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VBGs au Burundi : la violence n’a pas de sexe

Les violences basées sur le genre constituent un fléau qui doit être combattu sans relâche. En cette période où on clôture les 16 jours d’activisme, une autre face de ces violences fait parler de lui. Longtemps tournées en dérision, les violences subies par les hommes restent un sujet tabou au Burundi. Alors que les organisations dénoncent la montée de ces cas, l’urgence n’est-elle pas d’élargir le débat à toutes les victimes, sans distinction de genre ? Un blogueur s’interroge.

Dans la société burundaise, les violences faites aux femmes sont de plus en plus dénoncées, même si un long chemin reste encore à parcours, et c’est essentiel. Mais dès qu’il s’agit des violences faites aux hommes, le sujet devient une plaisanterie. Pourtant, derrière les moqueries et l’indifférence, des hommes souffrent en silence. En cette fin de la période dédiée aux 16 jours d’activisme, quid des violences faites aux hommes ? Ce n’est pas pour dévoyer ou faire de l’ombre aux 16 jours d’activisme contre les VBGs.

Récemment, l’association, Abagabo mu gahinda (les hommes en détresse) , basée à Kayanza, a publié un communiqué invitant les journalistes à une conférence de presse. Au lieu d’être prise au sérieux, cette annonce a circulé comme une blague. Dans les cabarets, on en riait. Pourtant, les témoignages rapportés par les membres de cette association n’ont rien de comique.

Le tabou de violences sexuelles faites aux hommes

Bien avant la conférence de l’association Abagabo mu gahinda à l’Hôtel Source du Nil, une équipe de B-eye TV s’est rendue à Kayanza pour recueillir des témoignages bouleversants d’hommes victimes de violences conjugales. Difficile de l’imaginer avant de les entendre : des hommes, la voix chargée de chagrin, racontant les multiples violences qu’ils subissaient dans leur propre foyer, infligées par leurs épouses.

Contrairement aux idées reçues, les violences sexuelles ne concernent pas uniquement les femmes. Certains hommes sont volontairement privés de rapports sexuels ; d’autres subissent des conditions humiliantes imposées par leurs conjointes. Il arrive également que des femmes rabaissent leur mari en raison de leur performance sexuelle, créant un climat toxique générateur de honte, de stress ou d’infidélité. La société refuse encore d’admettre qu’un homme puisse être victime dans l’intimité de la chambre conjugale ou ailleurs.

Des violences physiques aussi

Les violences physiques envers les hommes existent bel et bien. Beaucoup les ignorent, convaincus que les femmes seraient incapables de frapper un homme. Mais la réalité est tout autre. Dans certains foyers, des disputes dégénèrent en agressions. Dans mon quartier, une femme appelait systématiquement sa famille pour venir frapper son mari dès qu’un malentendu surgissait. D’autres hommes sont agressés par les amants de leurs femmes. Selon le président de l’association Abagabo mu gahinda, certaines femmes préparent même leurs violences sur le long terme, avec une intention claire de nuire.

Quid violences économiques ?

Les violences économiques constituent une autre forme de maltraitance très répandue. Certaines femmes cachent leur salaire à leur mari, prennent des décisions financières unilatérales ou demandent le divorce dans l’unique but de partager des biens accumulés par le couple, alors que leur contribution était minime. Ces dynamiques créent un profond déséquilibre dans le foyer et plongent de nombreux hommes dans une détresse silencieuse. Les conséquences de ces violences sur la santé mentale et physique sont sérieuses. Beaucoup d’hommes accumulent stress, frustration et peur, ce qui les expose à l’hypertension, aux AVC, à la dépression et à d’autres troubles liés à la pression psychologique. La société leur impose d’être forts, mais cette force exigée finit par les briser intérieurement.

Pour un activisme inclusif

Plusieurs organisations ont participé aux 16 jours d’activisme contre les VBGs. Bien entendu, le thème de cette année, qui concerne les violences en ligne, constitue une initiative cruciale. Mais elle devrait inclure également les hommes, qui sont souvent les auteurs de ces violences, certes, mais sont parfois des victimes silencieuses. Il faut créer des espaces d’écoute, encourager la prise de parole, changer les mentalités et reconnaître que la violence ne concerne pas un seul genre. La violence n’a pas de sexe. Ce n’est qu’en reconnaissant toutes les victimes, hommes comme femmes, que nous pourrons construire une société plus équilibrée, plus juste et véritablement humaine.

 

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