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Butanyerera : les Pays-Bas s’en vont, les résultats restent

Les 4 et 5 juin 2026, une visite de terrain dans la province de Butanyerera a réuni bailleurs, partenaires d’exécution et autorités locales autour d’un même objectif : mesurer ce qui a été construit, et décider de ce qui mérite de continuer, dans le programme de santé sexuelle et reproductive, financé depuis une douzaine d’années par l’ambassade des Pays-Bas au Burundi. Un terrain qui parle, mieux que les rapports.

Fermer une ambassade, cela ne devrait pas vouloir dire effacer ce qui a été fait. C’est en tout cas la philosophie affichée par les Pays-Bas au Burundi, alors que leur représentation diplomatique à Bujumbura s’apprête à tirer la révérence en juillet 2027. Plutôt qu’un retrait discret, ils ont choisi une sortie structurée : documenter les acquis, organiser la passation, et s’assurer que les programmes engagés, notamment en santé sexuelle et droits y relatifs (SSRD), ne s’éteignent pas avec leur départ.

Ted Hunnik, chef de coopération à l’ambassade des Pays-Bas au Burundi, lors de l’audience avec le gouverneur de Butanyerera, résume l’état d’esprit : « En tant que partenaire sérieux, nous avons décidé de clôturer notre présence physique au Burundi de manière responsable et structurée, notamment en appuyant la pérennisation des réalisations, mais également en passant le relai à d’autres partenaires qui vont rester comme l’Union Européenne, qui va poursuivre l’appui après notre départ. »

C’est l’Union Européenne qui prend donc le relais, intégrant cet axe, visant le maintien des jeunes filles à l’école. Une délégation large, réunissant des représentants de l’ambassade des Pays-Bas, de la Délégation de l’UE, de l’Agence Française de Développement (AFD), ainsi que des partenaires de mise en œuvre comme CARE International, Ipas, DKT International, UNICEF, UNFPA, et des organisations locales dont AJEBUDI-YAGA et Alfajiri WHET, a sillonné le terrain pendant deux jours aux côtés des autorités administratives provinciales et communales, et des cadres des ministères de la Jeunesse et de la Santé.

Butanyerera : une province choisie, pas par hasard

Photo de famille de la délégation Turikumwe avec le gouverneur de Butanyerera

La délégation commence par une rencontre avec le gouverneur de Butanyerera, monsieur Victor Segasago. Le ton est donné d’emblée : cette province n’a pas été choisie par défaut. Elle a été identifiée précisément parce que les besoins en santé-population y sont réels, documentés et après une série de concertation avec les ministères sectoriels.

Le gouverneur ne cache pas sa satisfaction : « Nous saluons l’appui constant des partenaires techniques et financiers dont les efforts visent l’amélioration des conditions de vie des jeunes dans notre province. Nous vous réaffirmons l’engagement de l’administration provinciale à accompagner toutes vos initiatives, car elles apportent une contribution évidente à l’épanouissement de la jeunesse, pilier essentiel du développement durable du Burundi. »

À la radio Buntu : quand l’information devient un outil de santé

Echanges entre la délégation Turikumwe et la direction de la RTV Buntu.

La délégation se rend ensuite à la radio-télévision Buntu, vitrine de l’axe communication du programme, dont AJEBUDI-YAGA assure le lead. Ce que cette étape révèle, c’est l’ampleur et la sophistication de l’approche déployée.

D’un côté, une stratégie radio pilotée en partenariat avec l’Association des Femmes Journalistes (AFJO) : sept stations de radios communautaires mobilisées, dont quatre à couverture locale dans Butanyerera et trois à couverture nationale. Ces stations ont bénéficié d’un renforcement technique pour produire et diffuser des programmes de qualité sur les thématiques de santé-population. De l’autre, une stratégie digitale reposant sur la création et la diffusion de contenus sur les plateformes en ligne, pour atteindre les internautes burundais sur l’ensemble du territoire. Résultat : des millions de Burundais interagissent régulièrement avec des contenus qui leur parlent de leur santé sexuelle et reproductive.

Spageon Ngabo, Directeur Exécutif d’AJEBUDI-YAGA, met en perspective les enjeux démographiques qui rendent cette approche nécessaire : « Butanyerera compte 2,53 millions d’habitants, avec des pics de densité notamment dans les nouvelles communes de Kayanza et de Ngozi. La gestion des dynamiques démographiques dans un tel contexte exige des stratégies et des investissements conséquents. C’est pourquoi AJEBUDI-YAGA a proposé cette approche multicanale, procédant par les radios communautaires et les plateformes digitales, tout en veillant aussi à ce que cette communication ne soit pas à sens unique. De façon réciproque, les audiences font remonter leurs besoins en informations aux professionnels des médias, et ces derniers y répondent en mettant à disposition une information factuelle sur tous les canaux et sous plusieurs formes. »

Ruhororo et Kayanza : des chiffres qui parlent, des vies qui changent

Centre Jeune Ruhororo. La délégation rend visite au stand des serviettes hygiéniques réutilisables fabriquées par les jeunes.

Au centre de santé de Ruhororo, puis au centre jeune de la même localité, CARE International et les partenaires comme Ipas ont présenté les résultats de leur approche : un réseau social communautaire reliant école, formation sanitaire et communauté. Une réduction mesurable des grossesses précoces, un accroissement de l’adhésion à la contraception, des cas de VBG mieux détectés et pris en charge. L’idée centrale de ne laisser personne en arrière s’incarne ici dans une mécanique simple, mais concrète : quand l’école, le centre de santé et la communauté parlent le même langage et se parlent vraiment, les filles et les jeunes femmes s’en sortent mieux. Ce que ces partenaires qualifient de « réseautage sociocommunautaire ».

Cérise sur le gateau ; ces centres jeunes offrent, en plus du module sur la santé, un autre module sur l’entrepreneuriat, permettant ainsi aux jeunes d’être organisés en groupements d’épargne et de crédit, pour des activités génératrices de revenus. De l’agri-élevage à la transformation des produits agro-alimentaires, les activités sont variées. Ce jour-là, les jeunes entrepreneurs n’ont pas manqué d’exposer et vendre sur la même occasion la production de leurs activités respectives. Comme quoi une bonne santé sexuelle et une société plus juste ne sauraient autrement l’être en situation de précarité économique.

Même cadence dans la zone Kayanza, où l’encadrement des communauté dans l’approche psychosociale promue par Alfajiri-WHET a permis d’enregistrer des progrès considérable dans la réduction des cas de violences faites aux femmes et aux filles. Comme pour valider les témoignages des femmes et des filles ayant bénéficié de l’accompagnement d’Alfajiri-WHET par le biais du centre Seruka, le responsible provincial du département Genre et Droits humains témoigne : « Avant votre venue dans les communautés de cette zone de Kayanza, celle-ci battait toujours des records, en se retrouvant dans les trois premières places du classement de la prévalence des cas de VBGs. Cette année par exemple, dans le rapport de janvier à mars, la zone Kayanza ne se classe plus dans les premières places. »

Ngozi : clinique Rehoboth, cinq collines, une réponse complète

Jeunes ambassadeurs et agents de santé au CDS Ruhororo.

La clinique Rehoboth de Maridadi, à Ngozi, appuyé par DKT International, dessert cinq collines environnantes. L’approche repose sur trois piliers : informer les communautés, former les prestataires de soins sur le planning des grossesses pour une bonne santé, et garantir l’approvisionnement en commodités essentielles.

Pour le docteur Dolly Nsenga, représentant-pays de DKT International, ces trois pilliers constituent une réponse pensée pour des contextes où l’accès aux services reste un obstacle quotidien. Concrètement, raconte-t-il, « des jeunes ambassadeurs sont formés et informés sur les sujets de santé sexuelle et reproductive. Ils descendent ensuite, aux côtés des agents de santé communautaire, au fin fond des collines pour faire du porte-à-porte, répandant la bonne nouvelle des bienfaits d’une bonne planification des naissances. »

L’école comme dernier rempart

Des élèves responsables du club santé au Lycée Technique Kayanza et Nicole Rasolo de l’ambassade des Pays-Bas au Burundi.

La visite se poursuit à l’École Technique de Kayanza, une des écoles bénéficiaires d’un appui des Pays-Bas à travers les agences des nations unies dont UNICEF et UNFPA, où l’intégration des modules sur la prévention des grossesses précoces dans les curricula scolaires a produit des résultats qui parlent d’eux-mêmes. Le directeur de l’établissement témoigne avec une sobriété qui dit tout : « Cette année scolaire 2025-2026, notre école n’a enregistré aucun cas de grossesse, alors que toutes les années précédant ce programme, de tels cas étaient toujours rapportés. Ce qui témoigne de l’impact de vos interventions. »

Zéro grossesse. Un chiffre simple, derrière lequel se cachent des trajectoires de vie préservées.

Le périple a également rallié la pharmacie du district sanitaire Kayanza. Là, la gestionnaire du nom de Fortune Ntunga démontre avec brio comment la digitalisation des chaînes d’approvisionnement en contraceptifs et des produits de santé a révolutionné la vie des formations sanitaires, ainsi que la traçabilité de ces commodités, grâce au logiciel eLMIS MEDEXIS, intégré avec l’appui d’Iplus solutions et du ministère de la Santé.

Le relais est pris

Poignée de main entre le chef de coopération Ted Hunink et le gouverneur Victor Segasago.

Au terme de ces deux journées, Madame Giulia Trevisson, chargée du portefeuille Déplacements forcés et Genre au sein de la Délégation de l’Union Européenne au Burundi, traduit l’engagement de son institution en termes clairs : « Nous avons beaucoup apprécié le travail de tous ces partenaires, grâce á cet appui des Pays-Bas. C’est pourquoi nous avons décidé de continuer à les appuyer, pour que ce travail louable ne soit pas interrompu. »

Ce que cette visite dessine, au fond, c’est une cartographie de ce qui fonctionne et de ce qu’il serait coûteux d’interrompre. « La passation entre les Pays-Bas et l’Union Européenne ne sera donc autre chose qu’un transfert administratif », avait tôt répondu M. Ted Hunik au Gouverneur Victor Segasago, quand ce dernier a posé la question de savoir ce qui pourrait changer avec le passage de relai des Pays-Bas à la délégation de l’Union Européenne.

 

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