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Les médecins burundais : l’urgence de hausser de leurs salaires

Il faut toujours allier la profession avec la passion, en l’occurrence le métier de soignant. Hélas, la passion ne suffit pas, si nous sommes confrontés à des défis financiers. Les médecins burundais, sont-ils à blâmer quand ils quittent le pays pour être plus valorisés ailleurs ?

À l’école secondaire, je rêvais de devenir médecin. Plus précisément cardiologue. À l’époque, le soir, la radiotélévision Renaissance diffusait souvent des femmes en quête d’argent pour aller faire soigner leurs nouveau-nés souffrant de malformations cardiaques congénitales. C’est ainsi que mon rêve a germé. Je rêvais de faire ma spécialité à l’étranger et de revenir au pays pour réparer les cœurs de ces enfants. C’était donc inadmissible pour moi de penser qu’un médecin pouvait s’installer indéfiniment à l’étranger, alors que les Burundais ont cruellement besoin de son expertise. Plus tard, en côtoyant des médecins qui exercent au Burundi, mon rêve d’être docteur s’est effondré.

Les raisons derrière la fuite des cerveaux

Jules (pseudonyme), un jeune médecin fraîchement diplômé, qui est récemment parti à l’étranger et qui ne compte pas poursuivre sa carrière au Burundi, me partage ses motivations : « À l’étranger, il y a des matériels qui facilitent l’exercice de notre métier. En plus, nous sommes mieux payés, ce qui garantit l’avenir de notre famille. On ne fait pas la médecine parce qu’on veut de l’argent, c’est une passion. Mais ce n’est pas logique d’exercer un métier qui ne peut en retour, nous permettre de satisfaire les besoins de notre famille. »

Les débats houleux sur l’obtention d’un diplôme de baccalauréat au lieu d’un diplôme de docteur en médecine laissent Jules frustré : « Imaginer qu’on puisse octroyer un diplôme de baccalauréat en médecine est décourageant après toutes ces années d’études. Je crains que même à l’avenir, la situation des médecins au Burundi ne soit pas plus favorable. », s’indigne le médecin.

Les raisons qui poussent donc les médecins burundais à exercer à l’étranger ne manquent pas. Financièrement parlant, les médecins sont mieux valorisés à l’étranger que dans le pays. Les salaires qu’ils reçoivent sont à environ 80 % inférieur à ceux des médecins de la sous-région. Les 470 000 Fbu que perçoit un médecin généraliste sont déplorables pour un métier dit noble.

Par conséquent, les dures conditions de travail, pour un maigre salaire, entraînent cette migration des médecins généralistes vers l’étranger. Quant aux médecins spécialistes, ce sont des denrées rares au Burundi surtout à l’intérieur du pays. Selon l’annulaire des statistiques sanitaires de 2021, parmi 96 médecins spécialistes qui prestent au Burundi, 65 exercent à Bujumbura.

Tirer des leçons des autres pays

Les autres pays valorisent beaucoup leurs médecins. Notons qu’en France, le gouvernement souhaite créer une carte de séjour spécifique pour attirer les professionnels de santé étrangers. De même qu’en Belgique où le ministre de la Santé publique investira 100 millions d’euros dans les soins sans suppléments en 2023.

Jules propose des pistes pour sortir de ces déboires : « Le salaire de tout médecin prestant au Burundi devrait être augmenté. Un médecin ne peut pas faire du business, car son métier ne le lui permet pas sinon la vie des patients pourrait en dépendre. Autre chose, le salaire devrait être adapté selon les conditions de vie et permettre au médecin de vivre en satisfaisant les besoins de sa famille. »

Bien que certains médecins burundais quittent le pays pour des opportunités d’études, peu d’entre eux ambitionnent de revenir au pays.

En somme, selon le praticien, des mesures doivent être établies pour permettre un retour massif des soignants au Burundi. Il faut donc un salaire décent, un environnement adéquat et des conditions de travail satisfaisantes pour diminuer la charge de travail.

 

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