La fin de l’année 2025 aura été marquée par un drame dans le football burundais : le décès tragique du jeune milieu de terrain Aimé Guéric Igiraneza, survenu le 20 décembre dernier en plein match. Bien que les circonstances exactes de cette mort ne soient pas encore officiellement établies, l’émotion suscitée par ce drame relance la question de la médecine sportive au Burundi, un domaine encore fragile et insuffisamment structuré.
« Il y a une nette amélioration par rapport aux années antérieures », affirme Dr Annick Munezero, vice-présidente de la Commission médicale de la Fédération de Football du Burundi (FFB). Selon elle, il serait injuste de parler d’un vide total (dans le football).
Aujourd’hui, presque toutes les équipes de la Primus League disposent d’un professionnel de santé, et lors des déplacements des équipes nationales Intamba, masculines comme féminines, la présence d’un médecin et d’un kinésithérapeute est obligatoire.
Sur le plan du suivi pré-compétitif, la Commission médicale de la FFB impose désormais une liste d’examens obligatoires, incluant notamment l’électrocardiogramme (ECG) et l’échographie cardiaque, pour les joueurs des équipes masculines et féminines en début de saison.
Le cœur du problème : le dépistage et la prévention
Pour Rosine Kigeme, infirmière au service de réanimation de l’hôpital militaire et ancienne joueuse de basketball au sein des Gazelles, la médecine sportive commence bien avant le terrain. « Un corps musclé n’est pas synonyme de bonne santé », insiste-t-elle.
Selon toujours Rosine, avant tout recrutement, tout joueur devrait passer par un interrogatoire médical approfondi : antécédents personnels, maladies chroniques, historique familial de mort subite, pertes de connaissance à l’effort, asthme, etc. À cela doivent s’ajouter un monitoring régulier des paramètres vitaux, de l’ECG, de l’examen musculo-squelettique, ainsi que des analyses sanguines de base pour détecter d’éventuels troubles métaboliques, rénaux ou hépatiques. « Certaines anomalies ne sont pas visibles à l’œil nu, mais peuvent provoquer des accidents graves, y compris une mort subite », rappelle-t-elle.
Malheureusement …
Dans la pratique, ces évaluations restent irrégulières ou incomplètes, faute de moyens et de culture médicale sportive. Rosine Kigeme demande que le suivi soit annuel, voire plus fréquent en cas de blessure, même lorsque le joueur semble rétabli. « Un joueur peut sembler guéri, mais son corps ne l’est pas totalement. Sans évaluation, la rechute est presque inévitable », fait-elle remarquer.
Elle évoque plusieurs cas vécus en compétition internationale, où des athlètes ont été traités à tort pour une simple fatigue, alors que des examens ultérieurs ont révélé des pathologies sous-jacentes ayant compromis leurs performances, voire aggravé leur état de santé.
Automédication et dopage : des autres risques
Selon Dr Annick Munezero, les entorses de la cheville et du genou, ainsi que les déchirures musculaires, restent les pathologies les plus fréquentes chez les footballeurs burundais. Mais le danger ne se limite pas aux blessures visibles. « Le dopage et l’automédication sont un vrai risque au Burundi », alerte la professionnelle.
La facilité d’accès aux médicaments sans ordonnance expose les joueurs à des substances interdites, parfois consommées par ignorance, mettant en danger leur santé et leur carrière. Le manque de nutritionnistes, de préparateurs physiques et de staffs médicaux complets accentue encore cette vulnérabilité.
Un domaine en retard, faute de formation et de moyens
Les deux intervenantes convergent sur un constat : la médecine sportive burundaise accuse un retard structurel. « Il n’y a pas assez de formations spécialisées », reconnaît Dr Munezero.
Elle appelle à une formation continue obligatoire pour les professionnels de santé travaillant avec les clubs, à l’image de ce qui se fait déjà pour les entraîneurs et les arbitres. Elle encourage également l’autoformation, notamment via des plateformes en ligne et des certifications internationales, comme celles de l’Agence mondiale antidopage.
Autre limite majeure : les moyens. Sur plusieurs terrains, le minimum vital fait encore défaut. « Certains clubs peinent à fournir les médicaments de base à leurs médecins ou kinésithérapeutes, même les jours des matchs. », déplore Dr Annick. Elle propose aussi que les stades soient dotés d’ambulances.
Ce qu’il faut changer, hic et nunc
Face à ces constats, des priorités s’imposent. D’abord, il faut rendre obligatoire un dossier médical à jour pour chaque joueur. Ensuite, systématiser les bilans médicaux complets avant le début des compétitions. Le suivi des blessures doit aussi être renforcé, avec un rôle plus central accordé aux kinésithérapeutes.
Il est également crucial de mieux sensibiliser joueurs et encadreurs aux signaux d’alerte : les douleurs thoraciques, la perte de connaissance, la fatigue anormale qui sont souvent banalisées. Enfin, aucun terrain ne devrait accueillir une compétition sans un dispositif d’évacuation d’urgence fonctionnel, notamment une ambulance prête à intervenir.
Le sport de haut niveau repose sur la performance, mais celle-ci ne peut jamais primer sur la santé. Sans un encadrement médical solide, structuré et réellement opérationnel, le sport burundais continuera d’exposer ses athlètes à des risques pourtant évitables.

Le domaine de la santé au Burundi est en arrière ce qui signifie que ce n,est pas les clubs sportifs qui en soufflent seulement c,est toute la population Burundaise.
Au Burundi,Peu de gens se rendent chez les spécialistes de la santé pour faire des dépistages enfin de connaître leur état de santé.Ils pratiquent l,automédication ce qui aggrave leur santé.Il serait mieux que tous les intervenants en matière sanitaire fassent des sensibilisation à la population pour éviter l,automédication d,une part et d,autre part que le gouvernement interesse les spécialistes de la santé pour reste au Burundi pour y travailler.