Les déclarations de Kadja Nin, la célèbre chanteuse burundaise de renommée internationale ont créé des remous. Alors qu’elle participait au médiatique événement #KwitaIzina, elle a laissé entendre qu’elle a choisi le Rwanda pour y finir ses vieux jours. Il n’en fallait pas plus pour créer une polémique qui a embrasé la toile, certains l’accusant de trahir ses origines, d’autres défendant sa position. Mais fallait-il vraiment s’écharper pour autant sur une question relevant exclusivement de sa vie privée ?
This burundian life has no balance; wallah ! Comme quoi célébrer tranquillement un seul week-end, sans polémique ni controverse, est un impossible burundais.
Alors que les Bujumburois célèbraient doucement leur week-end, au rythme de #IzubaFest, les Kigaliens (habitants de Kigali) vivaient aussi le leur avec #KwitaIzina. Tout se passe bien jusque-là. C’est à partir du moment où l’ancienne star de la musique burundaise Kadja Nin a fait son apparition dans les festivités que tout est parti en vrille.
Les réseaux sociaux burundais se sont activés, les groupes whatsapp s’enflammant. « Kadja Nin vient de se naturaliser rwandaise » ; c’est le message qui se relayait dans plusieurs groupes. Comme d’habitude, les camps se sont vite dressés. D’une part, ceux qui désapprouvent le choix de cette sexagénaire burundaise et, d’autre part, ceux qui la soutiennent. Au milieu des deux, il y en a ceux qui, comme moi, n’ont pas d’avis tout tranché sur le sujet dans un premier temps ; et qui observons seulement comment le débat se chauffait aussi rapidement.
Un choix, mille maux
Selon ceux qui sont d’accord avec Kadja Nin, le choix se justifie par le fait qu’au Burundi, la situation économique et sociale ne cesse de se dégrader du jour au jour. Pour citer un membre d’un des groupes auxquels je participe, R.N, « Les opportunités sont très réduites vraiment. Je ne la condamnerais pas. » Un autre de renchérir, avançant que ceux qui se sont opposés au troisième mandat de feu président Nkurunziza éprouvent toujours la peur de rentrer au pays, craignant la réaction des pouvoirs en place ; en kirundi, « Abantu bazwi nka Kadja Nin, qui se sont opposés au 3ème mandat, ntibashobora gutaha batabanje kurondera président, bakishikana, bagasaba imbabazi […] Hanyuma n’ivyo gutaha kuba mu Burundi, … sinzi ko wewe wumva uri muri sécurité 100%, mais hari des catégories de Burundais batinya même les réactions du pouvoir à un moment ou un autre, bibaza ko umunsi umwe bashobora gusanga bafashwe […] »
Du côté de ceux qui s’opposent à ce choix, ils cherchent à comprendre réellement ce qui aurait poussé une figure comme Kadja Nin à opérer un choix qu’ils qualifient de radical. B.S à la charge : « Jewe n’ubu inyota ntirahera yo kugerageza gutahura au moins ikintu coba caratumye ashika aho afata iyo ngingo iri très radicale, kuko iri plus lourde umuntu avyiyumviriye neza. »
La même personne poursuit, arguant que la décision de Kadja Nin aurait été prise sous le coup d’émotions et qu’elle pourrait, tôt ou tard, la reconsidérer.
Les internautes n’ont-ils pas raté la coche ?
Évidemment, cette polémique a dû atterrir dans les oreilles de Kadja Nin. Elle a vite répliqué dans un post instagram : « J’ai quitté le Burundi voilà 50 ans… j’avais à peine 16 ans ! […] j’aurais tant aimé poser définitivement mes valises à Ruvyagira (Gitega) où je suis née, un lieu cher à mon père mais, ce Burundi-là n’existe plus et nul ne me contredira à ce propos. »
Mais, chers compatriotes Burundais, acceptons-le, nous sommes intraitables. Avant d’aller chercher l’une ou l’autre explication d’un pour ou un contre à la décision de cette célébrité, c’est avant tout une question de droit. Pourquoi ne pas juste nous en limiter au fait que chaque citoyen (du Burundi ou du monde entier) a la liberté de circuler, de s’établir ou de résider dans le lieu de son choix, en accord avec la loi et dans le respect de l’ordre public ; en vertu de l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme ?
Les uns et les autres s’emportent peut-être parce qu’il s’agit de Kadja Nin, une célébrité, un symbole de l’art et la musique burundaise. Mais là aussi, j’y trouve un procès injuste. Kadja Nin a choisi le Rwanda. Quid des milliers de médecins burundais qui choisissent l’Europe ? Ceux qui choisissent le Canada ? Les centaines de milliers de Burundais qui s’inscrivent chaque année à la loterie « Green Card » pour une nationalité américaine ? Je laisse de côté le débat sur ce que fait le Burundi pour que ses enfants, une fois à l’extérieur, continuent à se sentir tous les bienvenus chez eux.
Laissons donc Kadja Nin mener tranquillement sa vie, où mieux cela lui semble, comme elle le demande d’ailleurs. C’est avant tout son droit le plus absolu.
