L’intelligence artificielle (IA) bouscule le monde. Santé, commerce, industrie, éducation, etc., aucun secteur n’y échappe. En Afrique, certains pays l’ont déjà adoptée comme levier de développement. Qu’en est-il du Burundi? Certes, des initiatives intéressantes existent, mais elles restent isolées, sans vision claire ni cadre politique, d’après notre blogueur.
Dans des capitales comme Nairobi, Kigali ou Dakar, des laboratoires et start-up foisonnent. Les gouvernements misent sur ces nouvelles technologies pour moderniser leurs services. Des entreprises publiques et privées s’appuient sur ces technologies pour améliorer la production, faciliter l’accès aux services ou renforcer la qualité de l’enseignement. Le Kenya, par exemple, a mis en place une stratégie nationale qui introduit l’IA depuis la santé jusqu’à l’agriculture. Objectif : accroître les rendements et promouvoir une production plus durable.
Au pays de Ntare Rugamba, l’utilisation de l’IA reste limitée et individualisée. Armel Akimana, informaticien en robotique, ne mâche pas ses mots : « Ces plateformes me permettent de faire des recherches plus rapides et plus précises que les moteurs classiques. En programmation, elles génèrent du code dix fois plus vite, même s’il faut toujours vérifier les résultats. » Il ajoute que la robotique profite aussi de ces avancées : « Avec une caméra, un robot peut différencier une plante d’une autre. J’ai déjà expérimenté ce type d’application. »
Ce témoignage montre que des compétences existent déjà au Burundi, mais elles restent isolées, sans véritable ancrage institutionnalisé ni vision politique. Des protocoles gouvernementaux doivent être mis en place pour aider la population à s’approprier l’usage de cet outil à bon escient.
Le risque d’un décrochage numérique pour le Burundi
Pourquoi l’Afrique avance-t-elle encore timidement? Bilal Taïrou, coordonnateur de l’Alliance africaine de vérification des faits à Dakar, avec qui nous nous sommes entretenus, apporte des éléments de réponse qui expliquent cette nonchalance dans ce domaine : « Plusieurs facteurs se combinent : la priorité donnée à la santé ou à la sécurité alimentaire, le manque de connectivité et la perception encore floue de ces technologies. »
Selon lui, le continent a déjà « raté le train » de la transformation digitale. « Et si nous ne faisons pas attention, ce sera le même scénario pour l’intelligence artificielle. » Le Burundi risque d’être distancé par ses voisins comme le Kenya, le Rwanda et l’Afrique du Sud, déjà très avancés. Les conséquences seraient lourdes : chômage accru des jeunes, retard dans l’éducation, le journalisme, qui devrait d’ailleurs prendre les rênes, l’agriculture ou encore la santé.
Pour éviter ce scénario, l’expert recommande une implication forte du secteur privé, avec comme objectif l’amélioration de la productivité pour rester compétitif dans un marché de plus en plus technologique.
Willy Niyonkuru, directeur de publication du journal Imboneza News, plaide pour un investissement massif dans la formation. «Plus les formations se multiplient, plus les entreprises auront intérêt à recruter des experts. Cela générera de la valeur ajoutée », explique-t-il. Il rappelle que plus de 60 % de la population burundaise est constituée de jeunes. « Il faut leur ouvrir de nouveaux horizons. On ne peut pas craindre de perdre des emplois qu’on n’a pas encore. »
Taïrou, de son côté, insiste sur plusieurs mesures : introduire l’IA dans les universités, encourager la création de start-up, adopter des lois sur la protection des données et nouer des partenariats internationaux. Mais il remarque que l’absence de cadre juridique risque d’exposer les citoyens.
Rattraper le coup est encore possible
Cette révolution de l’IA a pourtant des racines anciennes. Dès 1950, Alan Turing posait la question de savoir si les machines pouvaient « penser ». Quelques années plus tard, en 1956, un atelier à Dartmouth marquait la naissance officielle de l’IA. Depuis, le monde a parcouru un long chemin.
Soixante-quinze ans après ces premières réflexions, le Burundi se trouve face à un choix cornélien : soit il reste spectateur d’une transformation mondiale, soit il décide de former sa jeunesse, de développer ses infrastructures numériques et de soutenir des innovations dans ce domaine.
Le risque n’est autre qu’un décrochage numérique durable aux multiples conséquences. Mais il n’est pas trop tard pour transformer ce retard en tremplin et faire du numérique un moteur de compétitivité et de prospérité.
