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CAN 2025: Sénégal déchu, Maroc sacré, CAF humiliée

Dans une décision aussi fracassante que controversée, la Confédération africaine de football a retiré au Sénégal son titre de champion d’Afrique 2025, offrant la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0). En cause, un abandon de terrain jugé illégal. Un verdict tardif, explosif, et révélateur des failles persistantes du football africain. Regard critique.

La finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc restera gravée dans la mémoire des amateurs du ballon rond, non pour son spectacle, mais pour ses frasques. À la suite d’une décision arbitrale litigieuse du Congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo, le sélectionneur Pape Thiaw avait ordonné à ses joueurs de quitter le terrain. Un geste rare, lourd de conséquences, que le capitaine Sadio Mané a tenté de corriger en appelant ses coéquipiers à revenir. Mais le mal était déjà fait. Deux mois plus tard, après un recours de la Fédération royale marocaine, la CAF tranche : forfait du Sénégal.

« L’arbitre aurait dû arrêter le match à ce moment-là. C’était un forfait. Mais l’arbitre ne l’a pas fait. Pour moi, la faute incombe à l’arbitre. Seulement, de telles situations ne sont pas habituelles. C’est pourquoi arrêter le match était la dernière option. Avant même le fameux penalty, les Sénégalais étaient déjà frustrés car un but leur avait été refusé pour une faute sifflée avant la conclusion de l’action. Or, le contact était loyal, donc il n’y avait pas faute, d’où leur frustration. L’arbitre a ignoré tout ce qui s’était passé avant. Pour moi, dans la gestion du match, il n’avait pas d’autre choix. Sinon, arrêter le match était la seule option. », nous a confié Jimmy Bukuru (nom d’emprunt), un arbitre international burundais.

Le règlement est clair, mais là n’est pas la question

Selon le règlement de la CAF, notamment les articles 82 et 84, toute équipe refusant de poursuivre un match sans justification valable s’expose à une défaite automatique sur tapis vert (3-0). Un forfait est déclaré lorsqu’une équipe abandonne volontairement le terrain, refuse de reprendre le jeu après interruption, ou empêche la poursuite normale de la rencontre. Dans ce cas précis, la CAF a estimé que la décision du staff sénégalais constituait une « infraction caractérisée ». Peu importe la contestation arbitrale, les lois du jeu imposent que les réclamations soient formulées après le match, et non par un retrait immédiat.

Des précédents

Pourquoi avoir attendu si longtemps ? La question brûle toutes les lèvres. Deux mois de délibérations, d’analyses et de pressions en coulisses. Ce délai nourrit les soupçons, fragilise la crédibilité de l’instance et laisse planer un doute. S’agit-il de la justice ou d’un compromis politique ?

Dans un football africain déjà fragile sur le plan institutionnel, ce timing tardif apparaît comme une bombe à retardement. Ce scandale ravive une plaie ancienne concernant les erreurs arbitrales en Afrique. Comment oublier le fiasco de Janny Sikazwe lors du match Tunisie-Mali à la CAN 2021 ? L’arbitre zambien avait sifflé la fin de la rencontre à la 85e minute, puis à la 90e, sans jouer le temps additionnel.

Un autre épisode troublant concerne la demi-finale entre l’Espérance sportive de Tunis et le Clube Desportivo Primeiro de Agosto. Là encore, des décisions arbitrales controversées avaient conduit à une suspension provisoire de Sikazwe, accusé, sans preuve formelle, de corruption. Ces précédents illustrent une constante inquiétante : l’arbitrage africain se retrouve trop souvent au cœur des polémiques majeures.

Quid de gestion d’un match ?

Plus troublant encore, c’est l’absence de réaction immédiate des officiels lors de la finale. Ni le quatrième arbitre ni le commissaire du match n’ont semblé maîtriser les procédures liées à un abandon de terrain. Or, en cas de forfait potentiel, les règles sont claires : tentative de reprise du match obligatoire, délai d’attente réglementaire, rapport officiel détaillé transmis à la CAF. L’improvisation observée ce soir-là révèle une défaillance structurelle inquiétante dans la gestion des matchs à haute tension.

Le Maroc est désormais sacré champion d’Afrique 2025. Mais ce sacre porte une ombre. Gagner sur tapis vert n’a jamais la saveur d’une victoire conquise sur le terrain. Du côté sénégalais, la colère gronde. Une contestation officielle semble inévitable, et l’affaire pourrait connaître de nouveaux rebondissements juridiques.

Quel avenir pour le football africain ?

Ce scandale dépasse le cadre d’un simple match. Il pose une question fondamentale. Le football africain peut-il encore garantir équité et crédibilité ? Entre arbitrages contestés, décisions tardives et gouvernance opaque, la confiance s’effrite. Pourtant, le talent est là, immense, incontestable. Ce qui manque, c’est un cadre institutionnel solide, transparent et irréprochable.

La CAN 2025 devrait célébrer l’excellence du football africain. Hélas ! Elle restera comme le symbole d’un système à reconstruire.

 

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