Parti de presque rien, Edward Nyandwi est aujourd’hui à la tête d’une florissante entreprise agricole à Busoni, dans la province de Butanyerera. Grâce à son esprit d’initiative et à sa résilience, cet agriculteur visionnaire a créé plus d’une centaine d’emplois, redonnant ainsi espoir à de nombreuses familles autrefois plongées dans la précarité.
Edward Nyandwi, surnommé « Myasiro », est un agriculteur exemplaire et autonome dont le parcours est marqué par la persévérance. Né en 1992 dans l’ancienne province de Kirundo, au sein d’une famille modeste de neuf enfants, il a rencontré de nombreuses difficultés pour poursuivre ses études. Ses parents, déjà âgés, ne pouvaient subvenir aux besoins de toute la famille. Dès son plus jeune âge, Edward Nyandwi s’est lancé dans l’agriculture afin de financer ses fournitures scolaires. Par la suite, il a abandonné l’école pour venir en aide à ses frères. Parallèlement, il s’est essayé à diverses activités : travail dans la restauration, transport de taxi-vélo et autres petits métiers. Il cultivait également des champs pour le compte d’autrui, en échange d’une rémunération. Grâce à ses économies, Nyandwi a ensuite commencé à louer des lopins de terre. Ses efforts ont rapidement été couronnés de succès. Il est ainsi parvenu à récolter près de quatre tonnes de haricots dits « jaunes », une denrée particulièrement prisée par les ménages aisés. En 2009, il s’est consacré à la culture des oignons et en a récolté quatorze tonnes.
Toutefois, il a par la suite abandonné l’agriculture. Animé par le désir de découvrir de nouveaux horizons et de rencontrer de nouvelles personnes, ce jeune homme entreprenant s’est tourné vers la restauration. C’est d’ailleurs dans ce milieu qu’il a été surnommé « Myasiro », un sobriquet qui l’accompagne encore aujourd’hui. À la tête de son restaurant, il a également développé des activités commerciales. Son entreprise a alors connu un essor considérable. Néanmoins, après mûre réflexion, il a constaté que cette activité lui permettait uniquement de subvenir aux besoins de sa famille, sans pour autant bâtir une véritable entreprise d’envergure. C’est alors qu’il s’est dit qu’il faut accomplir quelque chose pour le pays. Animé par cette conviction, il a saisi l’occasion de voyager en Tanzanie, au Rwanda, au Kenya et en Ouganda pour acquérir de nouvelles connaissances et d’élargir ses horizons. Entre-temps, cela faisait déjà douze ans qu’il avait quitté l’agriculture.
Un retour transformateur
En 2020, Edward Nyandwi décide de retourner à la terre et prend une décision radicale : vendre son commerce et sa voiture pour investir dans l’agriculture. Il achète ainsi 16 hectares de terres au bord du lac Cohoha. Son constat est simple : à Kirundo, à cause de la sécheresse, les récoltes sont souvent médiocres. Face à cette réalité, le jeune visionnaire introduit l’irrigation à l’aide de motopompes, une première dans la région. Grâce à cette innovation, ses récoltes deviennent abondantes, même en saison sèche. Aujourd’hui, ses champs produisent des oignons, des tomates, des pastèques, du maïs et des haricots qu’il commercialise jusqu’à Bujumbura.
Edward Nyandwi présente des chiffres éloquents : « Nous employons plus d’une centaine de travailleurs, dont 50 journaliers ainsi qu’un personnel logé sur place. Lors des récoltes, nous obtenons plus de 50 tonnes d’oignons, 30 tonnes de tomates et d’importantes quantités de pastèques. Quant aux autres produits, les gens viennent directement sur place pour les acheter et les consommer. Nous pouvons récolter jusqu’à 30 tonnes de maïs et une vingtaine de tonnes de haricots. Il arrive que cinq camions Fuso soient chargés d’oignons, de tomates et de maïs. Par ailleurs, si nous produisons 50 tonnes de riz, nous pouvons générer un revenu de 150 millions de BIF. Toutefois, une fois les frais déduits, nous pouvons réaliser un bénéfice de 40 millions de BIF par trimestre. »
Un impact communautaire remarquable
Au-delà des chiffres, c’est surtout l’impact social de son initiative qui impressionne. Les habitants de cette localité apprécient particulièrement les actions du jeune agriculteur, qui leur apporte un soutien précieux. En effet, Nyandwi emploie plus d’une centaine de personnes, parmi lesquelles des veuves et des orphelins. Les salaires mensuels, compris entre 100 000 et 150 000 BIF, permettent ainsi à de nombreuses familles de survivre.
Ntihabose Marie Rose, veuve originaire de Rwibikara de la commune de Busoni (province de Butanyerera), exprime sa reconnaissance : « Je suis venue avec mes deux enfants adultes. Il nous a donné des terres à cultiver sans rien exiger en retour. Je lui ai demandé de m’acheter des tôles avec l’argent que j’avais gagné afin de construire notre maison. » Un autre employé témoigne également : « Avant, nous ne prenions qu’un seul repas par jour. Aujourd’hui, j’ai pu construire une maison couverte de quinze tôles. Auparavant, je vivais dans une hutte. J’ai toujours voulu travailler dans le domaine agricole ; c’est ici que j’apprends le métier. »
Attentif et à l’écoute des autres, Edward Nyandwi intervient souvent pour aider à résoudre les problèmes de sa communauté, agissant ainsi comme un véritable leader. De plus, il n’hésite pas à conseiller les jeunes qui souhaitent se lancer dans l’agriculture. « Si vous disposez d’une parcelle située près d’un point d’eau, vous pouvez cultiver des oignons. En revanche, si votre terrain se trouve sur une colline, vous pouvez y cultiver du maïs. La culture de l’oignon est plus rentable que celle du maïs, car, une fois récoltés, les oignons nécessitent peu d’entretien. » Les autorités locales saluent également son initiative. Selon elles, les travailleurs sortent progressivement de la pauvreté et de nombreuses maisons en matériaux durables sont désormais construites.
Hatari Tharcisse, responsable communautaire à Gisenyi, estime qu’Edward Nyandwi a sauvé la communauté en offrant du travail à ceux qui dépendaient auparavant de l’aide extérieure. Il témoigne : « Ceux qui sollicitaient constamment notre aide travaillent désormais chez Edward Nyandwi et n’ont plus besoin d’être secourus. Il a véritablement sauvé la communauté. C’est un héros », renchérit-il.
Enfin, l’initiative de Nyandwi inspire déjà d’autres agriculteurs, qui commencent à adopter ses techniques d’irrigation. Selon Hatari Tharcisse, il ne devrait pas y avoir de famine à Busoni compte tenu des nombreuses ressources en eau dont dispose la région, notamment les lacs Cohoha, Rwihinda et Kanzigiri. Pour beaucoup, Edward Nyandwi n’est pas seulement un entrepreneur agricole, il est aussi un leader communautaire et un modèle de résilience.
