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L’enseignement privé se nourrit de la défaillance de l’école publique

Mercredi 24 janvier, nous célébrions la journée internationale de l’éducation. Au Burundi, ce secteur est devenu une arène où s’affrontent l’enseignement public et privé, avec un engouement pour l’école privée. Pourquoi cette situation ne pousse-t-elle pas l’école publique vers l’excellence scolaire ?

En se basant sur le plan Sectoriel de l’Education au Burundi 2022-2030 qui a pour objectif de servir de référence en tant qu’outil de planification, et à promouvoir l’accès de tous à une éducation de qualité, les indicateurs nous montrent que les enquêtes auprès des ménages confirment la faible rétention du système éducatif burundais. En effet, les taux d’accès en 2018 sont de 94 % en ce qui concerne l’admission au fondamental, 36 % pour l’achèvement du fondamental et 14 % pour l’achèvement du post-fondamental. 

Ces résultats ne sont pas satisfaisants par rapport à d’autres pays qui ont le même système. Cette situation est l’expression d’une série de problèmes qui ronge le secteur public de l’enseignement, donnant raison aux parents qui décident de mettre leurs enfants dans les écoles privées.

Pourquoi cet engouement pour l’enseignement privé ?

Dans ce plan sectoriel, il y a l’absence d’une structure ou programme de suivi et d’accompagnement des élèves, hormis les enfants en situation de handicap ou avec un autre problème particulier. Pourtant, c’est le grand besoin de la formation actuelle malgré l’effectif élevé. Récemment, j’ai visité une école catholique privée, où on m’a raconté l’histoire d’un enfant qui, une fois en classe, perdait tout élan de travail. Il restait muet, même lorsque l’enseignant lui demandait quelque chose. Les parents de l’enfant ont été convoqués pour traiter le problème, mais en vain. L’école a pris la situation en main, en demandant à une psychologue de s’occuper de ce cas. Après 3 mois, l’enfant a réussi à sortir de son mutisme. On avait trouvé qu’il souffrait de la situation familiale surtout les malentendus qui se trouvaient entre ses parents. 

Qui pourrait dire qu’avoir un psychologue à l’école est superflu ? Cela fait partie d’un processus de suivi et d’accompagnement dont nos écoles burundaises ont besoin. En plus, nous sortons d’une situation de crise, où il devrait y avoir le souci de former une génération nouvelle qui n’a pas ce mauvais héritage lié au passé tragique de notre pays. Cela demande un service de suivi spécialisé à côté d’un suivi rigoureux qui doit être assuré par les enseignants. 

Par ailleurs, l’école privée a ses qualités morales et disciplinaires qu’elle vante : être strict moralement, promettre aux parents de mettre en sécurité leurs enfants en les gardant, en les surveillant et en les sanctionnant en cas d’indiscipline. Voilà les plus grandes raisons qui motivent souvent cet engouement.

Ecole privée, une cage dorée ?

A vrai dire, il serait difficile de croire que les simples performances de l’enseignement privé seraient les mobiles de cette mutation. Pour ma part, j’y vois plutôt une autre raison profonde qui est ce sentiment de se retrouver entre les gens de bonnes familles, entre enfants de haut fonctionnaires et haut gradés. Il y a en effet, le rêve de l’entre soi de classe, une sorte d’école résidentielle différente des autres, à en croire Bernard Lahire, sociologue au CNRS, auteur de « Enfances de classes. De l’inégalité parmi les enfants, Seuil 2019 ». Même au Burundi, nous tendons vers le modèle états-unien de l’école publique pour ceux (les plus pauvres) qui n’ont d’autres choix que la gratuité de la scolarisation.

Cependant, nous gardons une lueur d’espoir, car il existe certaines écoles publiques, mais sous convention (les lycées et petits séminaires), qui fonctionnent sur les mêmes bases que les écoles privées avec les mêmes performances ou plus. Certes, vu la situation de l’école publique au Burundi, les écoles privées sont plus convoitées par toute personne qui a des moyens et qui veut investir dans l’éducation de ses enfants. 

Une culture de l’excellence dans l’école publique

L’école doit être une priorité de toutes les politiques du gouvernement. Pourtant, on se demande si ces réformes vont aboutir, si nos dirigeants n’ont pas d’enfants dans l’écoles publiques. Dernièrement, la nouvelle ministre française de l’éducation nationale, Amélie Oudéa-Castera, a été critiquée pour le choix du privé pour ses enfants et que ses réformes ne seraient qu’une hypocrisie. De toutes les manières, l’éducation de qualité dans l’école publique doit être une priorité. Cette culture d’excellence doit aussi se manifester par une pratique d’octroi des bourses disparue dans beaucoup d’écoles publiques qui, pourtant encourageait les lauréats lambda ainsi que leurs cadets. 

Espérons qu’avec le budget porté à la hausse de 499,1 milliards de BIF dans le secteur de l’éducation exercice 2023/2024 par rapport au 354,0 milliards de francs bu de l’exercice 2023/2024, nous atteindrons pas mal d’objectifs .

Alors, faut-il préconiser une refonte de l’école publique au Burundi ? En s’interrogeant sur les apports de l’école privée, c’est une façon de pointer du doigt les logiques à dépasser qui sous-tendent aussi l’enseignement public.

 

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