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L’adhésion au COMESA : quelles retombées ?

Le Burundi fait partie de plus de 150 organisations régionales et internationales. En moyenne, les contributions statutaires coûtent à l’État près de 15 milliards de Fbu chaque année. Des interrogations subsistent quant au retour sur investissement. Pour y voir plus clair, cap sur le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), dont le Burundi vient d’assurer la présidence tournante.

Le Burundi vient de passer le témoin au Kenya, qui assure désormais la présidence de cette communauté regroupant 23 pays africains. Les autorités burundaises évoquent des avancées notables dans les échanges commerciaux, la diplomatie économique et le développement industriel. Dans la foulée, deux journalistes burundais figurent parmi les lauréats du COMESA Media Awards, édition 2024, récompensés pour la couverture exceptionnelle des programmes d’intégration régionale.

Que tire réellement le Burundi du COMESA ?

Le Burundi a adhéré au COMESA en 1981. Conformément à la mission de cette communauté, le pays bénéficie déjà de facilités en matière de commerce et d’investissement. L’existence de la Zone de libre-échange (ZLE) permet des réductions tarifaires entre les pays membres, ce qui allège considérablement les droits de douane intra-COMESA, notamment à 0 % pour les matières premières et les biens d’équipement. Sur le plan diplomatique, la participation du Burundi à des conférences régionales et internationales lui permet de faire entendre sa voix et de contribuer aux solutions des problèmes mondiaux. « Cela inclut les questions de paix et de sécurité, le changement climatique, ainsi que le développement durable et inclusif », avait déclaré Albert Shingiro, ancien ministre des Affaires étrangères, au moment où le Burundi s’apprêtait à présider le COMESA.

Le Burundi bénéficie également de financements dans le cadre de la coopération bilatérale avec les pays membres. Il a déjà reçu des appuis pour booster les échanges commerciaux avec ses voisins. Un programme de facilitation du commerce dans la région des Grands Lacs est en cours de réalisation pour un montant de 80 millions USD. Dans ce cadre, un régime commercial simplifié (RECOS) a été instauré entre le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC). Cet accord concerne 66 produits exemptés de droits de douane pour faciliter les échanges entre les deux pays.

Et la Banque de la ZEP dans tout ça ?

Sur le plan financier, la Banque de commerce et de développement (TDB), anciennement Banque de la ZEP, permet aux États membres du COMESA de financer des projets d’envergure : construction d’infrastructures socio-économiques et développement du secteur privé. Chaque pays est invité à soumettre des projets éligibles pour bénéficier de ces financements.

Au Burundi, la présence de la TDB n’est pas que symbolique. L’une de ses grandes réalisations a été le financement du projet d’installation de la fibre optique via la société Burundi Backbone System (BBS), pour un montant avoisinant 13 millions USD. La banque a également soutenu la construction de l’usine de thé de Mwaro (Prothem), ainsi que la rénovation et la construction d’infrastructures touristiques, notamment des hôtels.

En 2021, la TDB a accordé un prêt de 10 millions USD à la Banque commerciale du Burundi (BANCOBU) afin de répondre à la demande en liquidités et en devises dans des secteurs clés tels que le thé, le café et l’importation de produits stratégiques.

L’institution a aussi soutenu la microfinance Women’s Initiative for Self Empowerment (WISE) avec une garantie d’environ deux milliards de BIF, pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin.

Bien plus, la TDB appuie les petites et moyennes entreprises du secteur du cuir. Ainsi, le Centre d’incubation du cuir de Kamenge a reçu une machine de fabrication de chaussures d’une valeur de 59 000 euros, avait révélé Marie Chantal Nijimbere, alors ministre du Commerce, du Transport, de l’Industrie et du Tourisme, à la veille du 23e Sommet des chefs d’État et de gouvernement du COMESA.

Des interventions de la TDB au-delà du Burundi

Dans d’autres pays membres, la TDB a financé le développement du tissu industriel : construction de sucreries, d’usines de transformation agroalimentaire, de routes, ainsi que la promotion du transport aérien. Parmi les projets emblématiques figurent la Tanganda Tea Company au Zimbabwe, la cimenterie Zambezi Portland Cement en Zambie, ou encore une centrale hydroélectrique en Ouganda.

Au Rwanda, la TDB a octroyé un prêt de 60 millions USD à la compagnie RwandAir pour l’achat d’aéronefs (Airbus A330-200 et A330-300) et l’expansion de ses activités de transport aérien. Elle a également prêté 10 millions USD à la Banque de Kigali et 93 millions USD à la cimenterie CIMERWA, selon le site officiel de la banque.

Un grand marché d’écoulement encore hors de portée

Le COMESA est la plus grande communauté économique régionale d’Afrique, avec plus de 640 millions de consommateurs et un PIB avoisinant 1 000 milliards USD. Ce potentiel est immense, mais la plupart des pays membres peinent encore à en tirer profit, confrontés à des défis d’infrastructures et d’accès aux marchés. Pour stimuler les échanges, les pays membres s’efforcent de renforcer l’intégration régionale. Les données du secrétariat général indiquent que les exportations intra-COMESA se sont stabilisées autour de 14 milliards USD entre 2022 et 2023. Dernière innovation en date : le certificat d’origine électronique (eCO), une étape majeure dans la numérisation du commerce régional. Cette plateforme réduit les coûts et limite les risques de fraude, tout en modernisant la facilitation du commerce.

Une rationalisation des appartenances régionales pour bientôt

Le Burundi, membre de nombreuses organisations régionales et multilatérales, doit s’acquitter de contributions financières importantes. La loi des finances 2025-2026 prévoit une enveloppe de 15,4 milliards de Fbu pour ces contributions, un montant toutefois en baisse par rapport à l’année précédente. Le gouvernement souhaite réduire significativement le budget consacré aux cotisations régionales et internationales. Le Conseil des ministres du 16 novembre 2024 a ainsi examiné une note d’information sur la rationalisation de la participation du Burundi à ces organisations. À l’époque, le pays comptait plus de 160 adhésions actives.

Selon cette note, le poids financier de cette « pluri-appartenance » pèse lourdement sur l’économie nationale, entraînant un cumul d’arriérés de contributions. Faute de budget suffisant, le Burundi se retrouve en situation d’irrégularité dans plusieurs instances.

Il est donc judicieux d’opérer un tri sélectif pour ne conserver que les organisations offrant un véritable intérêt stratégique. Certaines adhésions sont désormais considérées comme obsolètes, leurs objectifs initiaux n’étant plus pertinents. Les ministères sectoriels ont été instruits d’effectuer un diagnostic approfondi des organisations partenaires avant d’envisager un éventuel retrait.

 

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