Au campus Kiriri de l’Université du Burundi, des étudiants vivent dans des conditions d’hygiène et d’infrastructures préoccupantes. Une visite, des témoignages et l’observation des lieux dressent un constat alarmant. Quoique l’administration rassure. Reportage.
Le chemin vers l’ancien Collège du Saint-Esprit de Kiriri, aujourd’hui intégré à l’Université du Burundi, conduit à la découverte d’un campus à la réputation ambiguë, connue de son nom et de son passé mais méconnue dans les détails sur son état actuel. Dès l’arrivée, le décor est frappant : des déchets plastiques jonchent le jardin et les ruelles, tandis qu’une zone marécageuse, envahie de longues herbes (Urukangaga), s’étend de la porte principale jusqu’au terrain de football et à la piscine, laissant craindre la présence d’insectes nuisibles.
Infrastructures délabrées et crise sanitaire quotidienne
L’allée principale reste la seule clairement identifiable. Les pierres pavées qui la bordent sont recouvertes de mousse et d’herbes, rendant le sol glissant et dangereux. À l’entrée des escaliers, trône l’unique poubelle du campus, abandonnée et sans usage apparent.
À l’intérieur des bâtiments, les signes de dégradation sont évidents. Des infiltrations d’eau traversent les plafonds et s’écoulent en goutte-à-goutte vers les niveaux inférieurs. Les coupures d’eau, fréquentes surtout aux étages supérieurs, laissent certaines chambres sans approvisionnement. Dans l’un des bâtiments abritant les chambres, la situation des toilettes est critique. « Il n’y a que des urinoirs pour garçons sur ce bâtiment, et les autres toilettes ne sont pas fonctionnelles », explique un étudiant. Les seules toilettes utilisables se trouvent dans un autre bâtiment et ne sont que six pour plus de 1 000 étudiants, garçons et filles confondus, illustrant l’ampleur du problème.
Entre précarité, résignation et absence d’entretien
Les chambres, d’environ 18 m² avec une douche interne d’un mètre carré, sont partagées par quatre étudiants, renforçant l’impression d’étouffement. Les matelas sont usés, l’aération limitée à une seule fenêtre, et les vêtements y sont souvent séchés faute d’espaces adaptés et par crainte de vols. Chaque chambre doit accueillir deux lits, une armoire, une table d’étude et les effets personnels de chacun des occupants.
Depuis le haut des bâtiments, la vue sur la ville de Bujumbura est impressionnante, mais en contrebas s’accumulent des tas de déchets à ciel ouvert. « C’est là que sont jetés tous nos déchets provenant de nos chambres », confie un étudiant avant d’ajouter, résigné : « Aucune société ne vient les ramasser ». Sur la question de l’entretien, un autre étudiant explique : « Ici, chacun se lève, va en classe, puis retourne dans sa chambre ou quitte le campus. Personne ne se sent vraiment concerné par la propreté, sauf quelques plantons qui nettoient surtout les bureaux administratifs. » Malgré ces conditions, les étudiants restent. « Nous payons seulement 7 000 Fbu par mois, alors qu’à l’extérieur, le loyer dépasse souvent 100 000 Fbu. On n’a pas vraiment le choix. Si une chambre accueille moins de quatre personnes, elle est immédiatement occupée », conclut un résident. Lors de la visite, une pluie a aggravé la situation : eaux stagnantes, écoulements bouchés et insalubrité accentuée, révélant l’urgence d’une action durable sur le campus de Kiriri. Une question demeure : comment étudier sereinement lorsque les conditions minimales de salubrité sont inexistantes ?
Contactée à ce sujet, l’administration de l’Université du Burundi (UB) indique être au courant de la situation et précise que des réunions sont en cours en vue de la réhabilitation des bâtiments. Pr Prudence Bararunyeretse, recteur de l’UB ajoute que toutes les modalités relatives à cette réhabilitation sont encore en cours de discussion au sein de l’institution. Nous avons aussi appris auprès de l’administration qu’elle envisage le relogement des étudiants qui resteront au campus au moment du lancement des travaux.
