Les accidents de la Voie Publique sont devenus légions à Gitega. Le dernier en date qui a emporté Nsabimana Pierre, surnommé Kibuye, est encore fraîche dans la mémoire des habitants de Gitega. En 2020 déjà, 90 % des décès dans la ville de Gitega étaient dus aux AVP. Où en est-on avec 2023 ? Un blogueur a fait le tour de la ville.
Il est 14 h. Le ciel est nuageux à Gitega. Normal, nous sommes en pleine saison pluvieuse. À cause de son statut de capitale politique, le mouvement de circulation augmente du jour au jour. Et ce qui ne manque pas, ce sont les deux-roues et trois-roues de transport en commun, qui y circulent tel des fourmis. Depuis leur expulsion de Bujumbura, Gitega leur est apparu comme un pneu de secours.
Ce jour-là, touché par l’accident qui a emporté le professeur Kibuye, je décide de faire un tour, histoire d’analyser la sécurité routière à Gitega. Ngo « ingoma yagukanze irahuhuma ugahunga », prendre une moto sans casque est devenu une phobie pour moi. Malheureusement, toutes les motos que j’arrête n’ont pas de casque. « Si tu dois monter une moto avec casque ici à Gitega, tu vas attendre des heures, je te jure ! », se moque un motard à qui je refuse de monter sur son engin sans casque.
Je finis par vaincre ma peur, et je prends sa fichue moto sans casque. Sur la route, l’étroitesse des routes de la capitale politique et l’analyse de la conduite des usagers de la route laisse entrevoir une indiscipline qui règne en maître. Tout se passe comme s’il n’y avait ni règles ni lois qui régissent la circulation routière.
Comment ça ?
Déjà sur la route, les grands axes de la capitale politique n’ont pas ou peu de panneaux de signalisation. Cela fait que dans le rond-point devant l’ancien fort « Bomani » qui vient d’être rénové, et le rond-point sur la route qui va vers l’hôpital régional de Gitega, mon conducteur ne respecte pas la circulation. Et comme il n’y a pas de feux tricolores à Gitega, ce sont les piétons qui payent le prix fort de ces accidents.
En plus, le conducteur roule à pleine vitesse, à plus de 50km/h. Ce 50 km/h, c’est la vitesse que l’article 200 du décret n°1/26 du 23 novembre 2012, portant code de la circulation routière recommande de ne pas dépasser en agglomération ou en milieux urbains. Nous croisons des policiers en charge de la sécurité routière qui ne disent mot. Aucun pistolet radar ou alcootest en leur possession. Les poliscans, c’est à Bujumbura uniquement, pas à l’intérieur du pays. Profitant de cette faiblesse policière, mon conducteur n’a qu’à se faufiler entre les véhicules sans se gêner. De mon côté, que faire ? J’interpelle le motard à la prudence suite à son excès de vitesse. La réponse qu’il m’a donnée me laisse sans voix. « Monsieur, tu as peur de mourir ou quoi ? »
La vallée de la mort
Arrivé dans la vallée de Masanganzira, tout prêt de l’« hôtel Accolade », un constat amer se dresse devant moi. Les clignotants sont comme des enjoliveurs. Les usagers ne leur prêtent pas attention ni ne leur accordent d’importance. Ce qui fait que malgré le clignotement, le conducteur doit nécessairement faire le jeu de main pour éviter de se faire cogner.
Au moment où je fais ce constat, une voiture avec un conducteur sur son téléphone double par la droite, ralentit, avant de freiner de façon improvisée. La voiture en arrière la percute derrière. Chance ou providence, aucun décès ou blessé grave.
« Pardon boss, ce tournant est scellé de malédictions, il y a quasiment un ou deux accidents mortels à cet endroit », confie-t-il avant d’accepter de réduire la vitesse cette fois-ci. Puis, il renchérit : « Boss, ce tournant est difficile, comme les jeunes ne se soucient pas du code de la route avant l’achat de ces moyens de transport, dans un contexte où l’obtention du permis est aujourd’hui monnayée, cela entraîne des accidents souvent fatals à cet endroit-là ».
Petits conseils
Cher habitants de Gitega, que vous soyez piéton, cycliste, motocycliste ou automobiliste, sachez que la sécurité routière doit être d’abord individuelle avant d’être collective. Par-là, respectez le code de la route car c’est la meilleure protection. Évitez les excès de vitesse et la conduite en état d’ébriété. On ne devrait pas filer à des allures imprudentes sous prétexte que le temps c’est l’argent.
Vous devez être votre propre policier pour votre grand bonheur et celui des autres. Restez alors attaché à la vie via votre casque et la ceinture de sécurité. Prenez garde avec le téléphone portable et les écouteurs qui détournent très vite l’attention et vous font perdre votre bonne conduite.
Cher gouvernement, il t’appartient de mettre les panneaux de signalisation, les feux tricolores et marquages au sol pour redorer l’image de ta capitale politique, et par-là, prévenir cette épidémie d’AVP. C’est ton rôle d’introduire les pistolets radars et les alcootests pour intégrer la sécurité routière dans le développement national.
Cher policier, les sanctions nécessaires comme le retrait du permis et d’autres, doivent suivre chaque acte d’insécurité routière. Bannissez la corruption dans vos habitudes pour préserver la vie. Chacun doit, à travers ses comportements de tous les jours, aider à adopter de bonnes manières sur la route.
