Sur les hauts plateaux de Gitega, une voix féminine se démarque dans la lutte pour la protection de l’environnement. À la fin de ses études universitaires, plutôt que d’aller grossir les rangs des chômeurs, elle choisit la voie de l’entrepreneuriat. Son cheval de bataille : le biogaz. Pourquoi et comment a-t-elle choisi un secteur dans lequel peu de femmes osent se lancer ? Nous sommes allés à sa rencontre.
Au départ, le choix de sa filière d’études a été stratégique. Plutôt que l’économie ou les sciences infirmières, Marie Josée opte pour la faculté de l’Environnement à l’Université polytechnique de Gitega (UPG). Lorsque feu le président Pierre Nkurunziza promulgue une loi interdisant l’utilisation des sachets en plastique, cette décision agit comme un élément déclencheur. Elle se lance alors dans des recherches pour trouver une alternative aux sacs en plastique. Ses premières recherches n’aboutissent pas, mais elle ne baisse pas les bras. Ce n’est que le début de son aventure entrepreneuriale. Elle entreprend de nouvelles recherches sur la manière d’exploiter les déjections humaines et animales ainsi que les déchets végétaux. Le parcours est parsemé d’embûches. Elle connaît des hauts et des bas avant de se faire un nom dans le domaine du biogaz et de la fabrication d’engrais organiques.
Elle se souvient : « Au départ, je faisais des expérimentations dans une chambre de notre habitation. Cela inquiétait mon mari, qui pensait que cela pouvait nous rendre malades à cause des mauvaises odeurs. Mais quand il a vu que cela donnait des résultats, il m’a aidée, car il a fait la faculté de physique et technologies. »
Des recherches aux réalisations
Une fois que ses recherches ont été concluantes, Marie Josée sollicite l’aide du recteur de l’UPG pour animer des conférences et encourager d’autres jeunes à mettre en pratique les connaissances théoriques acquises à l’université. Elle présente ses recherches et son projet dans plusieurs cadres, notamment à l’UPG et à la commune, où son travail suscite de l’intérêt. Elle participe également régulièrement à de grandes rencontres consacrées à l’entrepreneuriat et à l’innovation, comme Youth Impulse. Sa participation à ces rendez-vous et la présentation de son projet en présence du chef de l’État lui permettent de se faire remarquer. Le 8 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle reçoit un prix des mains du président de la République. Faut-il encore souligné qu’elle est membres fondateurs de l’association Amis de l’environnement de Gitega qu a bénéficié d’un moule de fabrication du digesteur anaérobie octroyé par le PNUD, un dispositif primordial pour la production du biogaz, avec des réchauds de démonstration.
Depuis, les sollicitations se multiplient. Marie Josée a notamment accompagné des jeunes de Gihamagara dans le tri des déchets et la fabrication d’engrais organiques à partir des déchets du marché. Aujourd’hui, ils vendent entre trois et quatre camions bennes d’engrais organique par mois, d’après elle. Elle tient également à accompagner les jeunes qui disposent de talents et d’idées innovantes. Un Burundais vivant à l’étranger, communément appelé « diaspora », a ainsi fait appel à ses services pour construire un digesteur alimenté par les déjections de ses porcs. Marie Josée se rend aussi régulièrement dans d’autres provinces, pour dispenser des formations ou construire des digesteurs. À ce jour, sept digesteurs sont déjà achevés et deux autres sont en cours de construction.
Le biogaz, un excellent moyen de protéger l’environnement
Pour Marie Josée, le biogaz constitue une solution importante face à la déforestation et aux effets du changement climatique. « Le biogaz est très intéressant en termes de protection de l’environnement. Ici, au Burundi, 90 %, voire plus, des ménages utilisent le bois de chauffe ou le charbon de bois pour la cuisson des aliments. L’autre constat est que moins de 20 % du bois coupé est replanté (…). Il ne faut pas non plus oublier que c’est la végétation qui séquestre le CO₂, purifie l’air et régule le climat. Les arbres luttent aussi contre l’érosion des sols. On a donc tout intérêt à lutter contre la déforestation », explique-t-elle. Elle illustre l’importance du biogaz à l’aide de chiffres. « Le digesteur que j’ai construit à Murayi, dans la commune de Gitega, d’une capacité de 10 m³, permet d’épargner 2,4 arbres par jour. Cela représente 72 arbres par mois, soit 864 arbres qui ne sont pas coupés chaque année. Sur une année, ce sont donc plusieurs hectares qui peuvent être préservés. Ces 864 arbres absorbent 30 240 kg de CO₂ », affirme-t-elle. Le biogaz présente également un intérêt pour l’agriculture. Selon Marie Josée, l’utilisation directe de la bouse de vache comme fertilisant n’est pas toujours efficace, notamment en raison du méthane (CH₄) qu’elle contient. « Le biogaz permet de récupérer ce méthane et de l’utiliser comme source d’énergie pour la cuisson des aliments. L’engrais organique récupéré après l’extraction de ce gaz devient également bénéfique pour les plantes, car il contient des éléments nutritifs pour les plantes, notamment le NPK qui est le sigle des 3 macronutriements, à savoir : l’Azote, le phosphore et le potassium. La récolte devient ainsi meilleure », explique-t-elle. Mais combien coûte l’installation d’un digesteur ? Dans une interview qu’elle a faite en 2025, elle estimait le coût entre 4 et 6 millions de Fbu.
« Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes »
Pour Marie Josée, les femmes ont toute leur place dans les secteurs traditionnellement considérés comme masculins. « Les femmes sont capables. Elles ont deux bras et une tête pour réfléchir, comme les hommes. Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes. Je me sens soutenue en tant que femme. La femme ne doit en aucun cas s’imposer des limites. Il faut qu’elles exposent leurs idées innovantes et qu’elles le fassent avec dignité. Les hommes ont le devoir de les soutenir pour le bien d’un développement harmonieux », affirme-t-elle. Les conséquences du changement climatique touchent particulièrement les femmes. Elles doivent donc, selon elle, jouer un rôle majeur dans la protection de l’environnement. Leurs idées et leurs initiatives innovantes dans ce domaine sont ainsi plus que jamais les bienvenues.
A force de conviction, Marie Josée a su transformer ses idées en projets innovants. À travers le biogaz, elle entend à la fois préserver les forêts, valoriser les déchets et créer des opportunités pour les jeunes. Son engagement montre surtout que la protection de l’environnement peut aussi être un terrain d’innovation et d’entrepreneuriat pour les femmes, à condition qu’elles osent franchir les barrières qui les en éloignent encore.
