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Les employés de maison : « Uwambaye ikirezi ntabona ko cera »

Umuboyi, umuyaya, le groom… autant de termes utilisés pour désigner nos employés de maison. Ces personnes, souvent peu ou pas scolarisées, se contentent de cet emploi qui leur apporte bien des déboires. Du mépris à l’exploitation, leur importance n’est reconnue que le jour où ils ne sont plus là, lorsque le patron se retrouve obligé de se débrouiller. Cette blogueuse partage son ressenti.

« Mabuja, narinkeneye gufata ikonji nje kuraba umugore » (Madame, je voudrais prendre un congé pour aller voir ma femme). Cette phrase me tire subitement de ma rêverie. C’est *Claver, mon employé de maison, qui la prononce. La première pensée qui me vient à l’esprit est que je n’ai pas de nounou. Si celui-ci part, il va falloir que je m’occupe de tout, toute seule. Je le regarde, et sa mine insistante me fait flancher. Je lui accorde alors cinq jours, car je ne peux pas me permettre de lui en accorder plus.

Je demande ainsi un congé en urgence au travail, et rapidement je me mets aux fourneaux. Tout ce dont je me souviens, c’est que ces cinq jours font partie des plus fatigants de mon existence. Entre garder un œil sur la casserole pour éviter de brûler le déjeuner, et astiquer la maison, sans oublier de me couper les doigts en faisant la lessive, je soupirais à chaque instant en attendant le retour de mon groom.

C’est après cela que j’ai remarqué la grande place, pas toujours valorisée, qu’occupent les employés de maison dans nos quotidiens.

Silence face au mépris

Hé, toi, fais plus vite ! Pourquoi tu traînes autant ? C’est quoi ce riz, c’est de la bouillie ou quoi ? Toutes ces invectives, les unes plus blessantes que les autres, parsèment le quotidien de ceux qu’on appelle « boys » et « bonnes ». Ils entendent les mêmes remarques humiliantes et révoltantes, et se prennent parfois des coups – eh oui, j’ai été choquée d’apprendre que certains patrons frappent leurs domestiques – tous les jours, et ce en silence, de peur de perdre leur emploi.

Et nous, employeurs, donnons toujours les mêmes raisons pour justifier notre mauvais traitement et la misère de leurs salaires : « On les nourrit, on les loge, on les soigne… ne devraient-ils pas être plus reconnaissants ? » Quelle blague ! Et nous, au travail, on nous paie dix fois plus, on couvre la quasi-totalité de nos frais de santé, mais on ne nous traite pas de la même manière. Ne sommes-nous pas tous des employés ? Oui, pensent certains, mais eux sont des bas de gamme. Des bas de gamme peut-être, mais ils tiennent nos vies entre leurs mains.

Des piliers qui méritent reconnaissance

Ils se lèvent à l’aube, préparent le petit déjeuner, lavent la/les voiture(s) s’il y en a, vont au marché sous un soleil de plomb ou bien sous la pluie, rentrent préparer la nourriture qui doit être prête à midi tapante, sinon monsieur, qui est rentré pour sa pause-déjeuner, est fâché. Et entre ces mille et une occupations, il faut aussi ajouter les piles de vêtements à laver, la maison à nettoyer et bien d’autres tâches.

Toutes ces activités, si le/la malheureux(se) venait à en avoir marre et s’en aller, retomberaient sur nous, et ce n’est qu’alors que nous nous rendons compte de l’importance qu’avait Eric, Justin ou Joceline dans nos vies. Mais sérieusement, est-ce si compliqué de dire un mot gentil, de faire un compliment pour un plat bien préparé, de proposer un salaire décent ?

De mon côté, je me suis promis une chose : je vais traiter tous ceux que j’emploie de la manière la plus bienveillante possible. Et vous, vous vous engagez à quoi ?

 

* : nom d’emprunt

 

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