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Gratuité des soins de santé au Burundi: les mutualités, une alternative ?

Depuis 2005, l’État burundais finance la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes en couches. Vingt ans plus tard, ce modèle montre ses limites: coûts exorbitants, retards de paiement et abus fragilisent le système de santé. Face à l’essoufflement de ce système, les mutualités communautaires apparaissent comme une alternative crédible pour garantir un accès durable et équitable aux soins. Réflexion.

C’était l’une des réformes phares annoncées par feu président Pierre Nkurunziza lors de son investiture de 2005. Vingt ans après, les caisses de l’État commencent à être essoufflées. En outre, il y a l’acquisition obligatoire de la Carte d’Assistance Maladie (CAM). Ces deux programmes, tous visant à améliorer l’accès aux soins de santé pour tous, pèsent lourdement sur les finances publiques.

À titre d’exemple, selon le Dr Edouard Nkurunziza, coordinateur de Memisa Belgique, une ONG opérant dans le système de santé, le Burundi a dépensé en 2024, de janvier à novembre, près de 300 milliards de Fbu. Comprenez bien : il s’agit uniquement des subventions pour les personnes se faisant soigner avec la CAM. Si l’on ajoutait les subventions liées à la gratuité des soins de santé pour les deux catégories de personnes ci-dessus mentionnées, les dépenses avoisineraient 1 000 milliards de Fbu. Le patron du ministère des Finances au Burundi, Alain Ndikumana, estime que les coûts de ce programme social sont élevés. « Les factures des hôpitaux ne sont pas toujours justifiées et certaines femmes bénéficiaires ont les moyens de payer », a-t-il souligné.

Et le rôle des mutualités communautaires ?

Les mutualités communautaires règlent les factures de soins à temps dans les hôpitaux, contrairement à l’État qui, parfois, traîne, alors que ces structures sanitaires ont besoin de continuer à fonctionner. À l’hôpital de Ngozi, par exemple, Alice Siga, chargée des conventions et des partenariats avec les assurances et les mutualités communautaires, ne mâche pas ses mots : « Les mutualités UCODE-AMR et MUNASA, avec lesquelles nous sommes en partenariat, paient régulièrement. Toutefois, le nombre d’affiliés reste faible. »

Dans ces mutualités communautaires, les cotisations annuelles varient entre 20 000 et 50 000 Fbu, selon des informations recueillies auprès de leurs membres à Gitega. Et pour ce montant, on peut assurer plus de six membres d’une même famille.

Une lacune : le manque de médicaments

Les assurés de ces mutualités communautaires font cependant face au manque de médicaments lorsqu’ils se font soigner. Mais il s’agit d’un problème général. Alexis Nahayo, président de la mutuelle communautaire Dutabarane de la commune Muramvya, explique que les membres des mutualités de santé sont confrontés à la carence de médicaments dans les pharmacies, au manque de sensibilisation de l’administration locale, ainsi qu’à l’utilisation abusive de la Carte d’Assistance Médicale destinée aux vulnérables par des personnes non éligibles.

Parler de surutilisation de la CAM délivrée par l’État, comme le signale le Ministre des finances, c’est aussi constater que des parents dont les fils et sœurs sont nantis disposent parfois de cette carte. Sont-ils réellement en situation d’indigence ? Dans certaines structures sanitaires, on trouve des hommes et des femmes d’affaires réputés pour leur fortune, mais qui se font soigner grâce à la CAM. C’est ainsi que l’État se retrouve avec une pile de factures et d’arriérés, et ce sont surtout les hôpitaux publics qui en souffrent.

Le temps de faire des choix est venu

La couverture sanitaire universelle est essentielle au développement du pays. L’État doit continuer à investir dans ce secteur social. Mais les circonstances de 2005 ne sont plus les mêmes, deux décennies plus tard. Au lieu de débloquer des montants élevés pour subventionner la gratuité des soins et financer la CAM, il est grand temps de réformer cette politique, et bien structurer selon les prioritaires. De ce fait, les mutualités communautaires permettraient de réduire les charges de l’État, tandis que les budgets ainsi économisés pourraient être réorientés vers le développement des infrastructures sanitaires.

C’est à l’État de faire un choix : développer les capacités du système de santé pour une prise en charge durable de la population, ou continuer à soigner gratuitement sans garantie de viabilité à long terme.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Revoir le manuel de procedure de la CAM et determiner le groupe cible pour la CAM mais ausdi renforcement le systeme de santé pour ameliorer l’accessibilité aux soins de santé de qualité