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Indifférence vis à vis du sort des animaux errants

Dans les rues bondées de la capitale comme dans les ruelles calmes des quartiers périphériques, il n’est pas rare de croiser un chien ou un chat errant, souvent maigres, parfois malades, parfois blessés. Beaucoup vivent dans l’ombre, attendant le crépuscule pour aller chercher de quoi se mettre sous la dent dans les poubelles ou les résidus des centres de négoces et des bars. Quelle est la relation des Burundais avec les animaux de compagnie ? Un blogueur s’interroge.

Il y a pire. L’indifférence atteint son paroxysme avec la vue choquante de ces animaux percutés par des véhicules et laissés gisant sur le goudron. Leurs carcasses y restent, entrant en décomposition, jusqu’à se coller à l’asphalte, sans qu’aucun passant, aucun service habileté ne puisse venir débarrasser l’endroit. En contraste, dans d’autres ménages, les animaux domestiques sont entretenus avec grand soin. Dans ces foyers, souvent étiquetés comme celui des nantis, ces animaux n’ont pas qu’un rôle de gardiennage ; le terme d’animal de compagnie prend tout son sens, car on les considère comme des soutiens thérapeutiques, des sources de confort, ou sont destinés à l’élevage de race (breed).

Mais quel est vraiment le rapport de ces animaux de rue ou semi-domestiques (oui, il y en a qui errent parce que peu ou pas bien entretenu, mais rentrent) avec les gens qu’ils côtoient à longueur de journée de loin ou de près ? Quel cadre de notoriété publique se charge et avec quelles mesures, des questions relatives à ces animaux ? Dans ce bout de papier, j’essaie de voir les relations ménagères des Burundais avec ces animaux, en remontant le fil du temps jusqu’à l’ère moderne, en essayant de faire un parallélisme avec d’autres communautés.

Un lien culturel brisé, une tradition obsolète

Si l’on se fie aux récits historiques et à la riche tradition burundaise, on constate que nos ancêtres entretenaient une relation étroite et empreinte de respect avec les animaux. Ces derniers, qu’ils soient du bétail (bovins, ovins, caprins) ou des animaux utiles au foyer et à la ferme, jouaient un rôle essentiel. Par exemple, le chien était le compagnon du chasseur, le gardien des maisons et le protecteur du foyer. Quant au chat, bien que moins présent dans le folklore, il agissait comme un « gendarme » discret des provisions, protégeant le Rugo traditionnel contre les rongeurs nuisibles.

Fast forward now…

Aujourd’hui, cette relation ancestrale semble s’être abruptement rompue. Le tumulte de l’extension urbaine, où les maisons se serrent les unes contre les autres, fait de la domestication d’animaux, autres que ceux de la ferme, un luxe ou un dédain, faute d’espace et de moyens adaptés. Combinée à la précarité économique qui limite sévèrement les « bouches à nourrir », et à la quasi-inexistence d’un cadre de suivi et de prise en charge public, cette situation mène à une dégradation visible du rapport aux animaux domestiques.

La conséquence la plus amère de ce manque de considération est la prolifération de chats et de chiens qui errent dans les rues de Bujumbura, souvent sans abri et sans source de nourriture stable. Ce désarroi engendre des comportements qui confinent à la cruauté, comme l’a observé un blogueur de Yaga Burundi : « J’ai vu des gens les chasser, les frapper, leur jeter des pierres. Ce n’est pas un comportement humain. »

Sans exiger des lecteurs la même sensibilité que ce blogueur, l’exercice d’un minimum de compassion et d’humanité pourrait grandement améliorer la situation : cela se traduirait par des gestes simples, comme ne pas malmener ces animaux sauf en cas de danger immédiat, et les nourrir s’il le faut et là où c’est faisable, réduisant ainsi leur errance et le vandalisme des poubelles et les scènes macabres d’animaux percutés. Toutefois, la responsabilité première reste institutionnelle dans l’établissement d’un cadre public de suivi, solide et réellement appliqué.

Le vide légal

La Déclaration Universelle des Droits de l’Animal stipule, dès son premier article, que « Tout animal a des droits égaux à l’existence dans le cadre des équilibres biologiques. » Ce principe fondamental du respect de la vie est la pierre angulaire des cadres de protection animale dans bien des villes du monde : lois contre la maltraitance, services vétérinaires spécialisés, refuges et régulations strictes sur l’abandon ou la négligence des animaux. Au Burundi, la Loi N°1/21 du 4 octobre 2018 a marqué un pas important en régulant la stabulation permanente et l’interdiction de la divagation, notamment pour des raisons de productivité et de santé publique. Cependant, les animaux domestiques ou de compagnie sont les « enfants pauvres » de ce cadre protecteur, qui est au grand avantage des animaux du grand bétail, jugés essentiels pour le complexe agroalimentaire et financier.

Un système de soins critique et inadapté

Au-delà du cadre légal défaillant, les infrastructures et les services dédiés aux animaux domestiques sont dans un état critique. L’exemple le plus alarmant est l’existence d’un seul Laboratoire national vétérinaire (LNV) de renom dont la capacité d’accueil, de prise en charge et de traitement pour la diversité des animaux domestiques est largement insuffisante. Il suffit d’imaginer le nombre de ménages possédant des animaux à Bujumbura pour mesurer l’énormité du défi : il n’est pas rare de voir des propriétaires acheminer leurs chiens sur des kilomètres, en laisse, pour obtenir des soins ou même un simple lavage.

Cette situation est exacerbée par un manque criant de personnel qualifié : malgré la présence d’écoles techniques, peu de techniciens s’orientent vers les options vétérinaires, et ceux qui obtiennent des bourses d’études à l’étranger s’orientent souvent vers d’autres filières ou ne reviennent pas, laissant un vide d’expertise. À cela s’ajoute le problème fondamental de l’alimentation : le manque d’aliments spécifiquement adaptés aux besoins de ces animaux (les chiens ne sont, par exemple, pas censés survivre uniquement de patates douces ou de riz) est criant.

Pourquoi cela devrait-il nous préoccuper ?

L’indifférence face au sort des animaux domestiques n’est pas qu’une question de sensibilité ou de morale individuelle : c’est une question de santé publique, de dignité collective et d’humanité. Des animaux errants, blessés ou malades dans nos rues ne sont pas seulement un spectacle de désolation ; ils constituent un risque sanitaire potentiel pour la population. De surcroît, la manière dont une société traite ses créatures les plus vulnérables, qu’elles soient humaines ou animales, est un miroir de son niveau de civilisation. Leur maltraitance ou leur négligence reflète un manque de compassion généralisé. Donner de la place à ces êtres vivants, c’est revient à asseoir une image d’un Burundi plus compatissant, plus civilisé et plus respectueux de tout le vivant. Comme l’a si bien dit le coup de cœur du blogueur de  Yaga  : « …aimer et prendre en charge un animal de compagnie, c’est accepter une responsabilité, mais le bonheur, le confort et la sérénité qu’il apporte en retour valent largement cet effort… »

Et si on changeait d’attitude ?

Le changement commence par une prise de conscience individuelle et se poursuit par des actions institutionnelles. Sans ignorer les difficultés socio-économiques, chacun de nous peut adopter une nouvelle attitude pour inverser la tendance de l’indifférence : cela passe par des gestes concrets comme ne plus ignorer les animaux errants en leur offrant, si possible, de la nourriture, de l’eau, ou un abri temporaire ; cela implique aussi d’accueillir et de s’occuper d’un animal de compagnie avec respect et responsabilité ; et surtout, cela exige de refuser toute forme de violence, ni pierres, ni coups, ni abus, car, comme tout être vivant, l’animal mérite le respect. Parallèlement à ces actions citoyennes, il est impératif de plaider pour un cadre légal de protection animale solide, incluant des lois claires, des refuges fonctionnels, des services vétérinaires adaptés et des programmes efficaces d’identification et de soins.

 

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