L’aisance, tout le monde en rêve. Mais certains standards savent vite vous rappeler où est votre place. À travers ces quelques lignes, ce blogueur raconte comment il a galéré lorsqu’il a déménagé dans un de ces quartiers huppés de Bujumbura, lui qui était habitué au rythme effervescent des quartiers populaires.
Tout a commencé pendant mes préparatifs de mariage. Pour les hommes, de nos jours, il faut se l’avouer, le plus grand stress, c’est de trouver une maison à louer. Une vraie galère. J’avais les contacts de commissionnaires des quatre coins de Bujumbura. Ils m’appelaient à chaque minute, m’envoyaient des photos, des audios, des vidéos… la galerie de mon téléphone menaçait de craquer.
Ce qui m’agaçait le plus, c’était leur manière de communiquer : toujours pressés, toujours alarmistes. « Uze uzananye avance, kuko utevye usanga bayitwaye. Mu minota icumi usamaye, abandi bazoba bayisimbanye ! » (Dépêche-toi, viens avec ton avance, sinon d’ici dix minutes les autres auront déjà pris la maison.) Ces phrases, je les entendais presque tous les jours, en audio comme en message. À force de les entendre, j’ai fini par me promener avec des millions sur moi, au cas où une bonne opportunité se présenterait. Mais souvent, j’arrivais trop tard : la maison déjà prise, le prix revu à la hausse, le propriétaire introuvable ou encore les commissionnaires qui magouillaient entre eux. Résultat. Souvent, je rentrais bredouille.
Enfin, le jour de chance est enfin arrivé !
Je commençais à désespérer, et les jours défilaient à vive allure. Un matin, l’un de mes nombreux commissionnaires m’appelle : il dit avoir trouvé une maison à Kibenga. Mais je devais d’abord parler à la propriétaire pour répondre à quelques questions.
Le jour J, à ma grande surprise, la propriétaire m’annonce qu’elle n’a pas de maison à Kibenga, mais qu’elle en possède une à Rweza. Honnêtement, je n’ai pas pris le temps de réfléchir : je voulais juste entendre qu’une maison était disponible, peu importe le quartier. Dieu seul sait combien j’étais heureux d’avoir enfin trouvé ce toit qui m’avait tant fait courir.
Le style de vie de Rweza : tout un art !
Ce quartier n’est pas connu du grand public. Situé entre Gatoke et Kiriri, Rweza fait partie des quartiers les plus huppées de la capitale. Mis à part les routes pas très praticables, les maisons sont d’un haut standing, et les voitures qui en sortent en témoignent. Tout cela est beau, certes, mais… il y a toujours un “mais”.
Moi qui ai grandi dans les quartiers où l’on peut trouver tout ce qu’on veut, quand on veut, « ku kasoko, kuka boutique, ku ka dirisha », où il est normal d’emprunter du sel ou du sucre chez les voisins, je me suis senti étranger dans mon propre pays. En repérage un soir, je n’ai trouvé qu’une seule boutique dans les environs. Et encore ! Les produits proposés n’avaient rien pour séduire un habitué des chapati tout chauds. Oubliez aussi la fameuse longue liste de dettes à la boutique du coin ou le “akasoko” pour les petites courses du soir. Quant aux coins discrets des amateurs de la sainte mousse (izo munsi y’igitanda), là où les blagues font oublier les tracas du quotidien, n’en parlons même pas.
La vie à Rweza est presque silencieuse. Peu de mouvements, pas de cris d’enfants qui jouent, ni de jeunes qui traînent le soir. (Les pervers, Dieu vous voit !) Ici, les visites surprises sont mal vues. Et pour étancher la soif d’un invité, il faut une vraie gymnastique. Il vaut mieux constituer un petit stock à l’avance, histoire d’éviter les pannes bêtes. Pour un parvenu comme moi, difficile de s’habituer à ce style de vie où le “chacun pour soi et Dieu pour tous” est la règle. Mais on finit par s’y faire. Après tout, il faut bien s’entraîner à vivre dans l’aisance… on ne sait jamais, la fortune peut nous sourire un de ces jours !
