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Suspension de Yaga, moi et une histoire de mariage

Le Conseil national de la communication (CNC) vient de lever, ce 14 avril, la suspension temporaire de Yaga. Entre angoisse, pression et akanyarigabo, un blogueur de la boîte – sur le point de se marier – nous raconte comment il a vécu la situation. Récit.

Le 27 mars, une date à marquer d’une pierre noire ! Comme on l’a déjà dit dans nos productions récentes, la nouvelle nous a tous pris de court – même en pleine réunion des responsables de départements. « Ibi ndiko ndumva nivyo ? », lance un collègue. « Ego, nanje hari uwubimbwiye », réplique une autre. Bref, on accuse le coup. Et là, bim ! On reçoit l’audio fatidique de la présidente du CNC – qui circulait déjà dans les groupes WhatsApp des confrères, à notre insu. Elle annonçait la mauvaise nouvelle. 

On est foudroyé. On commence à se consulter, discrètement, en duo, en trio… Certains, écouteurs vissés aux oreilles, ne captent encore rien. Ce n’est que pendant une petite réunion d’urgence dans la Situation Room, convoquée par la direction, qu’ils découvrent l’info. Stupeur. Désolation. Les responsables de la boite tentent de rassurer, mais la tristesse, l’incompréhension et la peur se lisent sur chaque visage.

Et moi, dans tout ça ?

Voilà le vrai objet de ce texte. Tous ceux que je croise me lancent des piques : « Bro… on espère que ton mariage est annulé ? Uri mu kiyashu. » On rigole… mais au fond, ça cogite. Je suis de nature pessimiste – plus que moi, tu meurs. Après tout, c’est une suspension temporaire. Ils ne vont quand même pas fermer une boîte de jeunes ambitieux, de rêveurs, d’artistes qui ne font que mettre leurs talents au service d’autres jeunes, d’autres compatriotes. J’y voyais juste un petit malentendu qui allait se régler rapidement. Mais c’est en croisant mon parrain, un collègue, qu’on s’éloigne pour discuter – et là, je commence à flipper.

« L’ami…il ne faut rien prendre à la légère.  Restons positifs, mais conscients de la gravité. On ne connaît même pas la vraie raison de la suspension. Il faut d’abord comprendre ce qui se passe. Ici, tu peux dormir employé et te réveiller chômeur. Nous, on en est la preuve. »

Le chômage ! Ce mot se met à tourner dans ma tête comme une chanson en boucle. Introverti que je suis, trop de choses défilent dans ma petite tête. Je pense à ce qui m’attend dans les jours à venir. La veille, j’avais versé la dot. La roue était déjà lancée. On s’écrivait dans les groupes de famille pour organiser les fêtes… mais à partir de ce moment-là, j’étais ailleurs. Les pensées, loin des festivités.

Mais alors…

Si cela devenait sérieux ? Comment vais-je m’en sortir ? Un chômeur qui fonce tête baissée vers le mariage, avec toutes ces dépenses à venir… Y a-t-il plus suicidaire que cela ?

Plein de questions sans réponses. Je me fais un café, je continue à discuter avec les collègues. Certains commencent à rentrer alors qu’en temps normal, à Yaga, on reste souvent tard. 

Vient alors la partie que je n’aime pas. Que je n’aimerai jamais. Les gens qui te balancent leurs messages de consolation : « None, vya kweli, ni vyo babugariye ? Umuntu yaciye anza mu mutwe directement ni wewe na mariage yawe. Ariko Imana izobikora, t’inquiète. » Assez, c’est assez. On se ramasse et on va se taper une bonne bière bien glacée. Histoire d’attendre la suite…plus heureuse, celle de retrouver enfin Yaga, ce ballet de gens pleins d’énergie qui vont et viennent tout au long de la journée, d’autres qui se prennent la tête pour de petits détails, tandis que certains s’invectivent copieusement, mais sur le plan strictement professionnel. 

 

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