article comment count is: 0

Un clic, 500 dollars à portée de main : le piège des arnaques en ligne

Séduits par des promesses de gains rapides sur Internet, des centaines Burundais perdent leur temps, leurs données et leur argent sur des plateformes frauduleuses. Entre espoir de l’argent facile et désillusion se cache toute un univers des arnaques numériques qui prospèrent sur la précarité de gens. À Gitega, Aloys Ndereyimana et Alice Niragira, deux diplômés sans emploi, racontent comment les arnaqueurs du net leur ont vendu du rêve avant de les jeter comme de vieilles chaussettes.

« Quand j’ai vu le message disant : Cliquez ici pour gagner 500 dollars, j’ai cru que la chance me souriait enfin », se souvient Aloys Ndereyimana, 25 ans, le regard fixé sur son téléphone fissuré. Cela faisait plusieurs semaines qu’il cherchait un emploi, en vain. Sur WhatsApp, un ami lui a partagé un lien accompagné de ce message prometteur. Le site s’ouvrait facilement et demandait simplement de « s’inscrire pour recevoir son bonus ». Rien ne semblait suspect. En quelques clics, Aloys avait mordu à l’hameçon.

À Gitega, comme dans d’autres villes du Burundi, de nombreux jeunes diplômés, avec ou sans emploi, passent des heures à cliquer sur des liens partagés via WhatsApp, Facebook ou TikTok. « Gagnez 500 dollars en un clic en visionnant de courtes vidéos ! », « Devenez riche sans investir ! » Ce genre de messages circulent massivement.

Des clics, des espoirs déçus… et des mégas gaspillés

Le site ressemblait à une plateforme de jeu : il suffisait de répondre à des sondages, de cliquer sur des publicités ou de parrainer des amis pour accumuler des points convertibles en argent. « Après trois jours, j’avais déjà 480 dollars affichés sur mon compte virtuel. On me disait de continuer encore un peu pour atteindre 500, avec dix abonnés sur mon compte, et que je pourrais retirer. » Alors, il a persévéré. Il a invité ses amis, dépensé ses mégas pour se connecter chaque jour. Mais quand il a voulu retirer son argent, le message s’est affiché : Erreur de transaction. Puis le site a disparu, comme par magie.

Alice Niragira, 22 ans, diplômée en gestion, a vécu la même désillusion. « J’ai suivi un lien sur Facebook. On disait que c’était une plateforme américaine sérieuse. Après deux semaines, j’avais consommé tout mon forfait Internet… sans rien recevoir. » Elle cherche du travail depuis un an. « Quand on est au chômage, on est prêt à tout essayer », explique-t-elle avec amertume.

Des vidéos montrant des jeunes brandissant des liasses de billets, prétendument gagnées en ligne, pullulent sur les réseaux sociaux. Séduite, Alice s’est inscrite sur trois sites différents, y passant trois à quatre heures par jour. Son forfait de 10 gigaoctets a disparu en quelques jours. Elle a investi 200 000 Fbu… sans rien recevoir en retour. Ces plateformes utilisent un langage qui parle directement aux frustrations des jeunes : « Arrêtez de chercher un patron », « Soyez votre propre chef », « L’argent facile existe ». Le mécanisme est simple mais redoutable : les utilisateurs doivent partager le lien pour accumuler des points, chaque nouveau membre rapportant des bonus. C’est une pyramide de Ponzi déguisée.

La précarité, terrain fertile pour les arnaques

Le phénomène s’est aggravé depuis 2024. La crise économique pousse toujours plus de jeunes vers ces solutions illusoires. Le taux de chômage des diplômés dépasse 60% au Burundi. L’accès à Internet s’est démocratisé. Cette combinaison crée un terrain idéal pour les arnaqueurs.

« Les fraudeurs savent que 500 dollars, c’est une fortune pour certains. Ils exploitent le désespoir et l’ignorance numérique », explique un expert en cybersécurité. Les liens circulent principalement sur WhatsApp, Facebook et TikTok, utilisant des noms de domaine étrangers. Les sites changent régulièrement d’adresse pour échapper aux signalements. Selon Abdoul-Rasmane Sawadogo, ingénieur en sécurité des systèmes d’information et président fondateur de l’Association pour l’Éducation aux Médias et à l’Information (AEMI), basée au Togo, les dangers sont multiples. Sur le plan technique, un simple clic sur un lien frauduleux peut suffire à compromettre la sécurité des données personnelles : informations bancaires, photos, contacts. « Ces données volées peuvent ensuite être revendues ou exploitées à des fins malveillantes », précise-t-il. Sur le plan financier, les cyberescrocs incitent leurs victimes à miser de petites sommes dans l’espoir d’en gagner davantage. « C’est à ce moment-là que le piège se referme : les fraudeurs récupèrent les coordonnées bancaires et peuvent vider les comptes ou effectuer des achats non autorisés », souligne M. Sawadogo.

« On se dit qu’on n’a rien à perdre. Mais à la fin, on perd tout : le temps, les mégas et parfois même nos comptes. », avoue Aloys.

Les conséquences psychologiques sont souvent méconnues. Les victimes ressentent de la honte et de l’isolement, n’osant pas en parler. « Cette détresse peut se transformer en perte de confiance en soi, voire en dépression. C’est humiliant d’admettre qu’on s’est fait avoir », reconnaît Aloys. Cette honte empêche une prise de conscience.

Comment se protéger face au piège numérique

Plusieurs signaux permettent d’identifier un site frauduleux, explique M. Sawadogo. D’abord, les noms de domaine légèrement modifiés, comme amazons.com au lieu de amazon.com. La présence d’un certificat « https » ne garantit pas la fiabilité d’un site. Les témoignages trop parfaits sont souvent fabriqués pour tromper la vigilance. Un site sérieux affiche toujours ses mentions légales et ses coordonnées de contact. L’ingénieur insiste sur un principe fondamental : le gain facile n’existe pas en ligne. Il recommande d’éviter de cliquer sur des liens partagés par des inconnus sans vérification. « Interrogez l’expéditeur sur l’origine du lien. S’il est incapable de fournir une explication claire, c’est souvent le signe d’une arnaque », conseille-t-il. Il faut bloquer immédiatement tout contact suspect et sensibiliser son entourage, en particulier les jeunes.

Face à cette situation, les réponses institutionnelles restent timides. Aucune campagne de sensibilisation d’envergure n’a été lancée. Les jeunes manquent d’informations sur les risques du numérique. Alice et Aloys ont finalement abandonné ces plateformes. « J’ai perdu du temps et de l’argent que je n’avais pas. Je voulais juste aider mes parents. J’ai compris trop tard que rien n’est gratuit sur Internet. », résume Alice. Aloys, quant à lui, se montre philosophe : « Au moins, j’ai appris qu’il n’y a pas d’argent facile. »

Leurs histoires ne sont pas isolées. Des centaines de jeunes burundais vivent la même déception chaque jour. Tant que le chômage persistera et que la sensibilisation restera insuffisante, ces arnaques continueront de prospérer. Les clics continuent de pleuvoir. Les promesses aussi. Mais l’argent, lui, ne vient jamais.

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion