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#Amatora2025 lancé en mode catwalk 100% politicien

Ce vendredi à Gitega, la capitale politique du Burundi, les tambours ne vont pas battre pour un Umuganuro ni pour célébrer le fraichement élu pape Léon XIV. Non. C’est la politique qui descend dans l’arène… littéralement ! Au stade Ingoma, quelque 10 000 politicien·ne·s, toutes tendances confondues se sont donné rendez-vous.

Pour le lancement officiel de la campagne électorale 2025, on a mis les petits plats dans les grands. Et ce n’est pas n’importe quel lancement : un défilé, devant le chef de l’État en personne. Pas de match de foot, pas de concert de Kigingi ou de Sat-B, mais un catwalk 100 % politicien.

Une première au Burundi. Et qui dit première, dit aussi… matière à réfléchir. Installez-vous confortablement et, c’est parti.

1. Une mise en scène… à la burundaise ?

Qu’on se le dise : la politique burundaise n’a jamais manqué de créativité. Mais là, c’est du jamais vu. Un défilé politique, pour et par que des politiciens, c’est à la fois chic et choc.

Chic, parce que ça montre une volonté d’inclusivité – tout le monde a failli (pour exclure ceux qui sont en exil) être invité, même ceux qui pensent que « parti politique » rime avec « mal de tête ». Choc, parce que cette image de milliers de politiciens marchant en cadence pourrait prêter à rire… ou à méditer. Est-ce la politique qui devient un spectacle, ou le Burundais qui apprend enfin à y trouver sa place ?

2. Un signal de décrispation politique ?

Depuis des décennies, les élections au Burundi ont souvent été synonymes de tensions, de méfiance et divisions, voire de violences sanglantes. En organisant un lancement aussi massif, symbolique et ouvert, le gouvernement semble vouloir envoyer un message fort : « Cette fois, ce sera différent. » Fini les campagnes en catimini, les candidats fantômes, les meetings sous surveillance. Place à la visibilité, à la foultitude, à la parade.

Mais derrière les tambours, les micros et les t-shirts floqués, se cache une question cruciale : est-ce que la vraie démocratie marchera aussi avec eux ?

3. Des électeurs silencieux et très éveillés

Autre nouveauté, peut-être la plus importante : les citoyens. Oui, nous. Ceux qui scrollent sur Facebook, qui s’informent sur WhatsApp, qui débattent sur X (ex-Twitter), qui rigolent sur TikTok mais qui n’oublient pas de voter. En 2025, l’électorat burundais est jeune, connecté, de plus en plus critique, mais en silence. Les slogans vides, les promesses recyclées, les meetings où on ne parle que pour ne rien dire… tout ça devra être filtré.

Le scénario sera simple. La parade politique sera scrutée, analysée, meme-ifiée. Chaque faux pas peut devenir viral. Bref, les politiciens vont devoir apprendre à danser au rythme d’un peuple qui écoute, regarde et note.

4. Un risque de folklorisation de la politique ?

Oui, on adore le tambour, le pagne bien repassé et le micro en main. Mais, il ne faudra pas que tout ça transforme la politique en théâtre où le spectacle prime sur le fond.

Après le défilé, il faudra parler du vrai : carburant, minerais, prix sur le marché, santé, éducation, emploi des jeunes, sécurité, cohésion sociale, environnement. Les questions sur les bouches des citoyens et pas seulement celles qui meublent les discours.

Chers politiciens ; se montrer est donc une chose, mais proposer des solutions aux vrais problèmes en est bien une meilleure.

5. Et si c’était un tournant historique ?

Avec cette mise en scène inédite, le Burundi expérimente peut-être un nouveau rapport au politique : plus ouvert, plus inclusif, plus festif aussi. Un tournant ? Peut-être. Cependant, un tournant ne devient historique que s’il change vraiment la direction.

Le lancement est spectaculaire, certes. Mais le plus dur commence après : convaincre, débattre, écouter, agir. Pour que 2025 ne soit pas seulement l’année du grand défilé, mais celle où la démocratie a commencé à (bien) marcher ; sans béquilles.

6. Sans présidentielle à l’horizon, un climat moins électrique

Détail qui change tout : l’élection présidentielle ne fait pas partie du menu 2025. Le gros morceau, c’est pour 2027. Cette pause présidentielle laisse un peu plus de marge pour expérimenter des formats nouveaux, comme ce lancement géant à Gitega.

Moins de tension, moins d’enjeux polarisants, donc plus de liberté pour mettre en scène la démocratie. C’est peut-être aussi un test grandeur et de caractère collectif : si ça marche sans le feu des présidentielles, qui sait ? En 2027, on pourrait retrouver le même esprit ou faire mieux. Parce que la démocratie, comme la mode, évolue avec les saisons.

Ce lancement électoral de Gitega est une sorte de teaser politique mettant à l’épreuve le caractère de Burundais. Espérons que cette bande annonce nous réserve un film loin du drame ou d’une comédie burlesque.

 

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