article comment count is: 0

Burundi: la vie volée des filles domestiques

Dans les foyers urbains du Burundi, des jeunes filles issues de milieux ruraux pauvres sont piégées dans l’exploitation et les violences. Attirées par des promesses d’une vie meilleure, elles subissent des abus souvent invisibles. À travers les récits de Clairia Nikiza et Aline Ndikumana, ce reportage appelle à briser le silence pour protéger ces filles.

Clairia Nikiza, 15 ans, originaire de Gisuru à Ruyigi, actuellement travaillant à Giheta en province de Gitega, a cru à une opportunité lorsqu’une femme lui a proposé de garder son enfant à Gitega pour 20 mille francs burundais. Cette orpheline de père, issue d’une famille modeste, espérait une vie meilleure. Mais à son arrivée dans le quartier Yoba, son rêve s’est transformé en cauchemar.

Après deux semaines correctes, les abus ont commencé : tâches exténuantes, privation de repos, nuits sur de vieux sacs à même le sol, et aucun salaire versé pendant trois mois. « Je croyais venir pour travailler, mais je suis devenue une esclave », confie-t-elle.

Comme Clairia, de nombreuses filles découvrent trop tard leur sort : journées interminables, insultes, violences physiques ou psychologiques, et isolement total.

Aline Ndikumana, 17 ans, employée à Magarama, raconte une expérience similaire. Pour avoir accidentellement cassé une assiette, sa patronne l’a battue jusqu’au sang, avant de la renvoyer sans salaire sous menaces de mort si elle parlait. « Qui croirait une fille comme moi ? Les patrons ont de l’argent et des relations. Nous, on n’a rien », déplore-t-elle.

Un silence complice

Alice Ntimpirangeza, 45 ans, habitante de Yoba, confirme que ces abus sont un « secret de polichinelle ». La règle tacite de non-ingérence dans les affaires des autres perpétue l’impunité. Les conditions de vie de ces filles, souvent analphabètes et sans réseau de soutien, sont déplorables, marquées par des violences physiques, psychologiques, et parfois sexuelles. Certaines tombent enceintes, aggravant leur vulnérabilité.

Un fléau systémique

L’exploitation des enfants, particulièrement des filles, est répandue au Burundi, en milieu rural comme urbain. Selon la FENADEB (Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance), 1 195 enfants ont été identifiés comme victimes de violations de droits en 2021, dont 541 filles.

Ces abus incluent : 40,3 % de traite d’enfants, 26,9 % de violences sexuelles, 15,2 % de violences physiques ou psychologiques, 6,3 % de meurtres ou tentatives de meurtre. Le reste concerne des unions précoces, détentions arbitraires, abandons ou négligences graves.

Yves Nishimwe, chargé des programmes de FENADEB, qualifie ce phénomène d’« atteinte grave et systémique aux droits des mineurs ».

Les causes incluent la pauvreté extrême, l’absence de lois claires, les conflits familiaux et la perception des enfants comme une main-d’œuvre bon marché. Les conséquences sont dramatiques : abandon scolaire, maladies, violences et perte d’avenir.

Un vide juridique alarmant et appel à l’action

Bien que le Code du travail interdise le travail des enfants, le Code pénal burundais ne prévoit pas de sanctions spécifiques. Le Code de protection de l’enfance n’a toujours pas été adopté, selon le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant (CAEDBE). Les victimes, souvent ignorantes de leurs droits, rentrent chez elles brisées, sans justice. Les ONG sensibilisent les communautés et plaident pour des mesures de protection, mais les abus persistent.
Les histoires de Clairia et Aline doivent réveiller les consciences. L’exploitation des filles domestiques ne peut plus être tolérée. Chaque enfant a droit à une vie digne, à l’éducation et à la protection. Yves Nishimwe (FENADEB) insiste : « L’État doit légiférer contre l’exploitation des enfants, y compris dans le secteur informel, et garantir leur scolarisation.»

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion