Lors des questions orales avec le ministre des Finances, du budget et de la planification économique, il a été constaté que le système de budget-programme peine à atteindre ses objectifs. Le président de l’Assemblée nationale a même évoqué des résistances au sein de certaines institutions étatiques. Pour essayer d’apporter sa pierre à l’édifice, un blogueur adresse cette lettre au Très honorable président de l’A.N, avec copie au ministre des Finances.
Très honorable président de l’Assemblée nationale,
Si je me permets de vous écrire, c’est en raison de vos plus profondes inquiétudes que vous avez exprimé dans la séance plénière du 18 avril 2025, à propos du budget-programme.
La question d’une probable résistance au changement face au concept de budget-programme, est une réalité. Comme l’a souligné le ministre des Finances, le taux d’exécution des dépenses pour les deux premiers trimestres de l’exercice 2024/2025 n’atteint que 38,3 %, dont 17,2 % pour les investissements. Un résultat bien en dessous des 50 % requis pour une performance minimale.
Vous préconisez des mesures vigoureuses pour garantir l’adhésion totale à ce cadre budgétaire. Mais très cher honorable, avant d’attribuer cet échec à une simple résistance au changement, permettez-moi, sous votre honneur, de vous présenter les trois pierres à enlever dans la chaussure du budget programme, pour plus d’efficacité.
Une bureaucratie paralysante
Très honorable, le budget-programme se heurte à des procédures administratives obsolètes et excessivement lourdes. Prenons l’exemple de l’approbation des plans prévisionnels de passation des marchés publics (PPPMP) par l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP). Cette validation, qui intervient seulement à partir de juillet, crée un goulot d’étranglement.
Prenons l’exemple d’une activité X nécessitant un marché ouvert, dont l’exécution est planifiée pour août 2025, soit le premier trimestre de l’année budgétaire 2025-2026. Faisons un exercice. Si la réception de cette activité est prévue pour le 18 août 2025, la date de confection du dossier d’appel d’offre devrait être le 11 avril 2025, en tenant compte des délais nécessaires dans le PPPMP. Or, le PPPMP n’est validé qu’en juillet, rendant impossible l’exécution de ce marché dans les délais.
Même si les fonds sont disponibles dans l’institution étatique, l’activité ne pourra pas être réalisée à temps en raison de ces lourdeurs administratives. Comme conséquence, aucun marché ouvert ne peut être réalisé au premier trimestre de l’année budgétaire 2025-2026, et les activités planifiées mais non exécutées sont purement annulées, justifiant ce faible taux d’exécution des dépenses. La solution est simple, simplifions les procédures et anticipons les validations.
Les retards chroniques de décaissement des fonds
Très honorable, un autre écueil majeur réside dans les retards de versement des fonds. Les institutions gouvernementales élaborent souvent des plans sans disposer des liquidités nécessaires. C’est le grand bémol du budget-programme.
Par exemple, un hôpital peut compter sur des subsides de l’État ou des fonds dédiés à la gratuité des soins dans la planification d’une activité Y, mais si ces montants ne sont pas versés à temps, l’exécution du budget-programme est compromise.
Ces retards financiers créent un effet domino, perturbant la réalisation des activités et sapant la crédibilité du système. Une gestion plus transparente et prévisible des flux financiers est essentielle pour y remédier.
Le déficit de formation des acteurs clés
Enfin, Très honorable, la méconnaissance du système de budget-programme par les décideurs et les exécutants constitue un frein majeur.
Trop souvent, des jeunes universitaires ou des personnes novices sont nommées à des postes clés sans aucune formation préalable sur ce concept. Comment peuvent-ils l’appliquer s’ils n’en comprennent ni les principes ni les mécanismes ?
Je suis de votre avis qu’il faut mettre en place des formations continues pour le personnel de l’État, de doter les techniciens des ministères des outils nécessaires, et d’instaurer un suivi-évaluation rigoureux pour assurer une mise en œuvre cohérente des activités budgétaires.
Très honorable président,
L’année budgétaire 2025-2026 offre une opportunité idéale pour réformer le système. En levant ces trois obstacles, le budget-programme pourra enfin tenir ses promesses d’efficacité et de transparence, et conduire le Burundi vers plus de prospérité.
Cordialement,
