Le 5 février 2026, le Burundi commémore la fête de l’Unité nationale. Trente-cinq ans après l’adoption de la Charte de l’Unité, cette célébration interroge : incarne-t-elle encore un idéal vivant et partagé, ou s’est-elle peu à peu réduite à un simple jour férié, une parenthèse de repos dans un quotidien marqué par des difficultés économiques, les désillusions politiques et les fractures sociales persistantes ?
Depuis février 1991, le Burundi célèbre la fête de l’Unité nationale. A travers cette Charte, les Barundi aspiraient à la paix et à la tranquillité. Ils étaient plus que jamais déterminés à bâtir une société fondée sur l’unité de tous les citoyens dans l’intime conviction que celle-ci constituait la pierre angulaire de l’édification nationale.
A quoi a servi la Charte de l’Unité nationale ?
La Charte de l’Unité nationale a été adoptée par référendum le 5 février 1991, à l’issue des travaux d’une commission mise en place sous la présidence du parti unique UPRONA, par le décret n°100/162 du 04 octobre 1988. Cette commission avait pour mission de mener des investigations approfondies sur l’unité des Barundi, dans ses fondements historiques et socioculturels. Elle fut créée dans le contexte douloureux des massacres de Ntega et Marangara, survenus dans la nuit du 14 au 15 août 1988, au nord du pays.
La Charte affirme que le peuple burundais condamne sans réserve toutes les formes de division, qu’il s’agisse de celles qui avaient déjà conduit le pays au bord de l’abîme, l’ethnisme, le régionalisme, le clanisme, ou de toute autre dérive susceptible de désintégrer la nation. Elle engage également les citoyens à extirper de la société toute tendance à la violence, à l’extermination physique et à la vengeance.
Le 05 février symbolise donc l’unité entre les Hutu, les Tutsi et les Twa, les trois composantes ethniques de la population burundaise.
Malheureusement, à peine promulguée, la Charte fut rapidement mise à l’épreuve. Dès octobre 1991, des attaques du PALIPEHUTU frappaient notamment Bujumbura, Cibitoke et Bubanza. Puis vint la crise de 1993, déclenchée par l’assassinat du président Ndadaye, qui plongea le pays dans une guerre civile ayant fait des centaines de milliers de morts.
Il a fallu attendre l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation, signé le 28 Août 2000, puis l’Accord de cessez-le-feu du 03 décembre 2002 entre le gouvernement de transition et le CNDD-FDD, pour ouvrir la voie aux élections de 2005 et à un semblant de stabilité.
En 2015 toutefois, une nouvelle crise éclata autour d’un mandat jugé illégal par certains et parfaitement légal par d’autres du président feu Pierre Nkurunziza. Les répercussions de cette période se font encore sentir, plus de dix ans plus tard.
On peut donc affirmer que l’unité proclamée en 1991 a été, très tôt, fragilisée par l’histoire tourmentée du pays.
La Charte doit-elle mourir ou se réinventer ?
En 2022, le président de l’Assemblée nationale rappelait que, le 05 février 1991, les Burundais avaient voté la Charte de l’Unité nationale sans contrainte. Il soulignait que cette unité devait être réelle, sans hypocrisie ni mensonge, portée par un amour se traduisant dans les actes et non seulement dans les discours.
Pourtant en 2026, beaucoup de Burundais dressent un constat amer. Une partie de la classe politique est accusée de s’enrichir rapidement à travers la corruption et les malversations économiques, tandis qu’une large frange de la population continue de vivre dans une misère profonde. Le contraste entre le train de vie de certains dirigeants et les conditions de vie des citoyens nourrit un sentiment d’injustice et de fracture.
Dès lors, certains s’interrogent : peut-on parler d’unité quand l’économie nationale paraît à bout de souffle et que l’espoir s’amenuise chez de nombreux jeunes ? Peut-on réellement parler d’unité dans un pays marqué par l’intolérance politique, où des membres de l’opposition disent subir des persécutions, des menaces, des arrestations ou l’exil ? Peut-on parler d’unité quand l’espace médiatique est fortement réduit et que la vie politique semble dominée par un seul courant ?
La Charte de l’Unité nationale demeure pourtant un engagement noble : celui de transcender les divisions pour bâtir une société juste, prospère et respectueuse de la dignité humaine. Cependant depuis 1991, les régimes successifs ont souvent peiné à transformer les déclarations d’intention en réformes profondes réelle en matière de gouvernance, d’égalité et de respect des droits.
Aujourd’hui, les perceptions divergent. Certains estiment que l’unité existe bel et bien et qu’elle doit être préservée. D’autres, au contraire, considèrent que le peuple burundais reste profondément divisé et que la fête du 05 février a perdu sa raison d’être.
Les dirigeants actuels gagneraient à tirer les leçons des échecs du passé pour redresser la trajectoire du pays et donner un contenu réel au thème lancé en 2022 par le Président de la République : « Dépassons ce qui s’est passé, souvenons-nous que nous sommes une seule et même famille ».
Même si les symboles évoluent avec le temps, l’essentiel demeure : il ne suffit pas de parler d’unité, il faut la construire. Non pas en tirant le peuple vers le bas, mais en l’aidant à sortir du gouffre dans lequel il se sent parfois plongé, pour l’emmener vers des horizons plus justes et plus prometteurs.

Justement, tout perdu son sens mais nous restons dictés par l’orgueil d’être sous la République. La jeunesse subit se retrouve à vénérer un jour rituel qui ne pourra plus rien apporter.