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Le Burundi exporte sa jeunesse, mais qui protège ses enfants ?

Face au chômage et au manque d’opportunités, de nombreux jeunes Burundais prennent le chemin de l’exil vers la Tanzanie, la Zambie, le Kenya et d’autres pays de la région. Loin des leurs, ils affrontent précarité, insécurité et parfois xénophobie. Entre survie et quête d’un avenir meilleur, une question demeure : comment mieux protéger ces migrants et défendre leurs droits fondamentaux ? 

C’est un secret de polichinelle : une tendance préoccupante s’est intensifiée ces dernières années au Burundi. Un nombre croissant de jeunes, souvent sans emploi et par manque de perspectives durables dans leur pays, choisissent l’exil. Si les projecteurs ont déjà été braqués sur la Serbie, destination prisée par les jeunes urbains, ce sont désormais les pays africains voisins qui attirent les espoirs de nombreux jeunes ruraux. La Zambie, le Mozambique, l’Ouganda, le Kenya ou encore la Tanzanie sont devenus les nouveaux « Eldorados » d’une jeunesse burundaise en quête de meilleures conditions de vie.

La diaspora, un rouage important de développement

Rêver d’une vie meilleure, ici ou ailleurs, n’est en aucun cas un péché. D’ailleurs, la diaspora constitue un moteur de développement pour certains pays. Au Sénégal par exemple, les fonds envoyés par la diaspora, principalement installée en Europe et aux États-Unis, sont essentiels à la vitalité de l’économie. En 2023, ces transferts représentaient 1 600 milliards de francs CFA (2,4 milliards d’euros), soit environ 10,5 % du PIB national. Impressionant, non ?

Les autorités burundaises ont, elles aussi, compris que le développement du pays peut également passer par la diaspora. Des initiatives pour la réunir, l’écouter et travailler avec elle ont déjà été réalisées. Pour ceux qui l’ignorent, il existe même une direction chargée de la diaspora au sein du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la coopération au développement. Il ne faut pas non plus passer sous silence les accords bilatéraux conclus avec certains pays arabes comme l’Arabie saoudite ou Oman, dans le cadre de l’emploi des travailleurs migrants. Toutefois, certaines voix s’élèvent pour dire que ces accords ne protègent pas assez les intérêts des travailleurs ; mais ça, c’est un autre sujet. 

Une diaspora ‘‘bis’’ ?

Quand on parle de diaspora, on pense spontanément à ces Burundais, parfois un brin frimeur, partis dans des conditions relativement favorables, qui débarquent à l’aéroport « avec des poches pleines de devises » [comme ceci est dans la conscience de plus d’un]. Rarement, l’on pense à ces jeunes des campagnes qui bravent les dangers du majestueux fleuve Malagarazi pour aller passer une saison culturale dans les forêts tanzaniennes et revenir avec quelques centaines de milliers de shillings tanzaniens. On oublie aussi les jeunes boutiquiers qui entrent clandestinement en Zambie, à leurs risques et périls, pour gagner honnêtement leur vie. 

Quant aux Burundais qui tentent leur chance au Kenya, ils vivent souvent un véritable calvaire, alors même que ce pays est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), une organisation qui prône pourtant la libre circulation des personnes et des marchandises. Le cas récent du jeune Elysée Ndayikunda de Musongati est on ne peut plus clair. 

Bizarrement, lorsqu’on aborde cette question cruciale avec certaines autorités, elles rétorquent inlassablement avec cette vieille rengaine : « Ils sont irrégulièrement installés dans ces pays ! ». Autre fait important dans ce contexte : chaque année, l’université du Burundi déverse sur le marché du travail entre 2 500 et 3 000 lauréats. L’université Lumière, quant à elle, sort 1000 lauréats chaque année. Il est sans oublier que le pays ne comptait pas moins de 49 établissements universitaires en 2019.  C’est évident que l’Etat ne peut pas embaucher tout ce beau monde. Ici, on ne parle même pas de ceux qui arrêtent leurs études au niveau du secondaire, encore moins des non instruits. Si donc le gouvernement met en œuvre des programmes en faveur de l’employabilité des jeunes, mais que ceux-ci continuent de rêver de partir, c’est que cela n’est pas suffisant. 

Il est devenu insupportable de voir ces Burundais maltraités, dépouillés, tortturés, voire assassinés comme des moins que rien. À travers ces tragédies, ce sont aussi les espoirs et les rêves de familles entières restées au pays qui s’effondrent. 

Telle est la raison qui a poussé Yaga à produire, dans un dossier consacré, #Gupagasa, une série de témoignages et de reportages sur ces travailleurs migrants burundais surtout dans la sous-région, non pas pour jeter une pierre à l’un ou l’autre, mais d’abord pour éclairer cette jeunesse dont le seul espoir semble devenu l’extérieur, ensuite pour susciter un débat sur cette question, dans l’espoir d’un accompagnement de ceux qui partent. 

 

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