Symbole d’une époque révolue, l’Amstel “ya kera”, la grande bouteille à l’étiquette rouge, a presque disparu des frigos burundais, remplacée par l’Amstel Bright. Entre pénurie persistante, spéculations dans les cabarets et nostalgie d’un goût authentique, les amateurs s’interrogent: pourquoi la Brarudi délaisse-t-elle cette bière mythique qui a pourtant fait des heureux au Burundi et ailleurs ?
Pour beaucoup de Burundais, Amstel ya kera, la fameuse bouteille de 65 cl à l’étiquette rouge, n’est pas une simple bière. C’est un symbole, un goût d’autrefois, une madeleine de Proust liquide. Mais depuis quelque temps, Amstel blonde, ce breuvage mythique, se fait de plus en plus rare. Les consommateurs la recherchent, parfois désespérément, dans les débits de boisson, en vain. À sa place, les frigos débordent d’Amstel Bright. Pourquoi la Brarudi produit-elle autant d’Amstel Bright alors que les amateurs de la dive bouteille réclament, à cor et à cri, Amstel ya kera ? Est-ce une question de coût de production, de stratégie marketing ou de disponibilité des matières premières ? Bien malin celui qui répondrait à cette question.
Dernièrement, le prix de l’Amstel ya kera est passé de 3 500 Fbu à 6 000 Fbu, soit plus de deux dollars américains au taux de la BRB. La Brarudi justifie cette hausse par la nécessité d’ajuster les prix aux coûts de production afin d’assurer la disponibilité du produit. Pourtant, sur le terrain, rien n’a changé : la pénurie persiste. Ironie du sort, cette rareté a même engendré un marché parallèle. Dans certains bistrots, les vendeurs spéculent, conscients que les amateurs du liquide doré sont prêts à tout pour retrouver ce goût inimitable.
Un goût, une époque, une émotion
Amstel ya kera, ce n’est pas seulement une bière : c’est un goût chargé d’histoire et d’émotion. Elle évoque les soirées entre amis des années passées, les discussions politiques animées dans les cabarets, les mariages d’autrefois où la grande bouteille trônait fièrement sur les tables. Pour ses fidèles, le goût de ya kera est unique : fort, équilibré, “authentique”.
C’est une bière qui raconte une époque où le Burundi vibrait autrement.
Chaque gorgée transporte ceux qui la boivent dans un passé où les choses semblaient plus simples, plus vraies.
Dans les bars, les fêtes ou même les conversations de fin de journée, il suffit de prononcer “ya kera” pour réveiller des souvenirs… et des sourires.
Une scène de liesse cocasse
Le dimanche 9 novembre, j’ai moi-même assisté à une scène de liesse populaire. Tôt le matin, en me rendant à une activité sportive collective, j’ai croisé plusieurs travailleurs de cabarets poussant des chariots remplis de boissons Brarudi. Parmi elles, trônait fièrement la ‘’grande Amstel blonde’’. Les passants s’arrêtaient pour la regarder, certains plaisantaient même en disant qu’ils allaient écourter le temps de sport pour aller la savourer. Vers 13 heures, autour d’une table, les bouteilles circulaient, les rires fusaient. En moins de trois heures, les vingt casiers disponibles avaient disparu.
Tout le monde voulait goûter ce retour de légende.
La beauté n’a pas de prix, le goût aussi
La nostalgie de ya kera n’est pas qu’une affaire de goût : c’est presqu’un appel au respect de la mémoire collective. La Barudi devrait comprendre que certaines bières ne se remplacent pas. Elles sont des repères culturels, des symboles d’identité. Produire davantage ya kera serait non seulement une excellente stratégie commerciale, mais aussi un geste symbolique envers une clientèle profondément attachée à ses racines. Car, comme on le dit souvent : la beauté n’a pas de prix, le goût aussi. Et iya kera en est la preuve vivante.
