À Muhanga, Vanessa Munezero s’est forgé une réputation qui dépasse les frontières de sa colline. Dynamique, honnête et respectueuse des délais, cette jeune couturière fidélise ses clients grâce à la qualité de son travail. Après avoir surmonté un échec scolaire, elle a fait de la couture son métier, mais aussi un moyen de transmettre son savoir-faire à d’autres jeunes. Portrait.
L’histoire de Vanessa Munezero, native de la colline Gashibuka, dans la commune de Muhanga, commence par un échec scolaire. Née en 1996 dans l’actuelle province de Butanyerera, elle échoue à l’examen d’État alors qu’elle vient de terminer la 9e année secondaire. La déception est grande. Comme plusieurs de ses camarades, elle se retrouve dans l’incertitude quant à la poursuite de ses études. Certains abandonnent, d’autres se marient ou partent ailleurs. Vanessa, elle, refuse de baisser les bras. « Il m’était impossible d’abandonner. Je n’étais pas fière d’arrêter mes études », témoigne-t-elle. Elle choisit alors la voie d’apprentissage d’un métier. Elle rejoint l’École technique secondaire Buntu (ETS Buntu), à Buye, dans l’ancienne province de Ngozi, pour y apprendre la couture.
De l’échec scolaire à la machine à coudre
Sa formation ne se déroule pourtant pas sans difficultés. Les élèves de la section couture ne sont pas logés à la même enseigne que ceux d’autres sections, notamment en ce qui concerne les diplômes. Une situation qui nourrit un sentiment de frustration chez Vanessa et ses camarades. « C’était comme si nous étions en dessous des autres parce que nous n’avions pas réussi l’examen, alors que c’était nous qui confectionnions les habits portés par tout l’établissement », se souvient-elle. Le soutien de ses enseignants l’aide toutefois à persévérer. La directrice générale, Denise Bucumi, encourage notamment les élèves à se procurer des machines à coudre après leur formation afin de mettre en pratique les connaissances acquises. Ces conseils ne tombent pas dans l’oreille d’une sourde. Vanessa transforme progressivement la couture en activité professionnelle. Aujourd’hui, elle possède trois machines et travaille depuis son domicile, sur la colline Kibimba, dans la zone de Muhanga.
Et la couture devient une seconde chance
Pour elle, la couture est un métier qui peut permettre à un jeune de gagner sa vie. « Le métier de tailleur ne connaît pas beaucoup de chômage. Au contraire, pendant les fêtes de Noël, du Nouvel An et d’autres occasions, nous avons beaucoup de travail », affirme-t-elle. Selon les périodes et les commandes, ses revenus peuvent atteindre 900 000 BIF par mois. Elle s’appuie également sur des associations d’épargne et de crédit pour mieux gérer ses revenus.
Pour Vanessa, la réussite ne consiste pas uniquement à développer sa propre activité. Elle estime qu’un savoir-faire capable de générer des revenus doit être partagé. Elle a ainsi déjà formé une dizaine de personnes et continue d’en accompagner d’autres. Parmi elles, Emelyne Niyongere, habitante de la colline Gisara, dans la commune de Muhanga. Après ses études secondaires en section lettres modernes, Emelyne s’est tournée vers la couture. Elle découvre Vanessa alors que celle-ci forme déjà une autre personne. « J’ai remarqué la façon dont elle la suivait de près. Je lui ai alors demandé de me former et elle a accepté. J’ai suivi la formation pendant six mois. Après avoir constaté que je maîtrisais les différents modèles, elle m’a donné le feu vert. Aujourd’hui, je travaille chez moi. »
Cette formation lui a permis de gagner son autonomie. Au marché du centre de Muhanga, Emelyne est désormais sollicitée pour la coupe des tissus, une étape technique que certains autres tailleurs maîtrisent moins bien. Cette transmission du savoir-faire constitue l’une des particularités du parcours de Vanessa. Elle ne se contente pas de confectionner des vêtements. Elle contribue à créer d’autres professionnels capables, à leur tour, de vivre de ce métier.
Une confiance cousue fil après fil
Cette compétence technique s’accompagne d’une réputation fondée sur la confiance. Déo Ndayisenga, chef de la colline Rugamba, voisine de Muhanga, fait régulièrement appel à Vanessa pour des commandes destinées notamment aux chefs de collines. « Nous nous adressons à elle grâce à son savoir-faire », explique-t-il. Mais ce n’est pas seulement la qualité de ses réalisations qui lui vaut cette confiance. « Elle ne ment pas, elle respecte les délais convenus ainsi que le modèle de l’habit. Elle est digne de confiance », souligne M. Déo.
Une habitante de Muhanga insiste également sur son honnêteté. Selon elle, Vanessa prend soin de restituer les morceaux de tissu restants après la confection des vêtements, afin que ses clients puissent éventuellement les réutiliser. Son sens de l’accueil est également apprécié. « Elle a bon cœur, elle est toujours de bonne humeur et nous raconte des blagues pendant que nous attendons. On repart toujours satisfaite de chez elle », raconte cette cliente.
Une couturière au cœur de sa communauté
L’activité de Vanessa dépasse ainsi le cadre de son atelier. Pour Nsengiyunva Aristide, secrétaire exécutif de la commune de Muhanga, elle répond à un besoin concret de la population. Lors des fêtes et des différentes célébrations, les commandes de vêtements augmentent et les couturiers disponibles ne suffisent pas toujours. Vanessa et les personnes qu’elle a formées permettent alors de répondre à une partie de la demande. « Au lieu de traverser plusieurs collines, nous sommes servis tout près de chez nous », apprécie-t-il. L’administration communale considère également que son activité contribue à l’économie locale à travers les taxes qu’elle paie et les emplois qu’elle crée.
Transmettre pour faire grandir le métier
Vanessa ne compte pas s’arrêter là. Elle souhaite désormais structurer davantage son activité de formation. Après avoir formé gratuitement jusque-là, elle envisage d’accueillir de nouveaux apprenants moyennant 150 000 BIF. Son objectif est de former quatre jeunes tous les six mois, soit huit par an. Elle ambitionne ainsi de compter 32 personnes formées d’ici 2030. Pour cette couturière, le métier n’est donc pas seulement une source de revenus. Il est aussi un moyen de transmettre, d’autonomiser les jeunes et de participer au développement de sa communauté.
De l’échec scolaire à la création d’une activité qui fait vivre plusieurs personnes, Vanessa Munezero a choisi de transformer un obstacle en opportunité. Et son parcours semble désormais guidé par la conviction qu’un savoir-faire prend encore plus de valeur lorsqu’il est partagé.
