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Ces difficultés qui marqueront le Burundi sous Mwezi Gisabo

Si le règne de Mwezi Gisabo a pu représenter dans la mémoire populaire l’apogée du Burundi précolonial, il faut noter cependant qu’avant même la conquête coloniale, son pouvoir, plus que ceux des autres souverains, aura connu de multiples difficultés internes et externes qui ne seront pas sans effets. Retour ici sur les difficultés exogènes qui donneront du fil à retordre au pouvoir du roi Bijoga.  

Vous ne le savez pas peut-être, mais les perturbations climatiques qui ont pignon sur rue de nos jours, Mwezi Gisabo en a aussi goûté. C’était il y a presque un siècle et demi. Dans les années 1880 pour être précis. Ces perturbations climatiques affecteront d’ailleurs fortement la production agricole créant des famines et des disettes. L’historien Mukuri Melchior, dans son Dictionnaire chronologique du Burundi, volume 1 en fait l’écho. 

Cette époque, poursuit l’historien, c’est aussi diverses maladies contagieuses qui n’iront pas sans provoquer de dégâts humains. Il s’agit de la variole, de la grande épizootie ou la peste bovine qui décimeront le bétail en 1891-1892.

C’est aussi les chiques, imvunja, qui pénétreront dans le pays via  la région des Grands Lacs en 1892. Ça vous étonnerait peut-être, mais des gens trouveront la mort à cause de ce parasite. L’année suivante, en 1893, des criquets pèlerins, à l’instar de ceux qui affectent actuellement l’Afrique de l’est, ont fait parler d’eux, laissant les sujets de Mwezi dans la désolation.  

Les difficultés, c’était aussi et surtout le bruit des armes 

Comme on le remarque dans Histoire du Burundi, des origines à la fin du XIXe siècle, dans ce qui sera qualifié de raids des Ngoni, aux environs des années 1890, le Burundi subit à l’est dans le Buyogoma des attaques. Des attaques perpétrées par des guerriers Ababwibwi, c’est-à-dire, les pillards, les barbares. En réalité, il s’agissait d’un groupe de Ngoni. À la suite de la révolution politico-militaire zulu menée par Tchaka au début du siècle, ce révolutionnaire  Sud-africain lancera des attaques contre le Buha et le Burundi. 

Les armes retentiront aussi lorsqu’en 1884, Mirambo, un des chefs Banyamwezi se trouvant à l’est du Burundi livrera la guerre à Mwezi Gisabo au nord-est. Malgré leurs fusils, les guerriers de Mirambo sont repoussés par ceux du prince Rurakengereza à Murore (à l’Est de Cankuzo). Les traditions Nyamwezi rapportent sur cet événement que 1700 vaches auraient été razziées, mais elles reflètent un souvenir terrifiant de l’efficacité des archers Barundi. 

Il y a aussi cette tentative de pénétration d’un certain Mohamed bin Khalfan  dit Rumaliza (“celui qui achève”) du nom ce marchand d’esclaves, un Arabe d’origine zanzibarite installé à la côte du lac Tanganyika à Ujiji. Celui qui a bâti sa fortune sur les razzias, la guerre et la politique plus que sur le commerce proprement dit menacera l’intérieur du Burundi au début de 1886 lorsqu’il tente de franchir la crête de l’est à Uzige, l’actuel Bujumbura. Il sera vaincu, lui et ses fusils devant l’habileté tactique des Badasigana, l’armée de Mwezi Gisabo. 

Le vieux continent n’est pas en reste

En parlant de difficultés extérieures sous Mwezi, l’on ne saurait pas passer sous silence le contact avec les étrangers venus surtout du vieux continent. Entendez ici les explorateurs, les missionnaires et les colonisateurs en provenance de l’Europe.

Les explorateurs, c’est d’abord Richard Burton (lui qui qualifiait le pouvoir de Mwezi Gisabo de mieux organisé de toute l’Afrique orientale et centrale) et John Hanning Speke. Ils étaient en fait deux Britanniques, anciens officiers de l’armée des Indes en quête entre autres de la géographie des « sources du Nil ». Nous sommes en 1858. 

En 1871, c’est le tour de David Livingstone et Henry Morton Stanley de faire la découverte du Burundi. Ils longeront toute la côte du Burundi jusqu’au delta de la Rusizi. Ils s’arrêteront près des sites actuels de Nyanza, de Rumonge, de Resha, de Mugano, de Magara, de Kabezi et sur la rive droite de l’embouchure de la Mugere. La « pierre de Stanley » est là pour nous le rappeler.

C’est aussi Oscar Baumann, cet Autrichien qui traversera le Burundi en septembre 1892. Effectuant une mission du Comité anti-esclavagiste allemand et dont l’objectif était la prospection de l’itinéraire d’un futur chemin de fer entre la côte et les lacs, il se heurtera ici et là à la résistance des armées royales de Mwezi Gisabo. Et l’on signalera qu’avant lui, des missionnaires avaient déjà posé les pieds sur le sol burundais en 1879. Et après lui, des colonisateurs allemands feront leur apparition en 1896, de quoi allonger la liste des difficultés encourues le souverain Mwezi. 

Si ces explorateurs, missionnaires ou colonisateurs sont assimilés aux difficultés qu’encourra le pouvoir de Mwezi, c’est qu’avant d’être identifiés culturellement sous le nom de Bazungu, ces derniers seront d‘abord perçus comme des « monstres ». Compréhensible, dans un Burundi entrait en contact probablement pour la première fois avec l’homme à la peau blanche. 

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Lorsque les raids des Nguni se font à l’est du Burundi, le roi Tshaka est mort depuis longtemps. Il n’a jamais été dans la région. Les Ngouni qui ont fait des razzia dans la région étaient soit des groupes qui avaient fui vers le nord les conquêtes de Tshaka Zulu ou des restes de son empire quand il a éclaté en plusieurs groupes après sa mort. On les désignait sous le nom de Ruga-Ruga (Indugaruga?) en Tanzanie ou Ababwibwi(au Burundi). Certains disent que les Bagina de l’est du Burundi sont des descendants de ces bandes . On trouve maintenant des Ngouni au sud de la Tanzanie, au ‘Malawi, au Zimbabwe(Ndebele) et au Mozambique. Le grand ensemble lingustique Ngouni englobe aussi les Zulu, les Swazi(Swathi), les Ndebele et les Xhosa d’Afrique du Sud.