Nous ne nous étions pas encore remis du crime commis contre Kelsy, cette fillette de 5ans de Buterere, violée, puis retrouvée morte, dans une indifférence abasourdissante. En voici un autre, similaire, à une exception près ; Douce survivra, quoique meurtrie. Tic au tac, nos reporters vous font découvrir cette ignominie qui s’est abattue sur Muhuta, début juin.
La petite fille, âgée seulement de 4 ans a eu sa vie brisée par un viol commis par un homme âgé de 45 ans. Au matin du 13 juin, une petite équipe de Yaga a pris la route de Muhuta pour comprendre ce qui s’est passé. Nous empruntons la Route Nationale numéro 3, également appelée route Rumonge. Pour atteindre Buyenzi, où la fillette a été agressée, il faut parcourir environ 40 km depuis Gitaza, sur la même route. Le tronçon est difficilement praticable, tellement il est parsemé de nids de poule.
Nous voici à Gitaza. Trente kilomètres nous séparent encore du chef-lieu de la commune Muhuta, la fin de ce tronçon presque impraticable. Et puis, nous entamons les 10 km qui nous séparent désormais de notre destination ultime. 10 km de soif intense de découvrir les faits. 10 km de passerelle infranchissable, avec un obstacle à son bout, la vallée de Ntanyobwa. Un « no man’s land ». « Nta kabura imvo [rien n’est pour rien, ndlr] », disent les Burundais. Le nom de cette vallée a sciemment été choisie. Puisque « son eau est réputée de non seulement pas potable, mais, simplement imbuvable, voire mortelle » ; nous racontent des habitants de l’autre bout de Ntanyobwa que nous rencontrons de passage.
Buyenzi, la scène du crime
Il est 15 heures. Le chemin a été long. Si long. La fatigue nous suggère de laisser tomber. Mais, notre soif résiste encore. La cible est proche. Nous débarquons sur Buyenzi, enfin. Un agent de santé communautaire de la localité sera notre fixeur. Pressée et impatiente, voilà l’état dans lequel nous la retrouvons. Et … … Bingo ! Une foule immense. Des populations et des administratifs locaux, voilà qui nous accueillit. À notre grande surprise, nous, pour qui le seul et petit objectif est d’entendre de la bouche des témoins le mal qui est venu faucher la vie de la petite Douce. Eux, il paraît qu’ils attendent une délégation officielle de je ne sais quel ministère encore. Loin d’être des adeptes des honneurs, nous chuchotons à l’oreille de notre fixeur de leur supplier de s’éloigner des lieux, pour nous laisser faire notre travail en toute tranquillité.
Bienvenue chez Pierre Ndageranywe et Anne Bantondako. Le premier est garde forestier, la deuxième une cultivatrice. C’est eux les deux parents de Douce, la survivante. Rapidement, les civilités de salutations et un petit regard balaie le lieu. La maman est en train de raser la tête de sa benjamine. C’est elle, Douce. D’une mine triste, la tête abandonnée aux mains de sa maman, mais le regard semble lui échapper pour se perdre dans le vide. A l’innocence qui se lit sur sa petite mine, la douleur, une tristesse profonde est palpable. La maman de Douce dépose le rasoir. Un petit saut à l’intérieur de la maison, elle nous apporte une natte pour nous asseoir. Nous apprécions cette hospitalité. C’est à peine que nous finissons de décliner notre identité, elle commence à cracher l’amertume qui encombre son cœur.
L’émotion est intense. Les larmes coulent incessamment de ses yeux. La maman témoigne : « Même un fou ne pourrait pas violer une fillette de 4 ans. » Quelle introduction accablante ! Nous avons tous failli fondre en larmes. Elle poursuit : « Je m’appelle Anne Bantondako, j’ai 52 ans et dix enfants. Celle-ci est la benjamine, mais trois sont décédés. Dimanche dernier, alors que je préparais la petite pour aller à la messe, j’ai remarqué quelque chose d’anormal sur sa culotte : un liquide blanchâtre. Je l’ai interrogée et elle a eu le courage de me confier ce qui s’était passé. Kizosi lui avait promis de la canne à sucre et lui avait interdit de révéler ce secret après l’avoir agressée. »
Elle ajoute : « A la veille des élections, j’étais aux champs avec mes autres enfants, et la petite était restée seule à la maison, avec les vaches. Kizosi est venu avec de la canne à sucre, l’a emmenée chez lui et l’a violée. C’est en la lavant dimanche que j’ai découvert les faits. »
La douleur dans la voix de la mère était palpable. Elle explique que, depuis l’incident, elle ignore si sa fille a contracté une maladie, l’agression ayant été découverte tardivement, sans moyens pour une prise en charge rapide. Elle exprime également son désespoir et sa colère : « Kizosi est en prison, mais je doute qu’il y reste longtemps. Je veux que justice soit faite. Il se croit intouchable, et je crains qu’il ne récidive ou ne soit libéré trop vite. »
Qui est Kizosi Jean Marie, le présumé pédophile ?
Kizosi a reconnu, devant les voisins et l’officier de police judiciaire de Muhuta, qui a ordonné son incarcération à Gitaza, qu’il a violé la petite, se justifiant qu’il était sous l’emprise de boissons alcoolisées en bouteille plastique, communément appelées « Ibibangara ». Un autre fait a retenu notre attention : Kizosi avait chassé sa femme et ses enfants, lesquels ne sont revenus qu’après 11 jours, soit une semaine après le viol. Sa fille aînée a 15 ans. « Au moment des faits, Kizosi vivait seul. Il battait violemment sa femme et ses enfants », confie Emmanuel Hakizimana, un responsable administratif local qui soupçonne des pratiques superstitieuses à l’origine de cette violence sexuelle. Entre-temps, ce sont de jeunes membres du parti au pouvoir qui assurent la sécurité dans cette localité très éloignée des postes de police. Ce sont eux qui se sont organisés pour arrêter Kizosi.
Après ces entretiens, nous décidons d’aller au domicile de l’auteur. Sa femme n’était pas là. C’était le jour du marché à Tora de l’ancienne commune de Mugamba. Elle s’était rendue au marché, pour vendre une vache, afin d’obtenir les frais de prise en charge de la fillette violée.
Justice sera-t-elle faite ?
Quelques jours après le viol, Douce a vu réapparaitre le pu jaunâtre au niveau de sa partie génitale. Assistée par une organisation non gouvernementale, elle a pu se rendre au centre Seruka à Bujumbura pour une prise en charge médicale. Pendant ce temps, jusqu’au 14 juillet 2025, Kizosi le présumé coupable n’avait pas encore été condamné. Le magistrat du parquet de Rumonge a exigé au moins deux témoins à charge. « Je n’ai pas de moyens pour assurer le déplacement de trois personnes de Muhuta à Rumonge. Je crains qu’il soit libéré car je n’arrive pas à comprendre pourquoi on exige des témoins alors que l’auteur a avoué les faits dans tous les procès-verbaux », déplore Pierre Ndageranywe, le père de Douce. La procureure de la République à Rumonge, Thérèse Kanyange ne décrochait pas son téléphone à chaque fois qu’on l’a contacté. Quant au premier substitut du procureur, il disait n’être pas au courant de ce dossier mais promettait le suivi.
Cette tragédie met en lumière plusieurs enjeux majeurs : la vulnérabilité des enfants face à la criminalité, l’impunité, les conditions sociales et économiques qui favorisent ces violences, mais aussi le courage et la détermination d’une mère face à l’indignation. L’enfant a été violée le 4 juin 2025, mais la mère n’a découvert les faits que le 8 juin, dépassant ainsi le délai de 72 heures, crucial pour la prise en charge médicale, notamment la prévention du VIH et d’autres Infections Sexuellement Transmissibles.
Cette douleur infinie qui déchire cette mère touche plus d’un, et profondément. Chaque larme versée ne pourra jamais recoller les morceaux d’un cœur si brisé.

Merci beaucoup pour votre article. Comme les journalistes sont les représentants des minorités, peut être que une chose va changée surtout l’impunité
Merci pour votre article, c’est vraiment intéressant. Ça serait mieux que le gouvernement prenait soin de l’impunité des coupables parceque c’est le moteur de tout infraction
Il faut que justice soit faite sans toutefois considérer ce qu’est le coupable.