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Inamujandi, la « sorcière » qui défia le pouvoir mandataire belge

Presque quinze ans après la révolte de Runyota, une autre, menée cette fois-ci par une femme, éclate. Qui était derrière cette insurrection et quelle cause défendait-elle ? Éclairage.

Nous sommes au mois de juillet 1934. À Ndora, au nord-est du Burundi, dans le territoire de Ngozi, dans la chefferie du prince Baranyanka, naît un mouvement de révolte. Un mouvement qui gagnera d’autres sous-chefferies en territoire d’Usumbura et dont la paternité revient à une certaine Inamujandi. 

Selon l’historien Emile Mworoha, celle qui annonçait l’avènement d’un nouveau roi et qui prophétisait un avenir merveilleux s’estimait dotée de pouvoir magico-religieux, comme celui de ressusciter des morts et envoyer des bêtes sauvages dévorer ceux qui ne se ralliaient pas à sa cause et neutraliser des balles des fusils européens. Retranchée dans la forêt de Kibira, elle ne se montrait qu’a très peu de gens et agissait via des messages.

Le prince Baranyanka dans le viseur

Il faut dire que la phase armée de l’insurrection avait été bien préparée. Et sa cause bien accueillie par les anciens sous-chefs nostalgique du rebelle Kilima ou les sous-chefs, en grande partie hutu qui avaient été remplacés par les Baganwa et les Batutsi et placés sous le commandement de Baranyanka à la suite de la réorganisation administrative.

Et à en croire le Burundi sous administration belge, c’est aussi une révolte organisée dans la plus grande discrétion au point d’étonner et les autorités coutumières et les autorités coloniales. Ces derniers parcouraient la région de Ndora  mais n’avaient jamais eu vent de l’insurrection avant son déclenchement. 

Il ne s’en rendent compte que le 21 juillet 1934, et c’est Joseph Gahama qui l’écrit, quand  il est fait rapport à Baranyanka du refus d’ordre par la population qui se rende en grand nombre chez Inamujandi. Cette dernière, après avoir constaté l’alerte des autorités et que ses partisans sont suffisamment nombreux, décide de lancer les hostilités. Nous sommes le 23 juillet 1934. Sont ciblés les sous-chefs ainsi que quelques familles des Batutsi importants, leurs enclos et leurs bétails conduits chez Inamujandi. Sont visés aussi les amis et parentés de Baranyanka.

Répression

Alors que du temps de Runyota, la riposte viendra un peu tardivement, la réplique à la révolte d’Inamujandi s’organise rapidement. En réaction, le vice-gouverneur général du Ruanda-Urundi ordonne l’opération militaire. Une troupe d’une cinquantaine de soldats en territoire de Ngozi, d’autres à Musigati. Très menaçants aux premiers contacts, les insurgés refusent de répondre à l’appel les invitant  à se rendre. Même après la mort de deux combattants pour montrer que les balles ne se transforment pas en eau, rien n’y fait.

La bataille continue, les révoltés coupant les ponts  et menant des attaques nuitamment. Il faudra attendre octobre 1934, trois mois après le début des hostilités, pour venir à bout du mouvement après la capture d’Inamujandi dans la forêt. 

Mais alors  de quoi se nourrissait la révolte ?  

Le contexte politique de l’époque d’abord. Selon le constat de Gahama, la région concernée par la révolte est celle de Kilima du temps de la colonisation  allemande. Probable fils de Ntare Rugamba, il viendra disputer le pouvoir à Mwezi Gisabo. Malgré l’évolution en dent de scie de son influence, il faut dire qu’il est resté populaire dans sa région. L’installation au début des années 1920 de Baranyanka par l’administration belge sera mal accueillie par la population. De quoi faire conclure Gahama que le tableau politique de l’époque était dominé par la résistance passive de la population contre le pouvoir ganwa collaborateur de la colonisation. 

Les facteurs économiques ensuite. Comme pour Runyota, le contexte économique n’était pas des plus faciles. Une situation dominée par les calamités naturelles. C’est notamment la peste bovine au  Rwanda en 1932 et qui menaçait le Burundi en 1934, les sauterelles qui venaient de dévorer les récoltes pendant deux années consécutives, le typhus qui sévissait dans les territoires de Gitega et de Ngozi et d’Usumbura et qui conduisit à une interdiction de la libre circulation.

Runyota ou l’histoire du Robin des bois burundais

Et  du point de vue socio-religieux, il faut dire que les régions concernées par les révoltes étaient éloignées des missions catholiques dont elles dépendaient et du coup, l’impact du christianisme limité. 

En gros, il faut dire que les causes profondes de ce soulèvement semblent résider  dans un climat intenable résultat du fait « colonial ». Un  soulèvement, comme celui de Runyota, qui prenait naissance dans le contexte magico-religieux appelant les légendes de Ntare Rushatsi et revendiquant les temps heureux du temps  du roi Ntare.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. Merci yaga, j’aimerais aussi un article sur inakibindigiri une reine qui regnait près de banga avant la fondation de la dynastie burundaise j’ai entendu Emile mworoha parle d’elle dans les années 2012 mais j ‘etais trop petit. Merci pour votre courage📺📺

  2. Malheureusement, cette partie de l’histoire du Burundi n’a jamais été enseignée dans les écoles secondaires et ne le sera jamais. Des livres bandes dessinés devraient être créés, avec des scénarios retraçant l’histoire du Burundi, de la royauté burundaise d’antan et de tous ses guerriers qui ont défié autrefois le colon. Tout cela, dans le but d’enseigner la nouvelle génération ce qu’a été le Burundi ancien et leur apprendre que le Burundi a abrité autrefois des hommes patriotes à travers un langage qu’ils comprennent rapidement qu’est le dessin animé, ou court métrage.