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Le Burundi et le milieu hospitalier : la négligence peut coûter cher

Après un incident survenu récemment dans l’un des hôpitaux de Bujumbura, qui a suscité une vive indignation, un père de famille a choisi de partager son expérience. Entre mauvais accueil et communication défaillante, voici le récit d’un homme qui a failli perdre son enfant à cause de la négligence du personnel soignant.

 C’est un après-midi ordinaire comme tant d’autres. Il est 15 h, lorsque ma femme m’appelle. Elle ressent de fortes contractions. Je quitte le bureau en trombe, j’arrive à la maison, on prépare le sac à la hâte et nous partons rapidement pour l’hôpital. Le médecin, l’air blasé, regarde ma femme allongée sur la table d’accouchement. Il lui introduit deux doigts pour vérifier la dilatation du col. Il n’y va pas de main morte, à en juger par les expressions de douleur que ma femme tente tant bien que mal de contenir. Après ce qui me semble une dizaine de touchers, il nous dit d’attendre à l’hôpital en cas d’évolution. Nous passons donc la nuit dans le couloir. Eh oui : selon le personnel, il n’y a aucune chambre disponible. Le lendemain soir, nous rentrons finalement chez nous, le médecin nous ayant assuré qu’il n’y avait rien à craindre puisque ma femme n’avait pas encore perdu les eaux.

Une nuit de souffrances

Quelques jours après, nous retournons à l’hôpital, cette fois-ci, c’est décisif. La nuit que nous y passons est l’une des plus pénibles de ma vie. Ma femme souffre, mais le personnel soignant semble totalement indifférent. J’entends les sages-femmes utiliser à plusieurs reprises le terme « primi », dont je ne suis même pas sûr de l’orthographe, en parlant de ma femme. J’apprends plus tard qu’il s’agit d’une femme qui accouche pour la première fois, donc considérée comme inexpérimentée, et qui, selon eux, s’inquiéterait pour un rien. Pendant ce temps, ma femme continue de gémir de douleur, et les touchers vaginaux, pratiqués sans aucune douceur, la découragent au point qu’elle envisage de rentrer chez nous.

Le lendemain, notre enfant finit par naître, fatigué, essoufflé. Il est immédiatement mis sous assistance respiratoire. De mon côté, même si je suis soulagé de voir naître mon premier enfant, je suis sidéré par la négligence et le manque d’humanité du personnel. Je suis également écœuré par l’insalubrité des lieux : toilettes tâchées de sang, aucune chambre propre… Et tout cela dans un hôpital qui se prétend être une référence à Bujumbura.

Il faut que cela change…

Aujourd’hui, aller à l’hôpital ressemble presque à une punition, tant les expériences y sont difficiles. Où se situe exactement le problème ? Le personnel est-il insuffisant, au point que ceux qui restent se retrouvent débordés et bâclent leur travail ? Est-ce une mauvaise gestion ? Comment expliquer un manque de considération aussi choquant envers les malades ?

On pourrait se poser mille questions, mais concentrons-nous sur des pistes de solutions. Tout d’abord, je souligne l’urgence de mettre en place une structure d’accueil compétente pour les patients. Ils arrivent déjà fragilisés ; inutile d’aggraver leur détresse en les traitant avec nonchalance ou hostilité. Des psychologues pourraient faire partie de cette structure : leur rôle serait d’écouter, de rassurer et d’accompagner les malades.

Des solutions à portée de main

Ensuite, les hôpitaux devraient organiser des séances de préparation prénatale pour les futures mamans, en particulier celles qui accouchent pour la première fois. Cela leur permettrait de mieux comprendre ce qui les attend et d’aborder ce moment avec davantage de sérénité. Et surtout, il faudrait sensibiliser le personnel soignant à davantage d’empathie, de douceur et de respect envers ces femmes souvent désemparées pour qui tout est nouveau.

Bref, je sais que mon histoire fait écho à tant d’autres, parfois encore plus douloureuses. Il faut que cela cesse : nous en avons assez d’être maltraités dans des lieux où nous devrions trouver soutien et réconfort.

Ceci est mon histoire. Je la partage dans l’espoir de semer les graines d’un changement proche.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. Courage à cette famille. Ce témoignage bouleversant rappelle combien la douleur et la peur peuvent être amplifiées par le manque d’humanité. Que Dieu console ces parents, qu’Il guérisse leurs cœurs et protège ce nouveau-né. Puissent leurs paroles ouvrir enfin la voie à un changement réel dans nos hôpitaux, afin que plus aucune famille ne traverse une telle épreuve.
    🫂 🫂🫂

  2. Il est loin le temps où le fait juste d’être chez le médecin on se sentait presque guéri! Que s’est-il passé? Où est l’humanité aujourd’hui?

  3. On choisit la filière médicale pzrce qu’on a l’amour du prochain, par humanisme, pour aider ceux qui souffrent.
    Le personnel qui n’a pas ceci en lui peut changer de métier