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Le Burundi sous colonisation belge : ce qu’il faut savoir de la loi de 1925

Conformément aux principes du mandat, la Belgique avait l’obligation de gérer le Ruanda-Urundi comme un territoire ayant un statut particulier différent de celui d’une colonie. Mais une loi de 1925 viendra comme pour changer la donne. Et c’était  non sans raison. 

Il faut dire d’emblée qu’en vertu de cette loi, le territoire sous mandat se trouve administrativement annexé au Congo belge et par conséquent soumis aux lois régissant le Congo belge. 

Mais avant d’arriver à cette annexion du Burundi, il faut dire que les Belges ont commencé par des unions de moindre importance. Ainsi, nous explique l’historien Joseph Gahama, à partir de 1922, l’union douanière et financière entre les territoires sous  mandat et la colonie est une réalité. Et la loi du 30 juin 1922 institue l’exemption des droits de douane tant à l’entrée qu’à la sortie sur les échanges entre les deux pays. D’ailleurs, le franc congolais qui a remplacé dès 1920 les Roupies et les Heller allemands, circule partout. 

Encore que les troupes installées au Ruanda-Urundi étaient déjà placées sous les ordres du commandant des garnisons de la province orientale du Congo belge, consacrant ainsi une union militaire. Suffisant donc pour nous faire réaliser que plus rien n’empêchait la Belgique de procéder à une totale annexion. Une précision ici : à cette époque, les soldats de la force publique étaient tous congolais  puisque d’après le  mandat belge sur les territoires de l’Est africain, interdiction est faite au mandataire d’organiser une force militaire indigène.

On le voit donc, c’était une volonté d’uniformiser toute les possessions coloniales pour mieux les administrer. Un peu comme la réalisation d’un rêve de Léopold II, nous dit Gahama, celui de contrôler les hautes terres salubres, fertiles et bien peuplées situées entre le lac Tanganyika et le Haut Nil.

Les raisons de l’annexion

C’est aussi Joseph Gahama qui nous renseigne sur les vraies raisons de cette union administrative. En effet, ayant reçu de la SDN  le mandat sur le Ruanda-Urundi, la Belgique n’avait pas la garantie de garder éternellement ce territoire pour l’administrer. La crainte de se voir retirer ce pays (le Ruanda et le Burundi  étaient considérés à l’époque comme un seul pays) l’aurait encouragé à hâter cette union. 

Le second motif est d’ordre économique. Le Ruanda-Urundi, par sa population dense, contraste remarquablement avec le Congo et spécialement le Katanga où le manque de main d’œuvre est préoccupant. Pour exploiter des richesses du Congo, les Belges envisagèrent de canaliser l’émigration des Burundi et des Banyarwanda  vers cette  colonie. Et pour nourrir certaines régions du Congo, les vivres abondants de la plaine de la Rusizi seraient de précieux apports. 

Enfin, nous dit toujours Gahama, les théoriciens de l’administration directe, accusant l’administration indirecte de ne pas avoir obtenu de  beaux résultats malgré des proclamations retentissantes, demandent  le rattachement du Ruanda-Urundi au Congo Belge en attendant  la formation d’éducation indigène « façonnés », condition selon eux sine qua non de l’administration indirect. 

En fin de compte,  bien qu’elle ne propose aucune modification de la politique d’administration indirecte, Gahama n’y va de main morte pour affirmer que cette loi  constitue une violation flagrante  des termes du mandat, dans la mesure où l’assimilation au Congo belge, des points de vue administratif et législatif, enlève au pays tout avenir autonome. Les protestations de l’Allemagne, se heurtant à l’indifférente complicité des Anglais et des Français n’empêchent pas cette loi de prendre effet le 11 janvier 1926. De quoi permettre la Belgique à réorganiser  politiquement le Burundi pour « mieux l’administrer ». On y reviendra.

 

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