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Gestion du boom démographique au Burundi : faut-il changer de stratégie ?

Avec un taux de croissance de 2,4 % et une fécondité de 5,5 enfants par femme, le Burundi fait face à une bombe démographique. Une blogueuse de Yaga a affirmé que le Burundi n’est ni la Chine ni l’Inde pour croire que la surpopulation est une richesse. Si la planification familiale, en vigueur depuis 1983, n’a pas freiné cette explosion, ne faut-il pas imaginer d’autres solutions ?

 Pour ceux qui ne le savent pas, depuis le premier recensement de 1979, la population burundaise n’a cessé de croître, passant de 4 028 420 habitants à 8 053 574 en 2008, avec un taux d’accroissement annuel de 2,4 %. En seulement 29 ans, le pays a vu sa population doubler. Et comme première cause, la fécondité élevée. C’est ainsi que la maîtrise démographique figurait parmi les 8 piliers de la Vision Burundi 2025. L’objectif était de réduire le taux de croissance à 2 % et ramener la fécondité de 6,2 à 3 enfants par femme d’ici 2025.

Malheureusement, les chiffres du dernier recensement de 2024, sont sans appel. Un échec cuisant : 12 332 788 de Burundais en 2024, le taux d’accroissement à 2,7 %, et la fécondité à 5,5 enfants. La nouvelle Vision 2040-2060 vise 3 enfants d’ici 2040, puis 2,5 enfants en 2060. Mais avec les mêmes méthodes de planification familiale, qui peinent depuis des décennies, peut-on vraiment y croire ?

Le bémol

Pour arriver à ce rêve avorté des chiffres voulu en 2025, l’utilisation des services de la planification familiale devrait arriver à au moins 50 %. Résultat ? Le taux stagnait à 36 % en 2021, loin du compte, sans parler du taux d’abandon croissant des méthodes contraceptives qui était estimé à 39 % en 2019.

Pire. Cette faible adoption persiste alors que l’accès aux contraceptifs était gratuit. Aujourd’hui, avec le retrait des partenaires financiers, un référentiel de tarification des actes de la planification familiale a été validé, rendant la contraception payante. La vasectomie et la ligature des trompes ne sont plus gratuites, car non subventionnées par le Financement Basé sur la Performance (FBP) dans les hôpitaux. Si les Burundais ont boudé ces solutions quand elles étaient gratuites, se précipiteront-ils désormais qu’il faut payer ?

Attention

Le Burundi a beau multiplier les stratégies pour limiter les naissances et réduire la fécondité. Je fais allusion ici à la politique démographique nationale (2011), Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR), partenariats avec l’UNFPA, etc. Curieusement, les résultats tardent à se concrétiser, et les indicateurs restent alarmants : un taux de fécondité de 5,5 enfants par femme, une maternité précoce où les filles commencent leur vie sexuelle dès 15 ans en moyenne, et des grossesses non désirées en milieu scolaire toujours aussi fréquentes.

Certains plaident pour plus de sensibilisation à l’adhésion aux méthodes contraceptifs. Mais là aussi attention. En 2017 par exemple, 58,6 % des hommes burundais connaissaient la vasectomie, mais seulement 0,1 % l’utilisaient. Quant à la planification familiale, elle reste un sujet clivant, miné par les divergences religieuses et culturelles. Face à ce blocage, continuer à miser sur les mêmes approches relève-t-il de la persévérance ou de l’aveuglement ?

Repenser la planification familiale autrement

Pour atteindre l’objectif de 62 % de prévalence contraceptive, nécessaire à la réalisation des cibles démographiques de la Vision 2040-2060, une nouvelle approche multidimensionnelle doit s’imposer.

Comment ? En déconstruisant les rumeurs, les fausses idées reçues et l’idéal pro-nataliste profondément enraciné sur la contraception. En faisant des Églises et du parti au pouvoir, des relais actifs du message. En brisant les tabous tout en faisant de la contraception un débat de société ouvert. En instaurant des programmes d’éducation sexuelle dès le fondamental pour retarder l’âge des premières grossesses. Revoir les normes sociales en encourageant le report de l’âge moyen du premier mariage de 18 à 21 ans pour les filles, imposer le nombre d’enfants à ne pas dépasser par couple, et promouvoir le dialogue conjugal sur la planification familiale.

La population constituant le pivot central de toute stratégie de lutte contre la pauvreté et de développement durable, il faut oser le pragmatisme économique. Moins d’enfants par foyer signifie mécaniquement plus de ressources par personne. Une équation simple, mais puissante, capable de faire vaciller les dernières résistances culturelles. Notre vraie richesse nationale devrait se mesurer au bien-être des Burundais, plutôt qu’à leur nombre.

 

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