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Transport en commun : la loi du plus fort est souveraine

Ces derniers jours, avoir un bus est un exploit digne d’Hercule. Faute de carburant, les bus se raréfient et les files d’attente s’allongent. Et lorsqu’une de ces denrées rares pointe le bout de ses phares, une vraie bousculade s’ensuit, profitant aux gros bras. Cette blogueuse raconte son expérience.

Zut ! Il est déjà 18h, alors que j’avais prévu de prendre le bus à 17h. Je me suis perdue dans mes courses et n’ai pas vu l’heure passer. Résultat : pas un bus à l’horizon mais un tas de gens qui attendent. Parfait, ça va être la rigolade !

Ces jours-ci, les voleurs sont aussi nombreux que les étoiles dans le ciel. Après avoir placé mon sac en avant pour bien l’avoir à l’œil, je fais quelques petits étirements discrets en prévision d’un combat qui s’annonce d’ores et déjà défavorable pour moi. Je regarde autour de moi, et je ne vois presque que des hommes. Forcer un chemin n’est pas la meilleure option, faut vite trouver autre chose. Je n’ai pas le temps de bien élaborer ma stratégie qu’un bus, après 30 bonnes minutes passées debout et qui ont entamé ma volonté de combattre, se profile à l’horizon.

A son arrivée, une vague humaine déferle sur la porte, et c’est à qui pousse ou crie le plus fort. Le reste de ma volonté s’émiette littéralement. A l’évidence, lutter ne va m’être d’aucune utilité. C’est à ce moment que ça fait tilt dans ma tête : je vais me laisser porter par le mouvement !

J’attends impatiemment le bus suivant, confiante dans ma stratégie. Et j’ai raison, car sans trop de mal – hormis la douleur qu’impriment des mains pressantes dans mon dos – j’arrive à entrer à l’intérieur du Coaster.

Derrière moi, les gens se bousculent, sans aucune pitié pour les mères tenant leurs bébés dans les bras, qui lancent des « Yooo ndabasavye ntimunyicire umwana » à peine considérés. En ce moment, c’est la loi de la jungle qui régit les choses.

Comme si tout cela ne suffisait pas, le convoyeur crie : « Ba sita ba sita ! ». Les passagers déjà à l’intérieur le prennent mal, et pour cause : même en essayant, on ne pourrait pas caler une sixième personne dans un espace qui sied à peine à cinq. Alors nous refusons net, et le convoyeur n’a d’autre choix que d’embarquer un supplément de cinq à six personnes qui feront le trajet Ville-Maramvya debout, ballottés au gré des coups de volant du chauffeur, dignes d’un épisode de Fast and Furious.

Le calvaire n’est pas fini…

A l’arrivée au terminus, il fait déjà nuit noire. J’ai encore un trajet de plus à faire avant de rejoindre « My home, sweet home ». Je vise une moto, il y en a à peine trois. Après une brève négociation qui tombe bien évidemment en ma défaveur, j’embarque… mais pas seule. J’ai l’honneur d’accueillir un voisin sur la petite banquette. Chouette, j’aurai le loisir de sentir son entrejambe chaud sur mon arrière-train. Je ravale mon dégoût et me rapproche le plus possible du motard.

Notre convoi-sandwich s’ébranle, direction SRDI. Le trajet se passe dans l’inconfort total. Ma position, pour limiter les contacts avec le gars derrière moi, me donne mal au dos. L’état déplorable de la transversale 10 n’arrange pas les choses : la moto bondit tel un lapin, et moi avec.

Je remercie le Seigneur lorsque j’arrive enfin à destination et je dégaine à contrecœur la paie du motard. Je lui souhaite néanmoins le bonsoir, politesse oblige.

Il faut quand même se poser des questions

Cette situation devient insupportable. N’est-ce pas un mauvais signe pour le développement ? Evidemment que oui ! Attendre un moyen de transport pendant des heures, payer une fortune pour rentrer chez soi, faire face à l’insécurité quant aux pickpockets qui profitent de la situation, combien de temps cela va-t-il durer ? Combien de temps allons-nous tenir ? Qu’est-ce qui manque pour que la situation s’arrange ? Que fait l’Etat pour trouver un remède ? Quelqu’un peut-il répondre à ces questions ?

En attendant, la tendance « kuharya ireggae » va revenir à la mode. Allez, apprêtez vos baskets, c’est le moment de se tailler les mollets !

 

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