son rêve : propulser la musique burundaise sur la scène mondiale
Aguilaaa ne veut pas seulement produire des hits. Il veut créer un mouvement culturel. Comme les Nigérians ont façonné l’Afrobeats. Comme les Sud-Africains ont imposé l’Amapiano. Lui rêve d’un style 100 % burundais, nourri de nos instruments traditionnels : Inanga, Ingoma, Umuduri. « Je veux moderniser notre culture et la mettre sur la scène mondiale. Quand je gagnerai le Grammy Award, le monde entier connaîtra “Mpore Mpore”. » Derrière les machines, un homme simple Loin de l’image d’un producteur enfermé en studio 24 h/24, Aguilaaa reste un jeune homme profondément attaché aux siens : « Je suis toujours avec ma famille, mes frères, mes sœurs ou mes amis. On chill, on sort, on rigole. » Son plus grand objectif ? Il est déjà en train de le vivre. Avec des millions de vues et des clubs qui diffusent ses productions, même les titres gospel, Aguilaaa savoure chaque instant : « Je n’ai pas encore atteint mon objectif ultime. Mais ce que je vis en ce moment… voir mes chansons, même gospel, être jouées dans les bars, les boîtes de nuit, partout dans le pays… c’est énorme. »
Une passion née de l’église et les refrains de Big Fizzo
Lorsqu’on lui demande l’origine de cette passion viscérale pour la musique, il sourit : « Je viens d’une famille chrétienne. J’ai grandi à l’église, je jouais de la batterie… et j’étais littéralement fasciné par Big Fizzo. Je connaissais presque toutes ses chansons que je regardais à la RTNB. » Parmi ses influences majeures, Aguilaaa cite sans hésiter : « 19th, pour moi, c’est le meilleur rappeur de sa génération. Prince Mshindi et Big Zoé… leurs compositions me laissaient littéralement sans voix. »
L’histoire retiendra peut-être 2025 comme l’année où un jeune producteur a changé les codes de l’industrie musicale burundaise. Un ancien rappeur gospel a découvert sa véritable vocation. Le Burundi a trouvé un ambassadeur culturel visionnaire.
